Le pain : un aliment qui participe à l'éveil nutritionnel des enfants

Le pain arrive souvent très tôt dans l’alimentation des jeunes enfants, notamment avec le fameux « quignon » pour les aider au moment où ils font leurs dents. Mais des questionnements persistent : le pain a-t-il une véritable valeur nutritionnelle ? Fait-il grossir ? Est-il superflu ?... Petite mise au point avec Annabelle Biotti, diététicienne-nutritionniste.
Les apports du pain dans les besoins nutritionnels de l’enfant
« De par sa composition, la consommation de pain participe de manière positive à la couverture des besoins énergétiques et s’inscrit dans un meilleur équilibre alimentaire, et ce dès la petite enfance » explique Annabelle Biotti.
Pour rappel, les enfants selon leur âge ont besoin de :
- glucides : 50 à 55% des apports énergétique en privilégiant les glucides dits « complexes ». « Qui sont, précise-t-elle, le carburant dont ils ont besoin en continu dans la journée. »
- protéines : 11 à 15% des apports énergétiques avec une part suffisante des protéines végétales
- lipides : 30 à 35% en limitant les apports d’acides gras saturés
- fibres : 25 à 30g par jour
- vitamines, minéraux et oligo-éléments

Le pain répond en partie à ces besoins, car il apporte principalement :
- des glucides complexes (environ 50%)
- des protéines (environ 9%)
- des lipides en quantité minimes (1à 2%)
- des fibres (de 4 à 9%)
- des vitamines et des oligo-éléments notamment B3, B9, zinc, phosphore et fer.

Le pain, support et aliment à part entière
 « Souvent, le pain est l’un des premiers aliments solides que le bébé porte à sa bouche. C’est donc un aliment dans lequel les parents ont confiance », souligne Annabelle Biotti. On peut commencer à l’introduire dans la vie du bébé vers l’âge de 6-7 mois, après les débuts de la diversification alimentaire. C’est souvent le moment où les parents donnent à leur enfant un « quignon » de pain ou du pain grillé, afin qu’il y « fasse ses dents », se soulage les gencives, qu’il apprenne à ouvrir la mâchoire, à croquer… « Mais à ce stade là, il n’absorbe pas vraiment le pain, précise-t-elle. C’est plus un éveil aux textures et aux goûts. »
Le pain sera plutôt introduit comme aliment à part entière entre 12 et 15 mois, quand l’enfant sait réellement mâcher et déglutir. Le Groupe d’Etude des Marchés Restauration Collective et Nutrition (GEM RCN) fixe des recommandations à :
- de 12 à 15 mois : 10g de pain au déjeuner, 10 à 20g au goûter
- de 15-18 mois à 3 ans : 20g de pain au déjeuner, 30 à 40g au goûter

Tout est affaire d’équilibre
Le pain a donc sa place dans l’alimentation du jeune enfant, bien qu’il fasse l’objet de nombreuses idées reçues. « Bien sûr, cette consommation doit être adaptée à l’âge, l’activité, la sensation de faim de l’enfant et le contenu du repas », rappelle Annabelle Biotti.

Bien choisir les premiers pains. Il faut commencer par proposer de la baguette, du pain de campagne ou du pain au levain aux tout-petits. Le pain complet ou au graines ne conviendra qu’une fois que le système digestif de l’enfant est bien mis en place.
D'autre part, si le pain mou tente plus certains parents, il est en fait à éviter, du moins au début ! Privilégier plutôt des pains à croûtes épaisses, ou éventuellement à faire griller, qui limiteront les miettes et ainsi les risques de fausses routes. Et surtout, les risques d’étouffement quand la mie en absorbant la salive vient se coller au palais ou se coincer dans l’œsophage. « De manière générale, l’introduction du pain chez l’enfant doit toujours se faire sous la surveillance de l’adulte ».  

Faire attention à la quantité de sucre. « Non, le pain ne fait pas grossir, c’est une idée reçue », assure Annabelle Biotti. La composition en nutriments est la même dans la croûte que dans la mie, avec seulement un apport calorique légèrement plus élevé dans la croûte car il y a eu déshydratation, et donc concentration de nutriments.
La vigilance doit être portée sur la consommation de sucre, qui elle a de véritables conséquences sur la santé. « Aujourd’hui notre alimentation est plus importante en glucides simples (les sucres) qu’en glucides complexes, explique-t-elle. Un autre facteur qui joue dans le surpoids des enfants c’est l’introduction trop précoce et importante de protéines. »
On peut ajouter un peu de beurre, de confiture, de gelée ou de miel sur la tartine d’un enfant, si c'est un pain de type baguette. On évitera en revanche d’en mettre sur du pain brioché ou du pain de mie, qui contiennent déjà du gras et du sucre.

Déterminer la quantité de pain en fonction du repas proposé. Si le repas se compose d’une purée de légumes sans féculent, par exemple, on peut proposer un morceau de pain plus important. « Certains parents refusent qu’on donne du pain aux enfants s’il y a déjà des féculents au menu. Mais il faut relativiser. A priori si l’enfant aime le plat, il le mangera, qu’il y ait du pain ou non à table. »

Pour Annabelle Biotti, « il ne faut pas diaboliser le pain. Bien plus que la quantité, c'est la qualité de ce qu'on propose qui est importante. »
Article rédigé par : A.B.B.
Publié le 13 juin 2019
Mis à jour le 09 décembre 2019