De la naissance à 10 mois : l'aider à prendre connaissance de son corps et de ses fonctions

Parler au bébé lors des soins, prendre du temps pour le change et mettre des mots sur ce qui est fait, ne pas montrer de dégoût  quand la couche est souillée… Autant d’attitudes qui vont aider le bébé à prendre conscience de son corps et de ses fonctions. Mais notre éducation, notre culture occidentale ont plutôt tendance à dévaloriser et passer sous silence tout ce qui concerne les scelles et les urines. Par Frédéric Groux, psychologue en crèche.
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bébé dont on change la couche
Avant dix mois, c’est la période où le bébé découvre son corps par  l'intermédiaire de la parole des adultes qui le soignent. Si nous prenons l'exemple de la faim : dans la période anténatale, le fœtus n'a pas de sensation de faim car le cordon ombilical lui apporte satisfaction sur le plan alimentaire en non-stop. Les ressentis de la faim (sensation de l'estomac) apparaitront quelques heures après l'accouchement. C'est à ce moment-là où le parent mettra un mot sur la sensation : « tu pleures parce que tu as faim » et la répétition de cette action aidera le nouveau-né a assimiler la sensation ainsi que le lien entre le mot et le ressenti. Nous pouvons aisément penser que le mécanisme de verbalisation des sensations s'effectue de la même façon pour la défécation et la miction urinaire.

Une représentation négative des soins du siège
Seulement, l'idée de verbaliser cette action est plus difficile car l'image de l'intimité et de la représentation occidentale de matière fécale sont gênantes. Dans de nombreuses cultures, ce problème n'existe pas car les matières fécales sont des engrais, du combustible pour le feu ou du matériel de construction pour la maison qu'on manipule tous les jours. Dans les pays industrialisés, nous avons perdu cette connaissance et nous l'avons remplacée par un savoir médicalisé et la découverte des microbes par Pasteur, au XIXème siècle, a montré le possible danger de ces matières.

Cette représentation négative est un des premiers maillons à modifier. Les pensées entrainent des actions qui sont influencées par l'état d'esprit dans lequel nous les faisons. Si notre état de pensée autour des soins du siège est négatif, alors nos gestes lors du change ou nos paroles en découleront. Si un jour vous êtes en colère, il ne vous viendrait pas à l'esprit de construire une maquette qui demande des gestes fins et précis car votre humeur vous ne le permettra pas. Les bébés n'ont pas besoin de faire des études sur le comportement humain, ils le connaissent car ils communiquent eux-mêmes sans le langage. Ils interpréteront l'action par la rapidité du geste et la maladresse pour se débarrasser de cette tâche du change. De nombreux adultes râlent ou sont silencieux car ils sont gênés. Les bébés comprennent assez vite quand le comportement d'un adulte change. Lorsqu'on joue ou mange, il parle ou touche mon corps de cette manière sensible et bienveillante, mais quand on change la couche les gestes sont brusques et les sons de la voix différents. Il associera le désintérêt ou, parfois, le dégout pour cette partie de lui.

Depuis plusieurs années, les auteurs expliquent que le nouveau-né construit la perception de son corps (schéma corporel) dans les soins de maternage aussi bien avec les parents que les professionnels qui en ont la charge en leur absence. Comme nous venons de le voir, mettre en mots nos gestes autour du soin et du corps de notre bébé est un élément essentiel.

La parole pour libérer le corps du bébé
Les premiers prérequis pour aider le jeune enfant sont de parler de son corps : nommer les parties du corps mais aussi à quoi elles servent. C'est une activité à pratiquer dans les soins lors du bain, du change mais aussi en chanson (Savez-vous planter les choux?). Les massages sont très appréciés par les petits et vous constaterez assez vite que parler du corps apaise les bébés. L’intérêt pour le jeune enfant est de connaitre son corps et par la même occasion de développer la conscience de lui (être une personne), en anglais on dirait self (Soi). Selon comment la famille investira ce petit corps, il pourra l'aimer ou le trouver gênant.

Nos connaissances sur le développement nous montrent comment les surnoms comme : « ma petite boulette », « mon petit cochon » diminuent la confiance et l'estime de certains bambins. Nous retrouvons exactement le même processus lorsqu'on évoque une odeur trop forte ou des réactions de dégout autour du travail de son tube digestif. Aucun bébé n'est responsable de son tube digestif ou des repas qui produiront des selles plus ou moins odorantes. Il ne sert à rien d'ironiser dessus, vous pouvez si cela vous gêne éviter les plats qu'il digère moins bien. Lorsqu'un problème survient sur le transit, comme les constipations ou selles liquides, une demande d'aide au pédiatre peut expliquer si tout fonctionne comme il faut.

Mettre en mots nos gestes et prendre conscience de comment nous les faisons car les nouveau-nés sont des professionnels de la communication non-verbale. Nous commençons aussi à l'aider à prendre possession de ce petit corps par la médiation de nos paroles. Ce qui l'aide à devenir une personne.
Article rédigé par : Frédéric Groux
Publié le 15 mars 2018
Mis à jour le 28 mars 2018