Spécial collectivités

Varier les textures des aliments, c’est bon pour leurs mâchoires !

Par soucis d’efficacité - cela va plus vite et c’est plus facile - très souvent en crèche, la tendance est aux mixés. Et la soupe lisse, plat favori des bébés au moment de la diversification bénéficie souvent aux plus grands. Ce qui est préjudiciable à leur dentition future.
enfant qui mange
Posez un instant vos yeux sur les assiettes des familles et dans les cantines, vous serez surpris de constater, qu’elles contiennent de la viande hachée, des purées et des compotes de fruits. Or cette alimentation influe de façon non négligeable sur la dentition des enfants. Les orthodontistes sont les premiers à le constater et tirent actuellement la sonnette d’alarme. Les mâchoires des enfants d’aujourd’hui ne sont plus assez grandes pour accueillir toutes les dents définitives, bien souvent ils doivent en extraire afin de rééquilibrer la dentition, mais toute extraction a des conséquences à long terme.
Les conduites alimentaires jouent un rôle essentiel dans la prévention bucco-dentaire mais aussi dans certaines pathologies futures des enfants devenus adultes. En effet la réflexion mène plus loin vers l'influence des dents et notamment celui de l'équilibre de la mâchoire sur les douleurs vertébrales et crâniennes, 35% des patients qui souffrent du dos présentent un déséquilibre de leur occlusion dentaire. Alors, n’hésitez plus à proposer des textures fermes, des morceaux aux petits de vos établissements, ils éviteront ainsi d’avoir recours à l'orthodontie et souffriront moins du dos quand ils seront adultes.

De l’allaitement à la diversification
Cette croissance de la mâchoire commence dès l’allaitement. Les bébés allaités au sein, du fait de la succion exercée sur le mamelon bénéficient de la croissance normale de leurs gencives. L'implantation correcte des dents sera facilitée. Le palais aura une évolution normale eu forme de « U » contrairement à celui des bébés nourris au biberon qui verront leur palais évoluer en forme de V favorisant les malocclusions*, les malpositions dentaires et les maladies parodontales. Un argument de plus en faveur de l’allaitement maternel.
Vers les 6 mois, la diversification débute, les purées lisses sont ici proposées car les bébés doivent parfaire leur déglutition et la connaissance de la cuillère. Mais quelques semaines plus tard, il est temps de leur faire confiance, les fausses routes s’éloignant, les tous petits morceaux peuvent apparaître. Une alimentation mixée ou trop molle ne favorise pas la stimulation de la croissance des mâchoires chez les enfants, il faut leur proposer autre chose et ne pas abuser des facilités que les industriels de l’agroalimentaire proposent aux jeunes parents à travers les petits pots et autre plats préparés qui devraient servir uniquement en dépannage. 

Nos conseils pour initier les petits aux textures
Les modifications de texture doivent être introduites entre 7 et 8 mois. Privilégiez bien entendu des préparations « maison » qui seront systématiquement plus fermes. Les légumes peuvent être proposés « al dente » aux plus grands. 

• Mélanger les textures est une façon d’aider l’enfant à les accepter, il suffit de broyer finement la purée de légumes et moins finement la viande un jour, et faire l’inverse le lendemain. Si les habitudes ne sont pas prises suffisamment tôt, l’enfant sera atteint du « syndrome du mixer » et refusera les morceaux car il ne connaît que le lisse et le fondant. L’acceptation de la viande en sera aussi facilitée. Les petits hamsters qui gardent leur viande jusqu’au goûter devraient disparaître pour laisser la place à des jeunes enfants qui apprécient tout simplement le repas.
• Proposer un crouton de pain vers 8 mois sous surveillance mais sans appréhension…c’est lui apporter un aliment à mâcher, il apprend les textures et fait la connaissance avec les morceaux.
• Pour les viandes, préférer les rôtis au haché, il doit y avoir une résistance sous les dents.
• Pour la compote, le mixeur reste dans le placard, la fourchette ou le presse purée permettront de garder des petits morceaux, encore mieux, donner les fruits crus coupés fin.

• Les molaires du jeune enfant apparaissent entre 12 et 18 mois, il faut les mettre à profit, en préparant des repas que l’enfant doit mâcher. L’adulte qui l’accompagne doit l’encourager par la parole. Les purées seront donc proposées avec parcimonie chez les moyens et encore plus chez les grands qui doivent tirer profit de toute leurs dents ! La viande sera découpée au couteau et non dans le bol du mixer. 
• Vers les 1 an, les entrées font aussi leur apparition au menu, les crudités apportent de nouvelles sensations, les carottes râpées se font résistantes dans la bouche ! Ici, aucune obligation de finir son assiette, d’ailleurs les quantités sont dérisoires, une petite cuillérée à soupe, il s’agit d’une découverte, plus tard l’entrée sera considérée comme une composante entière du menu.
• La volonté de l’enfant de manger seul va aussi favoriser l’apprentissage des morceaux, car il est bien difficile de manger tout seul de la purée de haricots verts, par contre les petits doigts seront agiles pour les prendre un à un lorsqu’ils sont tout simplement coupés.
• Le goûter est encore l’occasion de leur donner du craquant tout simplement un morceau de baguette-chocolat, le duo magique… même ceux qui ne savent pas mâcher le feront ! 

*Malocclusion : mauvais positionnement des dents du maxillaire supérieur par rapport aux dents du maxillaire inférieur lorsque la bouche est fermée.
Article rédigé par : Sylvie Guillou, docteur en chimie, www.secali.com
Modifié le 17 novembre 2017