Acquisition du langage

Développement du langage : des idées pour les assistantes maternelles

 Le développement du langage se fait naturellement, à travers de petits jeux du quotidien que vous pouvez mettre en place pendant votre journée de travail. Piochez ici quelques idées livrées par  Françoise Garcia, orthophoniste, vice-présidente en charge de la prévention et de la promotion de la santé au sein de la Fédération Nationale des Orthophonistes.
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Que dire à un bébé qui ne parle pas encore ?
« Pour parler, un enfant a besoin d’être inscrit dans la communication d’une part et d’entendre parler d’autre part », explique Françoise Garcia. Le mettre devant la télé suffirait-il alors ? Non, bien évidemment ! Car « entendre du langage ce n’est pas écouter du « bruit » ou « un fond sonore », c’est « parler avec quelqu’un », c’est « faire la conversation », rappelle l’orthophoniste. Même si le bébé n’a pas encore la parole, vous pouvez tout à fait dialoguer avec lui. Vous vous adressez à lui, vous attendez ses réactions, vous réagissez en fonction… Et c’est de cette manière que le bébé va peut à peut repérer des mots, les acquérir, et former plus tard des phrases.
Vous allez au départ faire les questions/réponses vous-même : « Je vais te préparer à manger, tu es d’accord ? Oui ? Super ! ».
Il est très important d’employer le « JE » quand vous parlez de vous et le « TU » quand vous vous adressez à l’enfant.
Racontez-lui ce que vous faites. « Toutes les activités du quotidien peuvent être accompagnés de mots pour décrire ce qu’il se passe », donne comme astuce Françoise Garcia. « Je vais changer ta couche », « Je vais te déshabiller»... Comme ces phrases sont répétitives, elles permettent une installation du langage. L’enfant va donc peu à peu s’approprier le sens des mots puis les prononcer.
Il est également important, durant un temps de promenade par exemple, de susciter l’attention de l’enfant sur un point particulier : « Regarde le mouton ! » « Tu as entendu l’oiseau ? ». Cette attention conjointe permet aux petits de « voir de quoi on parle ».
Nous avons en effet besoin de l’attention visuelle pour parler. Voilà pourquoi les poussettes sont organisées de façon à ce que l’enfant soit face à son interlocuteur dans les premiers mois de sa vie, par exemple.

Racontez-leur des histoires
Dans la vie, il y a la langue factuelle, celle que vous employez pour décrire ce qu’il se passe ; il y a aussi la langue du récit qui intervient quand vous leur lisez une histoire. L’enfant comprend  ainsi qu’il y a plusieurs façons d’aborder la langue : des phrases plus longues, des structures différentes lui permettent d’enrichir son langage.
Faire la grosse voix pendant ces moments de lecture ou prendre à l’inverse une toute petite voix est très intéressant aussi. « L’enfant apprend ainsi les nuances et les différents sens qui sont associés aux mots. Il va aussi apprendre à mieux gérer sur le plan émotionnel » explique l’orthophoniste. Grâce à ces jeux de voix, il va prendre du recul, être moins effrayé, moins intimidé… Et plus tard, être capable de ne pas tout prendre au premier degré, et être en mesure de prendre de la distance face aux mots.

Chantez-leur des comptines
Les comptines sont aussi très importantes ! La régularité de ces petites chansons souvent associées à des gestes aide également l’enfant dans le développement du langage. Car celui-ci va de paire avec le développement psychomoteur.
« Toutes les assistantes maternelles ont déjà chanté « les petites marionnettes » aux enfants » rappelle François Garcia « Et c’est très professionnelle de leur chanter cela », insiste t-elle !  Cette comptine est particulièrement bien adaptée aux tout-petits car ils arrivent assez rapidement à reproduire le geste. Cela permet alors de mettre en avant une première compétence. Ils s’aperçoivent ainsi du plaisir que cela vous procure de les voir réussir cette gestuelle et inversement. « Vous vous inscrivez alors dans une boucle vertueuse de plaisir partagé par la communication », explique Françoise Garcia.
De plus, la coordination des deux mains s’appuie sur le même principe que la coordination des syllabes entre elles pour pouvoir amener les mots. « C’est une comptine super bien faite », s’exclame Françoise Garcia !

Favorisez les jeux d’échange
Vous pouvez faire plein de petits jeux autour du langage pour être dans l’échange. Demandez par exemple à l’enfant de vous donner le petit cheval rouge, faites des lotos, jouez aux dominos ou encore au cache-cache ! « Les jeux de langage doivent être faits pour l’enfant en situation naturelle et non artificielle, et ce pendant très longtemps », commente Françoise Garcia. Tous les jeux de manipulation que vous pouvez lui proposer servent le langage.
Quand l’enfant commence à parler, il faut être attentif à ses demandes. Quand vous lui demandez s’il préfère une pomme ou une banane et qu’il vous répond « nane » par exemple, il a clairement émis une réponse dont vous comprenez le sens. L’important n’est pas qu’il prononce bien le mot mais qu’il ait communiqué son souhait. Vous pouvez alors pratiquer « le renforcement positif » et dire « Bonne idée, une banane pour le gouter ». Il ré-entend ainsi la bonne formulation du mot.

Employez des jeux sonores
Le circuit du langage c’est une boucle audio-phonatoire : j’écoute et je parle. Les jeux sonores sont donc les bienvenus ! Mettez des petites graines dans une bouteille plastique, secouez-la et demandez aux enfants d’écouter ces petits bruits. De la même façon, faites des lotos sonores ! Diffusez un cri d’animal et questionnez-les : qu’est ce qu’on entend ? Un chat ? Un chien ?
Vous exercez ainsi la boucle audio-phonatoire.
L’écoute de la musique est tout aussi intéressante car elle stimule d’autres zones du cerveau qui renforcent la capacité d’écoute et de parler par la suite.

« Parler nourrice » plutôt que « parler bébé »
« Quand on parle aux enfants, on ne parle pas « bébé ». On utilise les bons mots. Une « meuh meuh », ça n’existe pas, une vache oui ! » martèle Françoise Garcia. Le parler nourrice va donc être très important. « Il s’agit d’une parole qui va être ralentie pour exagérer les paramètres mélodiques de la parole pour une meilleure imprégnation du langage », explique Françoise Garcia.
Vous parlez alors avec une prosodie exagérée, ce qui permet à  l’enfant de bien entendre ce que vous dites. On retrouve cette façon de parler dans toutes les sociétés !
Si vous observez l’enfant, vous verrez qu’il vous montre ce qui est bien pour lui. La stimulation qu’on lui propose suit deux critères : le stade où il en est et ce vers quoi on souhaite l’emmener. Il faut lui proposer d’aller un peu plus loin mais pas trop… Le dosage est donc subtil et se fait au cas par cas. C’est ce que le psychologue russe Lev Vigotsky a appelé « la zone proximale de développement ».

Aider l’enfant à développer son langage est quelque chose de très naturelle. Le langage vient parce qu’il y a le besoin de communiquer. « On n’est pas dans le faire, on est dans le partager », conclut l’orthophoniste.

 
Article rédigé par : Laure Marchal
Modifié le 20 avril 2016