Les sons blancs pour aider les enfants à s’endormir

Les problèmes d’endormissement des tout-petits sont un sujet récurrent, notamment en collectivité. Hamac, portage en écharpe… Les structures d’accueil du jeune enfant n’hésitent pas à tester différentes solutions, la plupart dites « physiques », pour aider les petits qui ont du mal à trouver le sommeil. Une alternative commence toutefois à faire ses preuves : les sons blancs. Quels sont leurs caractéristiques ? Comment les utiliser en collectivité ? Peuvent-ils entraîner une dépendance ? On fait le point avec Catherine Lefèvre, psychomotricienne, qui porte ce projet depuis plus d’un an dans les crèches du réseau Crèche attitude et Crèches de France dont elle est la responsable pédagogique.
L’effet relaxant des sons blancs
« Le son blanc est la somme des fréquences audibles par l’être humain. Il est hypnotique dans le sens où il est répétitif, uniforme, sans pic d’intensité », explique Catherine Lefèvre. De par ses caractéristiques, le son blanc a un effet apaisant car il masque tous les bruits de fond, même le silence. Celui-ci peut être source d’angoisse pour certains tout-petits. N’oublions pas que dans le ventre de leur maman, les bébés sont bercés par de nombreux sons (battements du cœur, voix...). Au final, relaxés par ces bruits réguliers, ils s’endorment plus facilement. Une étude a ainsi montré que 85 % des nouveau-nés exposés à un bruit blanc s’endormaient dans les 5 minutes, contre 25 % sans bruit blanc.* « Ces sons auraient également un effet bénéfique sur la douleur », développe Catherine Lefèvre. Plusieurs recherches scientifiques tendent en tout cas à le prouver. Elle cite notamment une étude évaluant la douleur de bébés prématurés lors d’un vaccin. On apprend que 2,9 % des tout-petits vaccinés avec un son blanc ressentaient une douleur sévère et 67,6 % une douleur modérée. En revanche, ceux vaccinés sans bruit blanc étaient 82,5 % à ressentir une douleur sévère et 17,5 % une douleur modérée.**

Les sons blancs d’origine naturelle et d’origine artificielle
Il existe deux sortes de sons blancs. Ceux d’origine naturelle comme le vent, la pluie, les vagues… et ceux d’origine artificielle comme le sèche-cheveux, l’aspirateur, le ventilateur… Certes, les premiers paraissent plus agréables que les seconds. Pour autant, il convient de trouver le son blanc qui correspond à l’enfant. « Il m’est arrivé d’utiliser un ventilateur auprès d’enfants accueillis dans une crèche pour les aider à s’endormir sans que cela ne fonctionne. Au final, c’est un bruit d’eau qui les a apaisés », souligne Catherine Lefèvre. Les battements de cœur font également partie des sons blancs d’origine naturelle. « Il y aurait eu des cas où l’enfant a synchronisé ses battements cardiaques sur ceux entendus et a donc ralenti son rythme. Afin d’éviter tout risque je ne souhaite pas les utiliser en crèche », précise-t-elle. 

Les précautions à prendre
Sous quelle forme retrouve-t-on les sons blancs ? Il existe de façon classique des CD mais depuis quelque temps, des peluches intégrant des bruits blancs sont disponibles sur le marché. Catherine Lefèvre attire l’attention sur le fait que bien souvent ces doudous n’ont pas de bouton permettant de régler le volume. Par ailleurs, si l’on décide d’acheter un tel produit, il faut prendre garde à ne pas le mettre trop près de la tête du bébé. Quid de la dépendance ? « Il n’y a pas assez d’études sur le sujet pour répondre à la question de la dépendance. Toutefois s’il y en a une, elle ne sera pas grave. Ce sera un peu comme pour la tétine et/ou le doudou », note Catherine Lefèvre. Dans le cas de la peluche bruit blanc, elle fait toutefois remarquer le risque d’une double dépendance : au son et au doudou lui-même.

La mise en place des sons blancs en collectivité
L’idée n’est pas d’habituer tous les enfants de la crèche aux sons blancs, mais seulement ceux qui ont des difficultés à trouver le sommeil. « Nous commençons l’expérimentation dans la section de vie. Les professionnelles diffusent des sons blancs naturels comme si c’était de la musique, pendant 5 minutes environ. Un travail d’observation est mené sur les enfants que cela pourrait aider. On a une fiche sur laquelle on note les réactions des enfants. S’ils manifestent un relâchement musculaire, s’ils se frottent les yeux… On peut faire le test plusieurs fois. Lorsque l’on repère un enfant pour qui cela semble fonctionner, on va essayer de mettre le son blanc dans le dortoir. En revanche, si en salle de vie on a tout essayé (sons blancs naturels et sons blancs artificiels), sans avoir remarqué d’indicateurs de relâchement, on n’insiste pas », précise Catherine Lefèvre. Et d’ajouter : « Afin de protéger l’audition des enfants, la source sonore doit être placée au minimum à 30 cm de la tête de l’enfant, le volume réglé sur une intensité basse et la diffusion ne pas excéder 5 à 6 minutes ». Les sons blancs ne sont pas une solution miracle puisqu’ils n’ont pas d’effets sur tous les bébés mais ils peuvent être une bonne alternative aux solutions physiques. A noter que leur utilisation n’exclut pas l’accompagnement normal. Bien au contraire, les rituels liés au sommeil demeurent indispensables.

*White noise and sleep induction. Spencer, Moran, Lee, Talbert. 1989.

**Effect of White Noise in Relieving Vaccination Pain in Premature Infants. Kucukoglus, Aytekin, Celebioglu, Celebi, Caner, Maden. 2016.

Les sons roses

D’autres types de sons pourraient influer sur le sommeil. C’est le cas des sons roses qui amélioraient sa qualité. Ils joueraient notamment sur la phase de sommeil profond. Typiquement, lorsque l’on parle de bruits roses, on cite la cascade ou le torrent. Les sons roses se répètent de manière lente et ont donc une fréquence plus basse que celle des bruits blancs.

Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 30 octobre 2020
Mis à jour le 17 août 2021