La médiation animale, encore compliquée en RAM

Si certains ateliers de mise en relation entre animaux et tout-petits se font jour en RAM, les contraintes diverses relatives au cadre rendent cette organisation difficile à reproduire partout. Zoom sur une expérience récente menée dans 4 relais aveyronnais.
Début juillet 2019, 4 RAM (relais d’assistantes maternelles) de l’agglomération de Rodez (Aveyron) : Sainte-Radegonde, Le Monastère, Druelle et Sébazac, ont accueilli chacun à son tour, sur une semaine, un atelier de médiation animale. Les invités à quatre pattes, pour le plus grand plaisir des enfants ? Deux chiens (un golden retriever et un spitz) et deux lapins béliers. « J’ai effectué deux interventions par relais, pour essayer de faire des groupes de 8-10 enfants au maximum, histoire que chaque enfant ait son temps privilégié avec l’animal, en réelle interaction avec l’animal. Que tous puissent toucher, manipuler, brosser… », témoigne l’intervenante des ateliers, Caroline Escaffre, comportementaliste et éducateur canin.

Jeux partagés entre enfants et animaux
Au menu des ateliers : mise en place de jeux partagés entre l’enfant et l’animal. « Pour les plus petits (bébés dans les transats), il s’agissait d’observation, d’écoute et de toucher, avec un lapin. Pour les plus grands, un travail de l’autonomie : présenter de la nourriture adaptée aux animaux, franchir de petits parcours locomoteurs (barre à sauter, tunnel à passer, slaloms…) avec les chiens, les promener en laisse, leur lancer la balle, mais aussi jouer avec les lapins, les brosser, les porter… », précise Tiffany Palaprat, animatrice au RAM Rêve Avec Moi (Druelle). « Les séances durent une heure, une trentaine de minutes pour les moins de 12 mois », ajoute Caroline Escaffre.

Une organisation à quatre mains
L’organisation a été prise en main par l’intervenante et par l’animatrice. « J’ai d’abord discuté avec les assistantes maternelles et les parents qui fréquentent le RAM, afin de leur demander si le fait d’amener des animaux dans les locaux posait problème, évoque Tiffany Palaprat. Dans un second temps, j’ai demandé aux assistantes maternelles d’informer les parents des séances à venir et de se renseigner auprès d’eux pour vérifier que leur enfant n’était pas allergique ou phobique de l’animal. »
Chaque séance est préparée en amont entre Caroline et Tiffany, pour les consignes de mise en place avant l’intervention. Notamment pour s’assurer de conditions d’hygiène et de sécurité maximales, les tout-petits marchant à quatre pattes et portant tout à la bouche. « Pour des raisons logistiques, chaque assistante maternelle étant prise par ses obligations de garde à domicile, il n’y a pas eu de debriefing collectif avec les participants, note Tiffany Palaprat. J’ai recueilli les retours directs des assistantes maternelles participantes et répercuté auprès de Caroline les plus et les moins de l’atelier. Nous avons également adapté les séances au fur et à mesure, en fonction des réactions des enfants et du matériel à disposition dans chacun des RAM. »

Des contraintes spécifiques au RAM
Selon Tiffany, en l’espèce, organiser ces ateliers de médiation animale n’a pas présenté de difficulté particulière, hormis un relais dont le local pêchait un peu par sa taille. Elle trouve même une certaine souplesse à ce cadre assez mouvant. « Comme les personnes qui viennent au RAM n’y restent pas, j’ai pu tranquillement réaménager et nettoyer l’espace une fois l’atelier fini », apprécie-t-elle. Mais si les animations de ce type se comptent encore sur les doigts des deux mains, c’est parce que leur mise en place en RAM se heurte à différents obstacles, selon Claire Dhorne-Corbeil, psychomotricienne et diplômée en médiation animale, pionnière dans l’institution de ce type d’ateliers en France, au sein de la crèche « Patouille et Compagnie » à Plonéour-Lanverne (Finistère). « Le cadre du RAM se prête mal au nombre important de paramètres à mettre en place pour faire un travail vraiment correct et constructif », estime-t-elle.

- D’abord, afin d’isoler l’activité des enfants non partants ou allergiques, il est nécessaire de disposer d’un lieu hors du groupe habituel. Ce qui n’est pas forcément évident lorsqu’on dépend d’une salle prêtée par une municipalité.
- Ensuite, des questions logistiques se posent : si une assistante maternelle accueillant trois enfants confiés est partante pour cet atelier, elle devra forcément y emmener les trois, même si le choix n’est pas judicieux pour l’un d’eux. Ce qui est d’autant plus dommageable qu’en médiation animale, les enjeux sont émotionnels.
- Un atelier de ce type nécessite d’avoir des référents ou encadrants qui soient à 100 % parties prenantes. Or, faute de formation spécifique, dans un RAM, les comportements des adultes peuvent être insécure (malaise par-rapport à certaines réactions de l’animal, et/ou des enfants). Ce qui n’est pas constructif, voire anxiogène, pour les enfants.
- La logique du RAM (rassemblement ponctuels, travail des professionnelles essentiellement à domicile et en journée) laisse peu de place au nécessaire travail de réflexion de l’intervenante avec les assistantes maternelles sur la construction de l’atelier, ses apports pédagogiques… Des réunions possiblement en soirée. Y manque aussi la possibilité de pouvoir croiser les regards avec les collègues, comme c’est le cas dans les temps de supervision en crèches.
- Il y a l’avant, puis surtout l’après : qui nettoie, et comment ? La femme de ménage préposée à la salle sera-t-elle disposée à nettoyer les éventuelles salissures laissées par les animaux ?

Des pistes alternatives
Autant d’obstacles qui ne découragent pas Tiffany Palaprat, qui compte bien renouveler l’expérience à l’été 2020. « Les beaux jours sont plus propices à l’activité, avec la possibilité de la pratiquer à l’extérieur, ce qui laisse plus d’espace pour les enfants et les animaux et soulage au niveau sonore », estime-t-elle. Pour les animatrices de RAM davantage contraintes par cette mise en place, Claire Dhorne-Corbeil préconise de se rabattre sur des sorties en fermes pédagogiques. L’occasion d’organiser une sortie ensemble, petits et grands, et de provoquer la magie de la rencontre entre enfants et animaux, sans se charger d’une logistique trop lourde.


 
Article rédigé par : Catherine Piraud-Rouet
Publié le 26 mars 2020
Mis à jour le 02 avril 2020