Bowlby et la théorie de l'attachement

Les découvertes de John Bowlby sur l’attachement

Dès le milieu du 20ème siècle, John Bowlby a défini un besoin vital chez l’enfant : l’attachement, auquel peuvent répondre plusieurs personnes de son entourage. Ces « figures » sont essentielles à son épanouissement.
Vladimir Mucibabic
Les liens d
Pionnier de l’attachement, le psychiatre et psychanalyste John Bowlby* a étudié dès les années 40 le comportement et le développement des enfants séparés de leurs familles. En 1951, il rend à l'OMS un rapport à ce sujet après avoir particulièrement observé des orphelins en Europe et aux Etats-Unis. Il pose alors les bases de l’attachement : « il s’agit d’un instinct chez l’enfant, correspondant au besoin vital d’être écouté, entendu, compris et soutenu, besoin actif la vie durant » résume Yvane Wiart**, psychologue spécialiste de l’attachement.

Des figures d’attachement qui donnent confiance
En effet, l’enfant est incapable de réguler seul ses émotions. Ses cris et ses pleurs signalent son mal-être et sollicitent l’attention de ses proches pour le réconforter. Afin de s’épanouir, l’enfant a besoin d’établir avec eux une relation chaleureuse, constante, prévisible. En répondant à ses attentes et en s’occupant régulièrement de lui, son entourage se transforme en figures d’attachement. Auprès d’elles, il sait qu’il peut trouver sérénité et réconfort lorsqu’il se sent en insécurité, en colère ou triste. « Un enfant développe un attachement à une figure principale et peut développer des attachements à quelques autres personnes qui lui apportent des soins fréquents, complète Marie Noëlle de Theux-Heymans***, psychologue formée en théorie de l’attachement. C'est la relation répétée qui aide l'enfant à construire son attachement. L'engagement émotionnel et le temps passé ensemble sont déterminants. ». En général la première et principale figure d’attachement d’un enfant est sa mère. Mais quand elle n’est pas là, d’autres figures d’attachement dites de substitution prennent le relais.

La non-satisfaction comme violence psychologique
Satisfaire au mieux le besoin d’attachement chez l'enfant le rend plus confiant dans son exploration du monde, ses rapports émotionnels, ses interactions sociales. Dans le cas contraire, il développe un style d'attachement « insécure » et son comportement en est affecté. « Ne pas écouter le besoin d’attachement de l’enfant revient à lui faire vivre une violence psychologique, insiste Yvane Wiart. Cela entraîne des dysfonctionnements psychiques et physiques à plus ou moins long terme. » John Bowlby a en effet établi une correspondance entre le besoin d’attachement insatisfait et la délinquance. Heureusement, il a également observé que rien n’est figé en la matière ; un jeune enfant à l'attachement « insecure » peut devenir « sécure » dès lors que ses proches se mettent à satisfaire ses besoins affectifs et relationnels. De quoi lui assurer un développement plus serein.


* Recueils de conférences données par John Bowlby aux éditions Albin Michel : « Le lien, la psychanalyse et l'art d'être parent » et « Amour et rupture, les destins des liens affectifs » (2014)
** Auteur de l’ »l’attachement, un instinct oublié » (Albin Michel)
*** Psychologue et formatrice : www.larbrequipousse.be/formations/
Article rédigé par : Nelly Moussu
Modifié le 08 septembre 2017