Psycho-pédagogie

5 conseils pour mieux communiquer avec le jeune enfant

Il est pertinent de réfléchir à la manière dont nous formulons nos requêtes quotidiennes afin d’optimiser nos chances d’être compris par nos petits interlocuteurs. Nous oublions trop souvent que leurs capacités de compréhension sont bien plus limitées que les nôtres. Les conseils d'Héloïse Junier, psychologue en crèche.
1. Se placer à la hauteur de l’enfant et lui parler les yeux dans les yeux
Après l’avoir interpellé par son prénom pour l’individualiser, positionnez-vous à sa hauteur. L’objectif est que vos yeux soient sur la même ligne de regard (avez-vous déjà essayé de communiquer avec quelqu’un qui était sur une échelle, bien plus en hauteur que vous ? En plus d’être assez désagréable, cette communication en contre-plongée peut brouiller la réception du message que vous adresse votre interlocuteur). Cette position en face à face, les yeux dans les yeux, lui permettra de capter plus facilement son attention et d’optimiser sa compréhension. Evitez de « crier » votre requête à l’enfant à travers la pièce, alors qu’il est occupé à jouer par exemple. De plus, ne le forcez jamais à vous regarder dans les yeux en lui maintenant le menton dans votre main. Ce n’est pas parce que l’enfant ne vous fixe pas du regard qu’il ne vous écoute pas. C’est juste qu’il vous écoute à sa manière, loin des conventions d’adultes. Il ne s’agit en aucun cas de provocation.

2. Adapter votre communication non verbale au contenu de l’interdit que vous lui adressez
Pour comprendre le sens de votre message et décrypter ce que vous attendez de lui, l’enfant va spontanément se baser sur votre expression faciale et sur le ton de votre voix, et non sur les mots que vous prononcez. Or, certains professionnels n’appréciant pas tenir des propos trop directifs à l’égard des enfants tendent à « déguiser » leurs interdits par une voix douce, une expression faciale neutre, compatissante voire, dans certains cas, souriante. « Tu sais bien que tu ne peux pas monter sur ce fauteuil, Chloé » dit doucement l’adulte, le visage compatissant, les sourcils relevés, la tête inclinée sur le côté. Cette incohérence risque de brouiller la compréhension de l’enfant. Tout interdit devrait s’accompagner d’une expression faciale plus sérieuse (regard fixe, serrement des sourcils et de la mâchoire) et d’un ton de voix ferme, mais non agressif. A l’inverse, quand vous souhaitez le rassurer, l’encourager, mettez-y du cœur ! N’oubliez pas d’opter pour un ton de voix doux et une expression faciale souriante (un vrai sourire, celui qui s’accompagne des petits plis autour des yeux).
En effet, l’intelligence du jeune enfant est émotionnelle avant d’être verbale. C’est-à-dire qu’il va ressentir vos émotions avant de comprendre le sens de votre phrase (s’il la comprend). Entre deux adultes, on estime que la communication non verbale (les gestes, les regards, la posture, l’expression faciale) représente 70% de la communication globale. En clair, les mots que vous adressez à un autre adulte n’a que 30% d’importance, tandis que la manière dont vous les prononcez culmine quant à elle à 70%. Un pourcentage énorme ! Or, plus l’enfant est petit, plus la communication non verbale est prédominante. Chez les bébés qui ne comprennent pas encore le sens des mots, la communication non verbale avoisinerait les 99%...

