Pourquoi dit-il toujours pourquoi ?

Vers l’âge de 3 ans, les enfants commencent à se poser un tas de questions sur le monde qui les entoure. Souvent, elles débutent par « pourquoi ». Pas toujours simple de leur répondre. Pourtant, chaque réponse apportée contribue au bon développement de l’enfant. Les explications et conseils de Frédéric Groux, psychologue et ancien éducateur de jeunes enfants, et Rosa Molinero, éducatrice de jeunes enfants, directrice de la crèche « Anges de la Terre ».
Pendant les premières années de sa vie, l’enfant découvre le monde avec le toucher et le regard. Il porte des objets, observe ce qui l’entoure, sans toujours comprendre. Il entre ensuite dans une période symbolique, où son imaginaire se développe avec la parole. À 3 ans, l’enfant s’exprime de mieux en mieux et acquiert du vocabulaire. Pour chaque interrogation, il va formuler dans son imaginaire une hypothèse, une théorie. Ainsi, il va demander confirmation avec le « pourquoi », et mieux comprendre le monde qui l’entoure. C’est sain : « Un enfant doit être curieux et poser des questions. Pour s’adapter au monde, il doit explorer. » Même si c’est parfois fatiguant pour les pros… Le "pourquoi" a une fonction d'exploration du monde par le langage. C'est la fonction la plus souvent employée par l'enfant.

Des questions existentielles
Rosa Molinero, EJE et directrice de crèche connait bien cela puisqu’elle côtoie des jeunes enfants au quotidien dans sa crèche. Elle observe que cette période d’interrogation arrive de plus en plus tôt : « Les pourquoi arrivent avant 3 ans pour certains. » C’est le moment où l’enfant commence à se poser des questions existentielles, notamment en assimilant progressivement la notion du temps : « C’est le doute. D’où vient-on ? Où étions-nous avant ? C’est de la philosophie en quelque sorte ». 
Pour Frédéric Groux, les enfants arrivent à un âge où ils font la distinction entre les filles et les garçons, et chaque question « basique » va amener à une réflexion plus profonde sur le thème de la sexualité.
Dans un EAJE, les professionnels sont confrontés à l’effet de masse des enfants qui posent tous des questions en même temps. En plus d’avoir de nombreuses interrogations, ils sont dans l’imitation, et souhaitent attirer le regard de l’adulte. Afin de répondre au mieux aux besoins de tous les enfants, Frédéric Groux propose d’organiser des séances de débats, pour que chacun puisse poser sa question et ainsi avoir un dialogue constructif entre professionnels et tout-petits. Dans les écoles maternelles, on les nomme : discussions philosophiques. Cela a deux fonctions. Tout d'abord, faire baisser le taux d'agressivité chez l'enfant, mais aussi améliorer les relations enfant-adulte, selon le pédopsychiatre Pierre Delion. 

Certains enfants posent peu de questions et gardent en eux les réflexions avant de les exposer aux adultes : « Ils peuvent avoir des questions dans leur tête, certains enfants parlent, d’autres sont observateurs » explique Frédéric Groux. Les enfants ont aussi le droit d'avoir un "jardin secret", sans que les adultes ne sachent tout. Ce n'est pas forcément un signe inquiétant. 

Comment répondre aux « pourquoi » ?
  • Faire des recherches. L’adulte est là pour répondre aux interrogations de l’enfant et pour confirmer ou infirmer ce qu’il s’est imaginé. « L’enfant ne comprend pas la négation, il faut donc éviter au maximum de lui dire « je ne sais pas », témoigne Rosa Molinero. Une fois, un enfant m’a demandé si les serpents faisaient leurs besoins, je ne savais pas alors j’ai cherché sur Internet pour lui apporter une réponse. » En aucun cas il faut inventer car les informations apportées au tout-petit participent à son bon développement intellectuel.
  • Répondre simplement. Il est inutile de développer longuement. L’enfant a besoin d’une réponse simple et directe, et peut se contenter du minimum d’information pour être satisfait, même s’il vous semble que votre explication est incomplète. D’autant plus que les réponses détaillées peuvent être difficiles à comprendre pour un jeune enfant.
  • Amener l’enfant à réfléchir par lui-même. Vers l’âge de 5 ans, les petits sont plus susceptibles de trouver la réponse. « On va lui retourner la question : « Qu’est ce que tu en penses ? » Cela lui permet de mettre en mots ses théories et de comparer avec ce que pense l’adulte. » précise Frédéric Groux. 
  • Réexpliquer si nécessaire. Le psychologue rappelle ce que disait la pédiatre Françoise Dolto : « Quand un enfant vous pose 3 fois la même question, c’est que vous n’avez pas bien répondu ». La question peut parfois être beaucoup profonde qu’on ne le pense. Par ailleurs, si l’adulte est évasif, l’enfant va retourner vers le professionnel. Comme le raconte Rosa Molinero, « les tout-petits ont le besoin d’être rassuré, on essaye de trouver un façon d’expliquer différemment ». Mais parfois, les enfants jouent avec le professionnel en accumulant les questions. « C’est un jeu, donc je rentre dedans. Quand je sens qu’ils n’écoutent plus mes réponses et veulent juste s’amuser, je ne réponds plus. » dit-elle.

Vous n’avez pas envie de répondre ?
Il peut arriver que l’adulte soit trop fatigué pour répondre à toutes les interrogations de l’enfant. Si c’est le cas, il est inutile de s’énerver. Restez calme, expliquez-lui que ce n’est pas le moment et redirigez-le vers un autre professionnel qui sera peut-être plus disposé à répondre à ses questions.
Parfois, ce n’est pas la fatigue mais plutôt le sujet qui peut déranger, d’autant plus que le professionnel ne sait pas ce qu’il se dit à la maison. « L’enfant comprend lorsque cela gène. Il faut lui expliquer », indique Frédéric Groux. Par exemple, avec les questions relatives au décès « Pourquoi mamie est morte ? », on dit au petit que ce n’est pas le moment car on est triste mais qu'on pourra en reparler plus tard. « Dans le meilleur des mondes, on redirige vers un autre adulte. Sinon, on fait comme on peut. Quand on est vrai avec les enfants, ils écoutent, ressentent l’émotion et ne veulent pas nous blesser. » Rosa Molinero a fait le choix de ne pas aborder certains sujets comme la mort ou même l'existance du Père Noël : "Cela touche aux croyances, au domaine privé et ce sont aux parents d'y répondre."
De nombreux livres peuvent également être une alternative pour accompagner au mieux les enfants dans leur recherche d’informations.
Article rédigé par : Laura Bourven
Publié le 23 juillet 2019
Mis à jour le 31 juillet 2019