Tout sur les doudous

Le doudou : son rôle en tant qu'objet transitionnel

Le doudou est souvent décrit comme étant l’objet transitionnel par excellence. Mais quel rôle joue-t-il vraiment ? De quelle façon l’adulte doit-il se comporter face à cet objet ? On fait le point avec Marie-Pierre Blondel, pédopsychiatre et membre de la Société psychanalytique de Paris. Et avec Suzanne Vallières, psychologue.
enfant avec son doudou
Dans les années 50, Donald Winnicott, pédiatre-psychiatre-psychanalyste britannique  a mis en lumière la fonction d’objet transitionnel, expliquant que cet objet permettait à l’enfant de faire le pont entre sa relation « primitive » au sein maternel, et le monde extérieur. Pour lui, tout enfant normalement constitué ne pouvait se passer d’un objet transitionnel.

Qu’est-ce qu’un objet transitionnel ?
Le concept s’est depuis largement vulgarisé. Aujourd’hui, d’après la définition la plus communément répandue, l’objet transitionnel servirait à rassurer le bébé lorsque ses parents, et notamment sa mère, ne sont pas là. Pour la pédopsychiatre Marie-Pierre Blondel*, un enfant qui utilise un objet transitionnel, débute avant tout sa vie intra - psychique. « L’objet transitionnel va lui permettre de créer un espace intermédiaire pour créer, penser, imaginer », assure-t-elle. L’objet-doudou est le témoin de cet espace transitionnel qui s’organise. Typiquement, on observe des temps de rêverie lorsque le petit tient son objet transitionnel, concentré sur lui-même, les yeux dans le vague.
Si certains spécialistes avancent que l’objet transitionnel fait son apparition autour de l’âge de 8 mois, Marie-Pierre Blondel affirme qu’il est difficile de déterminer un moment où l’enfant ferait usage de son doudou comme d’un objet transitionnel. Selon elle, l’objet transitionnel peut faire son apparition plus tôt, dès l’âge de 3 mois. Ainsi, un enfant peut utiliser un doudou comme objet transitionnel à la crèche bien plus tôt qu’on ne le croit.

Le doudou n’est pas systématiquement un objet transitionnel
Contrairement aux idées reçues, le doudou ne joue pas systématiquement le rôle d’objet transitionnel, et ce n’est pas parce qu’il il y a un objet investi dénommé doudou qu’il y a un espace transitionnel. Si on donne le doudou dès que le petit enfant commence à pleurer sans même comprendre la nature de son malaise, ni essayer de le rassurer, alors, il ne pourra pas faire la différence entre ses émotions (la peur, la faim, la douleur, la fatigue…) qui peuvent le faire pleurer.
Le doudou ne doit pas non plus se substituer au réconfort par l’adulte. Si l’objet transitionnel permet de supporter l’absence, le « doudou » proposé comme solution à toute situation perd cette fonction, il devient « fétiche », déniant l’absence et le manque. Cet objet fétiche n’aménage pas d’espace créatif dans l’esprit du petit. L’enfant en devient totalement « dépendant », et aura du mal à s’en dégager.
Parfois, et c’est regrettable, dans les lieux de vie de l’enfant, le doudou lui est donné (presque toujours couplé à la tétine qui n’est qu’exceptionnellement transitionnelle) automatiquement et systématiquement, sans distinction de la demande.

L’objet transitionnel pour supporter l’absence de la mère
On parle d’objet transitionnel car ce dernier est un objet trouvé (il vient du monde extérieur), et en même temps créé (c’est la manière dont l’enfant l’investit qui compte). Ce processus aboutira ensuite à « l’internalisation de l’objet (c’est-à-dire des images parentales) », explique le Dr Blondel. Le doudou, s’il est un vrai objet transitionnel, est à la fois « le prolongement de la mère, mais aussi un peu du bébé lui-même », note la Suzanne Vallières, psychologue.**Son odeur est très importante car elle rappelle au bébé de bons moments dans son environnement sécurisant.
Au fur et à mesure, le doudou aide l’enfant à se dégager du besoin de sa mère, car il est le garant de la permanence de l’objet.

Le professionnel face à l’objet transitionnel
Les professionnels s’interrogent aujourd’hui sur la nécessité de laisser à libre-disposition le doudou à la crèche. De plus en plus de crèches mettent les doudous à disposition de l’enfant qui sait où le trouver quand il en éprouve le besoin. Certains laissent les doudous au sol, d’autres les mettent dans des boîtes accessibles ou sur demande.
Pour Suzanne Vallières, le doudou joue un rôle de premier plan à la crèche et doit donc être mis à disposition de l’enfant. Selon elle, il rend l’enfant plus autonome et fait la transition entre le connu et l’inconnu. Il lui permet de faire le passage entre la maison et la crèche. La psychologue insiste bien sur le fait qu’il ne faut jamais menacer un enfant de lui retirer son doudou, car cela revient à le menacer de lui ôter un prolongement de sa mère et de lui-même.

Le doudou, jusqu’à quel âge ?
Si le doudou a été utilisé comme un objet transitionnel et non pas comme un objet fétiche, le petit n’aura pas de difficultés à s’en détacher. En règle générale, les enfants commencent à oublier leur doudou vers l’âge de 2 ans. Ils le laissent dans le salon, dans le bac à jouets… Vers l’âge de 3 ans, le doudou n’accompagne souvent plus l’enfant dans son quotidien. Davantage sécure, l’enfant se tourne de plus en plus vers ses petits camarades.
Enfin, « si l’enfant a du mal à se détacher de son doudou, on va alors l’encourager à ne l’utiliser que pendant la sieste pour qu’il devienne davantage autonome d’un point de vue affectif », conclut Suzanne Vallières. Il conviendra alors de s’interroger sur la relation parentale et la manière dont le doudou a été investi par l’enfant.

Biblio spéciale « Doudou »

• Pour les adultes -Objet transitionnel et autres objets d'addiction. Marie Pierre Blondel, Revue Française de psychanalyse -Les psy-trucs pour les enfants de 0 à 6 ans. Suzanne Vallières, J’ai Lu -La mère et son enfant. Donald Woods Winnicott, Payot -Le Doudou dans le livre pour enfants, Véronique Soulé. Spirale 43 Editions Eres • Pour les enfants -Les doudous. Dr Catherine Dolto. Mine de Rien. Giboulées.Gallimard jeunesse -Ernest et Célestine ont perdu Siméon, Gabrielle Vincent, Casterman, coll. « Les p’tits Duculot » -Le doudou perdu. Ian Whyorow. Kaléidoscope -Doudou. Ruth Brown. Gallimard -Le doudou méchant. Claude Ponti. Ecole des Loisirs

Article rédigé par : Paulina Jonquières d’Oriola
Modifié le 06 mai 2016