3. Privilégier les formulations simples et positives
Sur le plan linguistique, la formulation négative est plus complexe à traiter que la formulation positive. Lorsque l’on dit « Ne monte pas sur le fauteuil ! » à un enfant, son petit cerveau a du pain sur la planche pour comprendre la bonne information. Tout d’abord, il doit extraire les mots-clés du flux verbal de votre requête, à savoir « monte », un verbe d’action, et « fauteuil », un nom d’objet. Ces mots-clés vont donner lieu, dans sa tête, à une représentation de l’action de monter sur le fauteuil (en effet, si je vous dis de ne surtout pas penser à un éléphant rose qui danse le boogie-woogie dans la savane, quel est le premier réflexe de votre cerveau ? Y penser, bien entendu !). Après quoi, le cerveau de l’enfant devra faire l’effort d’inverser, d’annuler cette action imaginée, à savoir « ne pas monter sur le fauteuil = descendre du fauteuil ». La négation induit donc une gymnastique intellectuelle plus complexe. Or, vous imaginez bien que si la négation nécessite un effort cognitif pour nos cerveaux adultes et matures, elle peut représenter un véritable challenge pour les jeunes cerveaux immatures des petits enfants ! Dans ce sens, mieux vaut formuler à l’enfant ce qu’il doit faire plutôt que ce qu’il ne doit pas faire. On privilégiera « Descends » plutôt que « Ne monte pas sur le fauteuil », « Chuchote » plutôt que « Ne crie pas », « Caresse » plutôt que « Ne mords pas », « Marche » plutôt que « Ne cours pas », etc. Cette formulation positive permettra de créer dans le cerveau de l’enfant une image mentale en accord avec le sens de votre requête.
Pour l’anecdote, dans le cadre d’une conférence que j’animais sur la communication pour un public de parents, un des papas présents pris la parole et déclara : « depuis que je parle à ma fille comme je parle à mon chat, j’ai l’impression qu’elle me comprend mieux ! Ça change tout ! ». Silence dans l’assemblée. Regards gênés. Et pourtant, ce papa venait de résumer en une seule phrase, de manière un peu maladroite mais efficace, le contenu de mon intervention !

4. Patienter 5 secondes, le temps de laisser l’enfant réagir
Lorsque vous adressez une requête à un enfant, du type « apporte-moi ton bavoir » ou « viens changer ta couche », comptez cinq secondes dans votre tête, le temps de laisser le cerveau de l’enfant traiter l’information et réagir en conséquence.
Eh oui, le cerveau du jeune enfant est bien plus lent que celui de l’adulte. Pourquoi ? Car les axones qui relient les neurones entre eux ne sont pas encore bien myélinisés. Ils sont « nus » comme un verre, ce qui réduit considérablement la vitesse de propagation de l’influx nerveux d’une cellule à une autre. Cette fameuse myéline, qui est une substance blanchâtre d’aspect peu appétissant entourant l’axone, se construit petit à petit tout au long de la maturation du cerveau (ce qu’on appelle le processus de myélinisation). C’est pourquoi plus les enfants prennent de l’âge, plus leur cerveau gagne en rapidité, pour le plus grand bonheur des adultes !
Dans ce sens, pour ne pas surcharger le cerveau de l’enfant en informations simultanées, ne formulez qu’une consigne à la fois, quitte à décomposer vos consignes, étape par étape.

5. Montrer à l’enfant ce que vous attendez de lui s’il n’a pas compris votre consigne
Le jeune enfant est dans l’agir, le concret et le physique. Du fait du manque de maturation de son cerveau et de connexions entre les aires cérébrales, il peut avoir du mal à faire le lien entre la parole et le geste, entre la consigne que vous lui adressez et l’action physique à accomplir, même s’il s’agit d’une action qui lui est connue. Aussi, si vous sentez qu’il ne parvient pas à faire ce que vous lui demandez (par exemple, « dépose ton bavoir dans la bassine »), n’hésitez pas à le guider physiquement dans la réalisation de cette consigne. C’est-à-dire, à lui montrer, avec douceur, comment apporter son bavoir jusqu’à la bassine. De même, si vous souhaitez qu’il arrête de tirer les cheveux d’Alban, montrez-lui comment explorer différemment les cheveux de l’enfant, en les caressant par exemple (à condition que l’enfant en question soit d’accord). Tout enfant apprend par imitation de l’adulte. Montrez-lui donc ce que vous attendez de lui afin que les prochaines fois, il y parvienne seul.
Article rédigé par : Héloïse Junier, psychologue en crèche, formatrice
Modifié le 02 octobre 2017