École maternelle : demandez le programme !

L’école maternelle est la première institution fréquentée par les jeunes enfants, y compris lorsqu’ils ont déjà connu un mode d’accueil collectif. Ses locaux, son organisation et d’autres critères en font un milieu de vie singulier, avec une ambiance moins familiale que dans une crèche. Les enfants y apprennent à se séparer de leurs parents, à communiquer avec d’autres adultes et à vivre avec leurs pairs. Au cours des 3 ou 4 années de maternelle, ils grandissent et font beaucoup de progrès. Lesquels ? Avec quelles méthodes ? Selon quelle progression ?  Le point sur les programmes de 2015, toujours en vigueur.
Le cycle des apprentissages premiers, c’est sérieux
Depuis son origine en 1881, dans le cadre des lois Jules Ferry, l’école maternelle fait partie de l’école primaire et précède l’école élémentaire qui commence au CP (cours préparatoire). Lorsque la loi de 1989 a organisé la scolarité en plusieurs cycles, la grande section a été intégrée à la fois dans le cycle 1 et au début du cycle 2. Cette position de classe charnière a eu un effet inattendu, celui d’anticiper sur les apprentissages « lire, écrire, compter », jusque-là programmés à partir du CP.
À la rentrée 2013, un décret a modifié la composition des cycles, faisant des sections de maternelle, de la toute petite à la grande section, un seul cycle, celui des apprentissages premiers. Ainsi, l’école maternelle a pu retrouver sa spécificité en tant que « cycle unique, fondamental pour la réussite de tous ».
 Le programme de 2015 a été pensé dans le cadre de la loi de refondation de l’École de 2013, incluant la réforme des rythmes scolaires, dont l’ambition était d’établir une continuité éducative entre les différents temps vécus par l’enfant avec les partenaires enseignants et non enseignants. Bienvenue dans une école dans laquelle il est demandé que « chaque enseignant détermine une organisation du temps adaptée à leur âge et veille à l'alternance de moments plus ou moins exigeants au plan de l'implication corporelle et cognitive. » Pour cela, il faut mettre l’enfant au cœur du dispositif. C’est plus facile lorsqu’une ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) est présente dans chaque classe car on n’est pas trop de deux pour répondre aux besoins des jeunes enfants, tout en les faisant progresser.

Un programme divisé en cinq domaines d’apprentissage.
Qu’y a-t-il donc à apprendre avant l’entrée au cours préparatoire ? Pas des connaissances qui appartiennent à des disciplines, comme pendant tout le reste de la scolarité mais des savoirs et des savoir-faire qui font partie de cinq grands domaines d’apprentissage.
À l’école maternelle, les enfants n’apprennent pas le français, les mathématiques, les sciences et la géographie, avec un nombre d’heures hebdomadaires bien défini. Au contraire, « chacun de ces cinq domaines est essentiel au développement de l'enfant et doit trouver sa place dans l'organisation du temps quotidien. Dans la mesure où toute situation pédagogique reste, du point de vue de l'enfant, une situation riche de multiples possibilités d'interprétations et d'actions, elle relève souvent pour l'enseignant de plusieurs domaines d'apprentissage. »
1 - Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions (structuration du langage oral et entrée dans la culture de l’écrit) : Une des compétences visées est d’acquérir une conscience phonologique, c’est-à-dire d’identifier les unités sonores, par exemple prononcer un mot en tapant des mains sur chaque syllabe prononcée. Une autre est de découvrir le principe alphabétique, c’est-à-dire faire le lien entre ce qui est entendu (les sons) et ce qui est écrit (les lettres) mais sans pour autant commencer l’apprentissage systématique réservé au CP.
2 - Agir, s’exprimer, comprendre à travers l’activité physique : le développement des capacités motrices se fait en lien avec de nombreux éléments tels que l’espace, l’équilibre, les déplacements, les actions sur les objets, la compétition et la coopération. En vue de répondre au besoin de mouvement, le programme mentionne l’importance de séances quotidiennes de 30 à 45 minutes.
3 - Agir, s’exprimer, comprendre à travers les activités artistiques : les trois modes d’expression développés au cycle 1 sont les productions plastiques et visuelles, les univers sonores et musicaux, le spectacle vivant.
4 - Construire les premiers outils pour structurer sa pensée : il existe toute une panoplie de jeux et d’expériences à propos des nombres, des quantités, des formes et des grandeurs qui, même si le mot ne figure pas dans le programme, font partie du monde des mathématiques.
5 - Explorer le monde : se repérer dans le temps et dans l’espace, découvrir le monde du vivant, explorer la matière, fabriquer et manipuler des objets et commencer à utiliser des outils numériques sont des facettes différentes de l’éveil scientifique avant 6 ans.

