Bébés et enfants hypersensibles : des pistes pour mieux les comprendre

Les professionnels repèrent de plus en plus souvent « l’hypersensibilité » de certains enfants. Ce terme recouvre en fait des registres différents mais fréquemment liés : l’hypersensibilité « sensorielle » (ou hyperesthésie), l’hyper vigilance, l’hypersensibilité émotive et l’hyper réactivité. Comment accompagner ces tout-petits ? Monique Busquet, psychomotricienne fait le point.
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Jeune enfant a l
L’hypersensibilité « sensorielle » : tout est plus, tout est trop
Nous sommes en permanence plongés dans des environnements « sensoriels ». Nous captons des « informations sensorielles » par l’ensemble de nos récepteurs. Ces informations sont traitées par le cerveau, c’est-à-dire décodées, interprétées, comparées avec ce qui est déjà connu. Elles sont à leur tours mises en mémoire.
Dès la naissance, le cerveau du bébé trie, analyse ce qui lui parvient, en termes de connu/pas connu, plaisir/déplaisir, dangereux ou non. Par exemple, un bébé reconnaît l’odeur de sa maman et s’endort plus facilement avec cette odeur. Il s’apaise également lorsqu’il entend et reconnaît la voix de son père déjà entendue in utero. La maturation cérébrale, les expériences de vie que fait l’enfant en grandissant, lui permettent de faire des analyses de plus en plus fines, précises, nuancées.

• Les récepteurs sensoriels n’ont pas tous les mêmes réglages. Certaines antennes sont plus sensibles que d’autres.
Les bébés et enfants dits « hyper sensibles » montrent une plus grande sensibilité que la moyenne sur ce plan. Tout est plus, tout est trop ! Ils ont l’ouïe plus fine, l’odorat plus développé ou le sens du toucher plus délicat.
Ainsi la princesse au petit pois, perçoit le petit pois placé sous plusieurs matelas. Certains enfants ne supportent pas une étiquette qui gratte, une chaussette qui pique, un grumeau de purée dans leur bouche. Une même pression tactile peut être à peine sentie par certains, et être perçue comme trop forte, voire douloureuse par d’autres. D’où un sentiment d’inconfort et de gêne… parfois mal compris car non ressenti par les autres.   
Cela est vrai pour l’ensemble des fonctions sensorielles. Nous connaissons tous les 5 sens « externes » que sont le toucher, le gout, l’odorat, l’ouïe, la vision. Certains enfants manifestent également une sensibilité à d’autres « stimulis » plus fins, moins visibles comme les changements de pression atmosphérique, l’orage qui se rapproche, la neige qui arrive et peut-être d’autres éléments encore, comme « l’électricité dans l’air », dit-on.

L’hypersensibilité émotionnelle : un concentré d’émotions
L’hyper sensorialité s’accompagne souvent d’une hypersensibilité émotionnelle.
Les stimulis sensoriels, déclenchent des réactions émotionnelles, des réactions corporelles. Ces réactions physiologiques sont plus ou moins fortes, en lien avec l’histoire de chacun et de son environnement. Par ailleurs, tout enfant perçoit les émotions des autres, par son corps et dans son corps. Un bébé et son parent communiquent ainsi, dans un dialogue corporel, un dialogue tonico-émotionnel.

 • Une imprégnation très forte des émotions des autres
L’enfant est comme une éponge, il s’imprègne des émotions qu’il perçoit ainsi. Les émotions sont contagieuses et sur ce plan-là aussi, chaque enfant comme chaque adulte est plus ou moins réceptif et sensible. Les petites enfants « hypersensibles » vivent cela au centuple ! Qu’il s’agisse de leurs propres émotions ou de celles des autres.

L’hyper vigilance : être toujours en alerte est épuisant
Tout « stimulus déclenche une réaction d’alerte, une réaction de vigilance : « que se passe-t-il ? est-ce dangereux ?  Qu’est-ce que c’est ? » Cette réaction de vigilance peut alors se transformer en inquiétude, en angoisse, ou en simple curiosité.
Un enfant hypersensible « monte » en vigilance plus souvent, plus vite, il y reste plus longtemps, il a plus de mal à s’apaiser. Être ainsi en vigilance, en hypervigilance, et donc comme en bouillonnement permanent, est épuisant.

• Inquiets ou curieux d’un environnement vécu comme incohérent et imprévisible
L’enfant a besoin de mettre du sens sur tout ce qu’il perçoit, et il perçoit beaucoup, il perçoit parfois trop et il ne peut pas intégrer, absorber, digérer tout ce qu’il perçoit.
Après la réaction de « mise en alerte », s’ensuit une réaction d’habituation : l’enfant reconnaît et peut s’apaiser, surtout s’il est accompagné par un adulte bienveillant et qui le comprend. Parfois au contraire cette mise en alerte déclenche une plus grande sensibilisation. L’intensité ou/et la répétition de ces mises en alertes peut rendre l’enfant encore plus sensible et plus vulnérable. Cette hypersensibilité peut s’accompagner d’une difficulté à intégrer, à reconnaître, comme si un même stimulus était toujours perçu comme nouveau ou comme si les différentes perceptions ne pouvaient pas s’associer pas entre elles. L’environnement reste alors un monde disparate, discontinu, incohérent et de ce fait imprévisible et inquiétant.
D’autres enfants manifestent une plus grande vigilance à leur environnement et comme une plus grande « lucidité ». Ce sont des enfants qui sont attentifs à tout ce qui les entoure et qui mémorisent tout. Ils cherchent à tout comprendre, à mettre du sens sur ce qui est proche d’eux comme sur ce qui paraît loin, parfois très loin.  Leur espace de curiosité et d’intérêt semble ne pas avoir de limites. Ainsi ils repèrent ce que font et disent tous les adultes qu’ils rencontrent. Ils s’intéressent aussi à un environnement très vaste : l’espace et les étoiles, l’histoire et les dinosaures…

