L'acquisition de la propreté

La « propreté » : le point de vue d’une directrice de crèche

Rosa Molinero, éducatrice de jeunes enfants, est directrice de la crèche associative « Anges de la Terre » au Perreux-sur-Marne. De ses années d’EJE, de formatrice et de directrice, elle a acquis quelques convictions sur bien des sujets. Et notamment sur celui si controversé et mal nommé de « l’acquisition de la propreté ». A une période l’année où nombre de parents de « grands » s’inquiètent pour la rentrée à l’école, voici son point de vue. A méditer.
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enfant sur le pot
Je ne sais plus quel terme choisir… Acquisition ? Apprentissage ? Aux enfants,  je leur parle du passage au monde des « sans-couches ». Déjà, il me parait important de souligner que la société a évolué : il y a deux générations on « éduquait » les bébés à faire dans le pot, en utilisant la fonction réflexe au cours du repas. Bien souvent on avait recours aux systèmes de récompenses, de gronderie, voire de chantage comme avec les petits des animaux. A cette époque, la ligne éducative reconnue dans les familles et admise par les professionnels était fondée sur l’obéissance des enfants aux adultes. Ceux-ci décidaient du « bon » moment et les enfants devaient obtempérer.

Les mentalités et les enfants ont changé
Les recherches en psychologie, les pédagogues ont fait prendre conscience peu à peu des conséquences néfastes d’une telle pratique. Les professionnels ont apporté un nouveau regard, pour se fixer non plus sur « comment obtenir un résultat » mais sur le ressenti de l’enfant, les effets sur la maîtrise de son propre corps et je dirais même plus sur son intégrité. Personnellement  je pense que le pire dans de ce type de pratique était ce que les enfants pouvaient en comprendre : « même ma fonction vitale, l’adulte peut la commander ». L’avancée des connaissances a bien aussi démontré les pathologies qui pouvaient en découler allant de la constipation à des comportements masochistes.
Fortes de cette prise de conscience, ces deux dernières générations ont pris pour parti d’admettre que l’enfant est libre et acteur de cette traversée. Et il est assez fréquent aujourd’hui d’entendre les professionnels de crèche conseiller aux parents : « laissez-le faire, il va décider tout seul et à un moment, il va imiter les autres ». Ce qui a pour effet de les décontenancer et de les laisser seuls face à leur responsabilité et à la peur de l’entrée à l’école. Certains culpabilisent de ne pas s’en occuper et ils vont s’y atteler pendant les vacances.

Je pense que ce discours des professionnels est plus une réponse aux pratiques du passé. Il me semble incomplet. Nous avons à nous adapter aux nouvelles connaissances mais également à tenir compte d’une évolution significative des perceptions des enfants d’aujourd’hui. Ceux-ci n’ont pas la même place dans la tête des parents et cela a des effets dans leurs acquisitions et dans la manière dont ils perçoivent le monde et le comprennent.
Le bébé est une personne, il existe en tant qu’un être à part entière, les parents lui parlent, apprennent à le connaître, s’adaptent à ses besoins, ses envies. Ils l’éveillent aux jeux en fonction de son âge, de ses capacités. Ils s’informent via la presse, internet, les livres, les professionnels. L’enfant grandit donc plus considéré dans ses envies et son propre rythme d’acquisitions. Si je compare avec les générations précédentes, il est plus acteur, plus curieux, pose plus de questions et surtout il reçoit plus de réponses adaptées.

Rester à l’écoute des enfants
Cette évolution est importante à considérer pour nous permettre d’être au plus juste du positionnement adulte dans l’accompagnement de cette période.
Ce que je vois apparaitre depuis quelques années ce sont des enfants qui questionnent : qu’est-ce que le pot ? Qu’est-ce que le caca ? Peut-on le mettre partout  ? Avec des comportements qui  l’expriment : se cacher pour faire caca, avoir besoin d’une couche pour le caca, nier avoir fait, vouloir à tout pris un slip et continuer à faire…
Dans ces situations, nous avons à comprendre ce qui se passe pour chacun d’entre eux afin de ressentir leur perception des codes de ce monde.
J’ai connu une fillette de 2 ans et demi qui d’elle-même avait souhaité une culotte, et gérait bien ses besoins à la maison et dans son groupe de grands à la crèche. Dès qu’elle se trouvait le matin ou le soir en regroupement dans la section des moyens ,elle faisait dans la culotte alors même que les toilettes étaient accessibles. Je lui ai dit : « Tu sais partout tu as 2ans et demi, même dans la section des plus jeunes ». Tout est alors rentré dans l’ordre. Croyait-elle devoir se comporter comme des plus jeunes ? Je le suppose.

Des messages clairs portés d’abord par les parents
Avec mon expérience et ces réflexions, je dirais que l’enfant d’aujourd’hui pour traverser cette étape de « l’acquisition de la propreté » a besoin :
- que tous les messages et explications soient donnés d’abord par les parents. Les professionnels pouvant les aider en amont si besoin, mais le cap est donné à l’enfant par ses parents devant le professionnel.
- que l’on voit et respecte son élan, son envie d’aller au pot ou aux toilettes en liberté qu’il fasse ou non, sans jugements.
- que le message parental repris par les professionnels soit : « c’est ton caca, ton pipi à toi ».
- que ses parents lui expliquent, à l’aide de livres par exemple, ce qui se se passe dans son corps : ce qu’on mange et qui n’est pas utile est transformé dans le ventre et rejeté sous forme de caca. Cela rassure beaucoup les enfants.
- qu’on lui dise que le caca sert à nourrir la terre pour faire pousser les fleurs, les arbres….
- qu’éventuellement on lui explique, dessins à l’appui, les toilettes, les tuyaux allant dans la terre (certains enfants ont besoin de ces explications).
- que sa famille trouve avec lui la façon de passer à la culotte ou au slip. Soit définitivement ou par essai avec l’envie de l’enfant, soit par impulsion parentale sentant l’enfant prêt.
- que ses parents lui déclarent que le pipi-caca qui est à lui se met dans la couche ou les toilettes ou le pot et agissent en conséquences avec bienveillance et confiance
- qu’on lui rappelle que l’école est le monde des « sans -couches » et que tout le monde y va à 3 ans.

Une collaboration parents-pros
Toutes les explications ou messages sont bien sûr à donner à l’enfant en fonction de ce qu’il exprime par son comportement. La collaboration des parents avec les professionnels est indispensable pour créer une cohérence
Et surtout ne discutons pas de tout cela devant les enfants ! Abordons juste ce qui est nécessaire car ils pourraient comprendre que nous nous approprierons cette étape ou du moins que nous la sur-valoriserions. Or,  il ne s’agit que d’une étape, la plus universelle et normale.
Article rédigé par : Rosa Molinero
Publié le 19 avril 2018
Mis à jour le 21 avril 2018

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