Psycho-pédagogie

Comment bien accueillir les jumeaux à la crèche

Accueillir les jumeaux en crèche exige d'y réflechir . C'est ce que pense Johannah Gay, présidente de l’association Jumeaux et plus.-Paris. Elle livre ici les retours d’expérience des parents, leurs attentes et propose quelques conseils. Des conseils qui valent aussi pour les assistantes maternelles. Néanmoins les parents de jumeaux optent rarement pour l’accueil  individuel et les assistantes maternelles , elles accueillent moins volontiers des enfants exactement du même âge.
Istock
petits garçons jumeaux
Sortir les jumeaux du couple gémellaire
La priorité des parents de jumeaux est de sortir leurs enfants de leur couple gémellaire. C’est souvent la motivation première pour les faire garder dans une structure d’accueil collectif.« Ils sont généralement dans une « cellule » fermée depuis 1 an ou 2 ans. Avec leurs parents et leur frère/sœur », précise Johannah Gay . Le but est donc d’ouvrir cette cellule, de les habituer à voir d’autres adultes qui s’occupent d’autres enfants… Tout ce qui va être différent de ce qu’ils connaissent va leur permettre de les sortir de leur bulle. « En tant que parents de jumeaux, nous avons conscience qu’il ne faut pas les laisser établir un seul mode de communication, celui qu’ils ont entre eux. Nous devons leur montrer que la vie, c’est aussi plein d’autres modes » explique Johannah. Et c’est en cela qu’être accueilli en crèche va leur faire du bien. Cependant même si les parents ont l’intention de sortir leurs enfants du couple gémellaire, ils n’en sont pas moins contradictoires dans les faits.
Et c’est là que les professionnels de la petite enfance ont un rôle à jouer.

Séparés… mais ensemble
« Nous les inscrivons en crèche pour qu’ils voient et jouent avec d’autres enfants, pour qu’ils s’individualisent. Et en même temps, nous ne voulons pas qu’ils soient séparés », détaille t-elle. « C’est assez contradictoire mais c’est ce qu’il se passe. Nous attendons vraiment un accompagnement sur ce point de la part des professionnels », poursuit-elle. Pour les parents de jumeaux, cette étape est aussi importante dans leur vie. Ils savent le lien unique qui lie leurs enfants et doivent en même temps le temporiser pour leur permettre de s’ouvrir aux autres et d’acquérir peu à peu les codes de la vie en société. Il faut alors beaucoup de délicatesse de la part des pros pour comprendre et ajuster les choses au moment de l’accueil des jumeaux. « L’idéal est de trouver des moments où ils peuvent être ensemble et d’autres où ils sont séparés. Cela pourrait se traduire par se retrouver dans la même section mais gouter à des tables différentes par exemple », explique Johannah. « Quand ils jouent, il peut être intéressant de faire en sorte qu’ils ne soient pas ensemble mais qu’ils soient l’un de l’autre à portée de regard. Pour avoir la liberté de se retrouver à un moment, de se faire un câlin ». Car ce sont ces petits moments de complicité unique qui leur donne une force, une énergie et une confiance en eux incroyable. C’est notamment grâce à ce sentiment qu’ils pourront ensuite se quitter plus facilement et s’ouvrir davantage aux autres.
Johannah évoque aussi une situation délicate qui peut se présenter : les jumeaux n’en sont pas au même stade de développement. L’un marche, l’autre pas. Ils se retrouvent alors dans des sections différentes. « Quand la crèche les sépare pour ce motif, les parents peuvent très mal le vivre » rapporte t-elle. Il y a peut-être un point de vigilance à garder en tête sur ce sujet. « Souvent si les parents le vivent mal, les enfants sont mal également. Les professionnels peuvent peut-être trouver une façon de gérer la séparation en faisant en sorte qu’ils aient des temps ensemble : pendant les repas, les activités, la sieste… Et dans ces cas là, la situation peut être plus gérable pour tous », confie t-elle.

Halte à la comparaison
Lors de la restitution de la journée le soir, l’écueil qu’il faut éviter est l’emploi du pluriel. Le rôle des parents mais aussi des professionnels de la petite enfance est de tout faire pour individualiser les jumeaux. Mieux vaut donc éviter toutes les tournures qui commencent par « ils ou elles ont bien dormi, bien joué… ».
Vient ensuite l’inévitable comparaison. « C’est très dur de ne pas le faire et j’invite vraiment les professionnels à réfléchir à la question pour éviter de les comparer » insiste Johannah. Son conseil ? Raconter la journée de chaque enfant, l’une après l’autre, et non pas l’une par rapport à l’autre, comme s’il s’agissait de deux enfants qui n’ont aucun lien.
Les comparaisons peuvent avoir du sens quand elles sont centrées sur un seul enfant. Pour rendre compte de ses progrès ou au contraire d’une angoisse.  « Vous pouvez par exemple noter qu’il a commencé à se tenir assis la semaine dernière et que cette semaine, il a gagné en stabilité. Cette comparaison là n’est pas gênante, elle est même riche d’enseignements. Les professionnels peuvent sur ce point nous apporter toutes leurs compétences » précise t-elle.

On bannit les étiquettes
Avec les jumeaux, il est très courant de voir qu’on leur colle vite une étiquette. Depuis les années 60, celle qui est la plus courante est le syndrome du dominant/dominé. C’est en réalité un lieu commun. « Une personne m’avait dit : il y en a un qui est ministre des affaires intérieures et l’autres des affaires extérieures. En société, on a l’impression que l’un dirige l’autre mais dans l’intimité en réalité c’est l’autre qui impose ses jeux. » souligne t-elle. L’important est que les professionnels ne cherchent pas à tout prix qui est le dominant et qui est le dominé. « D’autant que ce sont des rapports, qui, dans le temps, évoluent ! » L’idée est donc d’accueillir les jumeaux sans idées préconçues de ce genre, sans stéréotypes.




 
Article rédigé par : Laure Marchel
Publié le 17 décembre 2017
Mis à jour le 28 décembre 2017

À découvrir