L’hyperréactivité : le sentiment d’être envahi, attaqué
L’enfant hypersensible vit dans des environnements trop remplis, trop forts pour lui. Il va alors fréquemment réagir à l’ensemble de ces perceptions. Parfois, il peut réagir par le retrait, l’isolement, l’évitement. Le plus souvent, son hypersensibilité déclenche de l’agitation, des pleurs, des cris …

• Des comportements que l’on estime disproportionnés, exagérés, sans raisons.  
Ces sur-réactions ne sont pourtant pas des caprices, elles ne sont pas voulues par l’enfant, même lorsqu’elles ne nous semblent pas justifiées, lorsque nous ne les comprenons pas. Parfois, c’est une goutte d’eau qui fait déborder leur vase trop plein. L’enfant réagit fortement à ce qui se passe autour de lui car être sensible, c’est recevoir trop, c’est donc souvent se sentir envahi, débordé, attaqué.

Six pistes pour accompagner ces jeunes enfants
Il n’y a pas de recette magique, de mode d’emploi, mais des pistes qui peuvent guider, soutenir chaque parent, chaque professionnel et chaque enfant.

1. Observer finement et essayer de repérer ce qui déclenche la vigilance, la réactivité et les moyens de s’apaiser.

2. Proposer des environnements le plus calmes possible en diminuant les intensités sensorielles : moins de lumières, moins de bruits, des gestes lents, des habits doux.
• Donner la possibilité de se mettre en retrait, au calme (créer des temps, des espaces)
• Protéger ainsi de trop d’excitations, trop de sollicitations ; leur faire des bulles protectrices comme les parapluies protègent de la pluie

3. Essayer de comprendre ce que l’enfant ressent, accueillir ses émotions, accepter ses réactions.
• Le prendre dans les bras, le toucher, être proche et disponible pour l’aider à se réconforter. Les sensations de bercement, de balancement sont essentielles pour s’apaiser (que ce soit les bras, un hamac, une balançoire.)

4. Rassurer l’enfant, lui permettre d’anticiper les changements, les nouveautés. Lui raconter, lui montrer, lui nommer ce qui se passe, ce qui va se passer. (Des images, des frises peuvent être des supports très utiles)

5. Essayer de rester soi-même solide et rassurant face à « la tempête extérieure comme intérieure » que vit l’enfant, face à ces réactions bouillonnantes. L’enfant hypersensible est lui-même « déstabilisé », il subit cette intensité, il s’en inquiète. Il a alors besoin de se sentir protégé par un adulte solide. L’adulte sait qu’« il n’y a pas de danger », il peut donc être détendu, rassuré donc rassurant malgré les réactions si fortes de l’enfant.

6. Enfin ramener l’enfant à ses propres sensations, comme le « brancher sur llui-même et non sur l’extérieur ». Lui parler de lui-même, de ce qu’il ressent sur les plans « sensoriel, corporels et émotionnels. Partager avec lui des temps tranquilles, des moments de respiration, d’écoute de leur corps.

Certains adultes peuvent se reconnaître dans ces descriptions. En l’état actuel des connaissances, cette hypersensibilité semble être une composante du développement cérébral, en lien avec des facteurs génétiques. L’enfant comme l’adulte ne choisit pas d’être hypersensible et hyper réactif, il ne le fait jamais exprès. Il subit ces intensités, il subit ses propres réactions, il ne peut les réguler lui-même. Se connaître soi-même, aider un jeune enfant à se connaître, permet de mieux vivre cette hypersensibilité er de transformer cette fragilité, cette vulnérabilité en richesse.

Pour aller plus loin :
-Rigon E. « Les enfants hypersensibles », Albin Michel
-Akoun A., Pailleau I., « Vive les zatypiques », Leduc Pratique
-Tomasella S. , « A fleur de peau » Pocket
Pour enfants :
-S. Cote, F Robert, L. Cravotto : « Trop de stimulis pour Alexis » Ed : Dominique et compagnie

Les sensibilités kinesthésiques

Les sensibilités « kinesthésiques », sont celles liées au mouvement. Nous percevons les modifications de notre tête par rapport à la verticale (sensibilité labyrinthique) et les changements de position des différentes parties de notre corps (proprioception). Et les enfants hypersenseibles peuvent donc voivre un véritable inconfort corporel.

Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 16 novembre 2018
Mis à jour le 18 décembre 2018