Nutrition

La néophobie alimentaire : un stade déroutant

Vers 18/24 mois, beaucoup d’enfants refusent les aliments nouveaux qu’on leur présente dans l’assiette. Loin d’être un caprice, il s’agit d’une phase appelée « néophobie alimentaire ». Voici quelques clés pour comprendre cette période et adopter le comportement adéquat.
néophobie alimentaire
C’est quoi la néophobie alimentaire ?
La néophobie alimentaire c’est la réticence et/ou le rejet à manger des aliments nouveaux. Cela va alors se traduire par un comportement différent de l’enfant face à son assiette. Il va passer plus de temps à explorer sa nourriture : la triturer, l’observer, la sentir…
Mais cette définition pose une autre question, prévient Virginie Soulet, psychologue pour enfants qui réalise une thèse sur la néophobie alimentaire.  : « Qu’est ce qu’un aliment nouveau pour un enfant ? » En effet, un bébé qui a souvent mangé de la carotte en purée, la reconnaît-elle quand elle est râpée ? Considère t-il la carotte râpée comme un nouvel aliment ? « Les aliments nouveaux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense, nous, en tant qu’adultes. C’est « nouveau » quand l’enfant ne le reconnaît pas comme connu », explique la psychologue. « Il suffit parfois d’ ajouter des brins de persil sur le plat pour qu’il soit identifié comme nouveau et que l’enfant refuse de le manger » poursuit-elle.

Le comportement de l’enfant en phase de néophobie alimentaire
Il semblerait que certains enfants présentent une réticence à gouter de nouveaux aliments dès 6 mois. Ils seraient néanmoins peu nombreux. En revanche, à 18/24 mois, ça touche beaucoup plus d’enfants ! Ils vont alors fermer la bouche quand la cuillère s’approche, détourner la tête, pousser l’assiette, observer l’aliment pendant de longues minutes sans jamais vouloir le goûter…
« Il y aurait plusieurs niveaux dans l’intensité de la néophobie alimentaire », détaille  Virginie Soulet. Il y a le degré 0 : certains enfants ne connaissent pas ce stade.
On distingue ensuite la néophobie flexible : il s’agit plutôt d’une réticence à manger. L’enfant hésite à goûter l’aliment, il le triture beaucoup. Il a beaucoup de comportements exploratoires face à son assiette. Certains enfants vont tout de même porter à la bouche une infime partie de l’aliment, sans vraiment le manger. Il y a la néophobie rigide : il s’agit du rejet total de tout aliment nouveau.
Il y a enfin l’hyper sélectivité alimentaire, qui relève cette fois de la pathologie. Dans ce cas, l’enfant mange extrêmement peu d’aliments.
La néophobie n’existe pas uniquement chez l’humain. Elle a aussi été observée chez les animaux. Quand l’enfant devient autonome, il développerait un mécanisme de défense qui permettrait à l’organisme de se prémunir d’éventuels empoisonnements. C’est la raison pour laquelle la néophobie alimentaire apparaitrait plus précisément autour de 18/24 mois : l’âge où l’enfant est en mesure d’explorer activement son environnement (ouvrir les placards, attraper tout ce qu’il veut…).

L’étude que Virginie Soulet est en train de mener tend aussi à montrer que le degré d’intensité de néophobie alimentaire est étroitement lié à la phase d’individuation de l’enfant. A 18/24 mois, l’enfant affirme son caractère. L’alimentation serait donc un domaine supplémentaire dans lequel il peut s’affirmer.

Néophobie alimentaire : quelle attitude adopter ?
Souvent, les enfants ont une attitude différente avec les parents ou leurs référents (que ce soit à la crèche ou chez une assistante maternelle). Vous rencontrerez probablement moins de résistance. Néanmoins, voici quelques conseils pour que tous les repas se déroulent au mieux.

Leur proposer de goûter un tout petit bout.
« Si on force l’enfant à manger ou même à goûter un aliment, cela devient contre-productif. Plus il voit que la professionnelle veut lui faire avaler une cuillère d’haricots verts par exemple, moins il sera enclin à le faire », explique la psychologue. L’astuce pour les amener à dépasser leur néophobie ? Leur proposer de goûter un minuscule bout de l’aliment concerné, une partie vraiment infime. Car quand on demande à un enfant de goûter son plat, il comprend plutôt « mange ton plat » (et il n’a pas tout à fait tort). Si, en revanche, vous lui découpez un tout petit bout, il comprend réellement qu’il s’agit bien de goûter le morceau de fruit ou de fromage en question, et non de tout manger.

• Les laisser explorer la nourriture
« On dit souvent aux enfants « C’est pas bien de jouer avec la nourriture ». Pourtant beaucoup d’enfants ont besoin de passer par une phase exploratoire importante : touiller, tripoter, sentir, enfoncer ses doigts dans l’aliment pour enfin accepter de le mettre en bouche » explique Virginie Soulet. Laissez-donc les enfants explorer la nourriture.

• Se servir de l’imitation
L’imitation est un mécanisme d’apprentissage. Servez-vous en ! Un enfant refuse un aliment ? Faites-le gouter aux autres ! S’il voit ses camarades le mettre en bouche, il peut alors être incité à en faire autant.

• Ajouter de la familiarité
Si vous avez la possibilité de le faire, ajoutez un aliment connu dans son assiette. Il ne reconnaît pas un légume dans son assiette et refuse de le manger ? Ajoutez par exemple du gruyère, qu’il apprécie et connaît déjà. Il sera alors plus enclin à goûter le nouvel aliment.

• Les faire participer à la préparation du repas
Les ateliers culinaires mis en place dans les crèches peuvent être d’une grande aide pour les enfants en phase de néophobie alimentaire. En effet, pendant la préparation d’une recette, ils se familiarisent avec les aliments. Ils les touchent, les sentent, se lèchent les doigts… Cela leur permet de réaliser la phase exploratoire. Au moment du repas, ils mangeront alors plus facilement les aliments nouveaux qu’ils ont préparés eux-mêmes.

Les pros : un rôle de choix face aux parents
Souvent, les parents sont très anxieux dès que cela concerne l’alimentation. Vous avez alors un véritable rôle à jouer dans la réassurance. « Dédramatisez la situation », insiste Virginie Soulet. « Ce n’est pas parce qu’un enfant n’a pas mangé son déjeuner que c’est dramatique» poursuit-elle.
Rassurez-les pour qu’ils puissent ensuite être plus détendus face aux repas. Discutez avec eux, échangez sur le sujet… Ils seront alors plus enclins à lâcher-prise. « Dès qu’il y a une forme de lâcher-prise sur l’alimentation de l’enfant, on observe un changement de comportement » commente la psychologue. L’enfant voit qu’il y a moins d’enjeux sur son assiette et recommence à manger.
Les professionnels de la petite enfance peuvent donc être des interlocuteurs de choix pour calmer les angoisses des parents et les aider à gérer au mieux la phase de néophobie alimentaire que traverse leur enfant.

 
Article rédigé par : Laure Marchal
Modifié le 03 novembre 2016