Crèches : doudous bienvenus !

Le doudou est un objet central pour le tout-petit. Mais lorsqu’il évolue en collectivité, doit-il apprendre à s’en séparer ? Ou au contraire, peut-il en disposer à sa guise ? Eléments de réponse avec des professionnels de terrain qui connaissent bien la vie en crèche.
Le doudou est un objet essentiel. « Il permet au petit de passer d’une relation fusionnelle avec la mère à une forme d’autonomie tout en conservant un petit bout de sa maman. C’est une aide symbolique qui lui permet d’appréhender les notions de présence/absence, d’éveil/sommeil etc », explique Catherine Pierrat, psychologue intervenante en crèche. Le doudou peut prendre la forme d’une peluche, d’un tee-shirt ou même d’une taie d’oreiller. « C’est toujours l’enfant qui le choisit, notamment en fonction des sens qui sont les plus développés chez lui. Il peut apprécier une couleur, une forme, une texture… et bien entendu, l’odeur est toujours centrale », poursuit la psychologue. Tous les enfants n’ont cependant pas besoin de doudou, « on peut aussi s’en fabriquer un propre, comme en se touchant une partie du corps », note la spécialiste.

Le doudou en collectivité pose-t-il problème ?
Pour Eric Ruffin, directeur de la crèche Babilou « Les Petits Trains » à Paris(75008) le doudou en collectivité ne pose en réalité pas de problèmes. « On pourrait craindre que les enfants se les disputent, qu’ils ne s’en séparent pas à table, mais ce n’est pas le cas », rapporte-t-il. Selon Catherine Pierrat. « Le doudou est le premier attachement après la maman, c’est en quelque sorte le calmant du bébé. Mais au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant va nouer des liens avec ses petits copains, apprécier les jeux, et délaisser son doudou. Un enfant qui ne parvient pas à s’en séparer risque de se replier sur lui-même. En général, il est « insecure », et il convient donc de le rassurer et de voir peut-être ce qu’il se passe dans la relation mère-enfant, ou de travailler avec la fratrie », poursuit-elle.

Faut-il laisser le doudou constamment à portée de main ?
La psychologue et le directeur de crèche s’accordent tous les deux sur la nécessité de laisser le doudou à disposition des enfants. S’ils vont naturellement s’en détacher, les petits vont en ressentir le besoin lorsqu’ils feront la sieste, seront contrariés ou fatiguès. L’une des solutions consiste ainsi à mettre le doudou dans un casier en permanence accessible à l’enfant, ou dans une pochette. « L’enfant sait où il est et peut aller le chercher lui-même quand il en a envie », affirme Catherine Pierrat.
Eric Ruffin et son équipe ont quant à eux opté pour une totale mise à disposition, sans même passer par un casier. « Les petits de 4 mois ne vont pas se déplacer jusqu’à un casier pour aller le chercher. On laisse donc les doudous sur les tapis, et on observe que certains enfants plus grands viennent donner aux plus petits leurs doudous quand ils sont trop éloignés, car une partie d’entre eux identifie bien les propriétaires. Nous n’avons donc pas besoin de pochettes. Pour le moment, tout se passe bien ainsi », conclut-il. En somme, il est important de laisser chaque enfant évoluer à son propre rythme. Et, il ne s’agit pas pour les professionnels d’apprendre à l’enfant à se séparer du doudou, mais plutôt de l’accompagner là où il en est de son développement.
En général, les petits vont s’en séparer d’eux-mêmes, sauf s’ils ne sont pas suffisamment « sécures », ce qui peut alors nécessiter un approfondissement et un questionnement sur les possibles causes (endogènes, propres à l’enfant; et/ou exogènes, générées par l’environnement crèche : aménagement, positionnement et attitude des professionnels…). Gérer le doudou en communauté requiert donc souplesse, attention et prise en compte de chaque individualité.
Article rédigé par : Paulina Jonquières d’Oriola
Publié le 24 février 2016
Mis à jour le 08 novembre 2017