De 10 mois à 18 mois : l'exploration ou comment l'enfant apprend à s'adapter

Une période où ses progrès, ses jeux, ses expérimentations et découvertes sont autant d’occasion de le préparer en douceur à « aller aux toilettes ». L’accompagnement de l’adulte, ses mots et attitudes sont particulièrement importants à cette étape pour donner confiance à l’enfant. Par Frédéric Groux, psychologue en crèche.
Soutenir l'évolution vers le changement
A cet âge le bébé est plus actif et plus grand. Il commence à se déplacer et il exprime déjà beaucoup d'idées par les gestes (il tend le bras vers quelque chose ou il regarde vers ce qu'il veut). Cette étape vient s'ajouter au premier chapitre et apporte d'autres éclairages. Le petit explorateur commence à ramper et mettre tout à la bouche. Cette période indique son goût pour découvrir de nouvelles choses mais aussi la capacité de s'adapter aux changements.

La parole est une manière d'accompagner sans le limiter mais aussi sans le mettre en danger. Si nous intervenons trop sur les découvertes ou explorations, le jeune enfant pensera que les nouvelles choses peuvent être dangereuses pour lui. Or, vers deux ans, nous lui proposerons justement de faire différemment et d'être capable de modifier sa façon de faire, sans le rendre anxieux. Les parents et professionnels savent que les bébés se créent des rituels tout seuls. Il faut faire toujours de la même manière et si on change cela les gêne. C'est par petite dose qu'on apprend aux enfants à s'adapter aux changements et de manière ludique. C'est dans les explorations où il est motivé et dans les bonnes dispositions que nous pouvons l'accompagner. 

Si la situation n'est pas dangereuse, le jeu pour l’adulte est de compter dans sa tête jusqu'à 10 quand il a envie d'intervenir lorsqu'il escalade ou s'éloigne. Cela laisse au petit aventurier une manière de s'adapter mais aussi d'être acteur de ses choix. Vous renforcez sa confiance en lui mais aussi sa capacité à faire face aux frustrations de trouver la solution par lui-même. De plus, votre regard ou vos paroles le soutiennent dans ses actions. Vous ne l'abandonnez pas, vous l'aidez à être grand ou pour dire autrement, à devenir autonome dans ses actions. Vous constatez que finalement, il savait faire sans vous.

Instrumentaliser son corps pour le comprendre
Quand vous avez entamé cette première étape, vous observerez qu'il se met assis seul ou en appui sur un bras. Cette position libérera les mains pour s'en servir. On parle d'instrumentaliser les mains et le corps. A partir de 12 mois, vous pourrez lui proposer de manger des aliments seuls avec les mains et avec votre aide (chacun sa cuillère). Pourquoi et comment cela aide l'enfant dans l'accompagnement pour aller aux toilettes ?

Tout d’abord cela permet de découvrir que les bébés se salissent et que c'est normal. L’enfant n'est pas « un petit cochon » mais il découvre les plaisirs gustatifs qui passent aussi par le toucher comme par la vue et les odeurs. Il prendra le yaourt pour le mettre sur ses mains ou le visage, un grand classique. Si vous avez du mal avec cette notion de sale, cela vous prépara à l'étape des accidents.

Deuxièmement, vous apprendrez en le laissant manger seul qu'il peut gérer ses « besoins ». Dans la Tora, livre religieux Hébraïque, on parle de la bouche du haut et la bouche du bas (l'anus) et d'un point de vue anatomique les deux sont liés. Si vous l'aidez déjà avec la bouche du haut, il vous sera facile et dans la continuité de l'accompagner pour celle du bas. Il prendra conscience de ses capacités à se gérer lui-même et vous des vôtres.  

Les jeux de transvasement ou les notions de contenant et contenu
L'instrumentalisation des mains permettra de comprendre comment fonctionne son corps en jouant. On parlera des jeux de transvasement (remplir, vider) qui peuvent se faire avec tout et rien pour un enfant. Il vous suffit de laisser un petit seau et il le remplira de jouets qui sont sur le passage et, ensuite, il le videra d'un coup.
On parlera vers ses 18 mois des jeux symboliques, il apprend en faisant et en remplaçant une chose par une autre. Ce que je mets dans ma bouche doit ressortir ou se vider à un moment. C’est par ses expériences que le jeune expérimentateur découvre le fonctionnement de son corps. Il est toujours bon pour un enfant de jouer à l'eau ou avec le sable pour apprendre à gérer les contenants et les contenus.

De plus, les petits aiment jouer avec la pâte à modeler ou la terre car la notion de sale et de propre arrive très tard chez eux (plus de trois ans). Avant, c'est souvent une forme de réaction aux habitudes d'hygiène qui l'entourent (maison, crèche, assistante maternelle). Plus vous laissez les enfants découvrir de nouvelles expériences, plus il sera enclin le moment donné à découvrir et perdre aussi les sensations qu'il connaissait. Car, pour l'instant, il s'est habitué à faire dans la couche et il connait les sensations qui y sont liées. Lorsqu’il fait dans sa couche, il y a une chaleur en contact avec sa peau. Cela fait partie de son expérience. Mais, quand il ira sur les toilettes, cette sensation ne sera plus là et, souvent, les adultes minimisent cette différence. Plus vous aidez l’enfant à expérimenter en l'accompagnant par la parole, plus il aura confiance quand il sera sur les toilettes et perdra cette sensation.

Quand la pensée se construit sur les activités du jeune enfant
Vous pouvez à partir de 15 mois commencer à lire des livres sur le sujet de temps en temps, jouer avec une poupée ou nounours qu'on pose sur un pot, également. Plus il joue à faire comme si, plus l'étape sera préparée dans sa tête et mieux il comprendra ce qu'on lui demande. Les jeux d'habillage et de déshabillage des poupées sont importants car le jeune enfant apprendra les techniques pour défaire les boutons, baisser le pantalon. Car on oublie qu'avant de savoir monter ou descendre les escaliers comme signe de départ pour l'apprentissage de « la propreté », il doit être capable de baisser ses vêtements et cela s'apprend avant. Il est préférable d'éviter plusieurs apprentissages importants en même temps.
Avant la sieste par exemple, proposez à l’enfant de se déshabiller à son rythme et seul. Dans notre société, nous avons peu de temps le matin pour les laisser faire seul pour mettre leurs vêtements ou les défaire. Il y a des petits détails que les parents ignorent parfois mais il est plus facile pour les chaussettes, pantalons ou sous-vêtements d'avoir une taille au-dessus. L'explication est simple, il est difficile pour un jeune enfant d'écarter avec les mains l'ouverture de la chaussette et de la monter. L'habillage demande une grande coordination qu'ils apprendront avec l'expérience et la répétition du geste.

De plus en plus, à l'approche des deux ans, son langage se développera. Vous pourrez alors repérer les signes avant qu'il fasse dans sa couche pour lui signifier. Souvent, des bambins se cacheront ou s'isoleront. C'est le début de l’apprentissage des sensations internes. Ces signes sont importants car ce sont les mêmes qui indiqueront quand aller sur les toilettes plus tard.

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Article rédigé par : Frédéric Groux
Publié le 15 mars 2018
Mis à jour le 05 avril 2018