Une école pour vivre ensemble et apprendre ensemble
Les relations entre pairs et les situations de vie collective ont toujours été importantes à l’école maternelle. Cet élément reste présent mais au lieu d’être un domaine séparé comme dans les programmes précédents de 2002 et 2008 sous les titres « devenir élève » et « vivre ensemble », la socialisation devient un enjeu transversal qui structure tous les apprentissages : « Par sa participation, l'enfant acquiert le goût des activités collectives, prend du plaisir à échanger et à confronter son point de vue à celui des autres. Il apprend les règles de la communication et de l’échange. » Les rituels de regroupement, les ateliers, les jeux collectifs, les récréations, les activités de transition sont autant d’occasions pour que les enfants, et pas seulement en petite section, arrivent à se situer au sein du groupe. Tout au long des temps éducatifs et d’apprentissage, les enfants découvrent le sens des consignes, intègrent les règles de vie, prennent des initiatives, deviennent autonomes. Avec le programme actuellement en vigueur, les jeux de société, autant coopératifs que compétitifs, ont une place royale dans les classes car la compréhension des règles, l’attente de son tour et d’autres compétences rejoignent celles qui sont en lien avec chaque domaine d’apprentissage. Ainsi, dans les listes des attendus de fin de cycle 1, parmi d’autres objectifs, on peut lire : « Reformuler pour se faire mieux comprendre », « Coopérer, exercer des rôles différents complémentaires », « Élaborer des stratégies pour viser un but ou un effet commun », « Proposer des solutions dans des situations de projet, de création, de résolution de problèmes », « Se situer par rapport à d’autres, par rapport à des objets repères ».

Des méthodes qui intègrent l’action et le jeu dans la classe
Pour constituer un emploi du temps équilibré entre les cinq domaines d’apprentissage, l’enseignant a le choix entre quatre familles de situations d’apprentissages : apprendre en jouant, comme indiqué plus haut, avec une évolution du jeu libre jusqu’au jeu structuré ; apprendre en réfléchissant et en résolvant des problèmes, grâce à des situations variées et des expériences, apprendre en s’exerçant, à force d’entraînement et de répétition, enfin apprendre en se remémorant et en mémorisant. Se remémorer, c’est reconstituer ce qui a été dit, fait ou juste observé alors que mémoriser, c’est retenir par cœur ce qui a été expliqué : les deux démarches se complètent. Dès leur publication, les programmes ont été accompagnés de ressources complètes, domaine par domaine, consultables sur le site officiel de l’Éducation nationale (eduscol.fr). Tous ces documents publiés en septembre 2015 comportent, pour chaque domaine, un texte de cadrage général et des dossiers détaillés avec des pistes d’application complétées par des photos ou des extraits audiovisuels. Par exemple pour le domaine d’apprentissage « Explorer le monde du vivant, des objets et de la matière », autrement dit l’éveil scientifique, trois propositions sont déclinées, à titre d’exemples, autour de trois thèmes, celui des élevages (escargots, phasmes…) des bateaux (fabrication et expériences) et des miroirs (étude de l’objet). Dans le domaine « Construire les premiers outils pour structurer sa pensée », des propositions concrètes illustrent les points suivants : stabiliser la connaissance des nombres ; utiliser le nombre pour désigner un rang, une position ; construire des premiers savoirs et savoir-faire avec rigueur ; explorer des formes des grandeurs des suites organisées. Tous ces dossiers sont présentés comme des sources d’inspiration et surtout pas comme des exercices suivis de corrections. Ces dernières décennies, les réponses au besoin de jouer à l’école maternelle s’étaient beaucoup réduites avec le programme de 2008 très axé sur la préparation aux apprentissages. Dans le programme de 2015, il est écrit noir sur blanc que « Le jeu favorise la richesse des expériences vécues par les enfants dans l’ensemble des classes de l’école maternelle et alimente tous les domaines d’apprentissage. » et qu’en conséquence, « L’enseignant donne à tous les enfants un temps suffisant pour déployer leur activité́ de jeu. Il les observe dans leur jeu libre afin de mieux les connaitre. Il propose aussi des jeux structures visant explicitement des apprentissages spécifiques. » Renoncer aux fiches de travail, comme le préconise le programme de 2015 au travers des documents destinés aux enseignants, nécessite de mobiliser l’attention des enfants différemment. Les modalités d’apprentissage spécifiques à mettre en œuvre sont résumées dans la formule de Viviane Buysse, Inspectrice générale, « Agir, réussir, comprendre ». Agir, c’est faire, refaire, se tromper, recommencer, prendre des initiatives. Réussir, c’est avoir la possibilité d’aller au bout de son projet sans être mis en difficulté et jugé. Comprendre, c’est réfléchir à ce qu’on fait, prendre de la distance, se représenter mentalement quelque chose.

Une évaluation positive, pour aider à apprendre
Une évaluation en phase avec une école bienveillante se doit d’être respectueuse, constructive, aidante, plutôt que sélective, autrement dit une évaluation positive. Dans ses conférences sur le sujet, Viviane Bouysse, déjà citée, considère que « l’évaluation permet d’aider les enfants à comprendre l’école, à se comprendre, à faire qu’ils se perçoivent en train d’apprendre à apprendre. » Le droit à l’erreur doit donc faire partie du processus d’apprentissage. C’est le cas avec le carnet de suivi des apprentissages, support qui est laissé à la libre appréciation des équipes pédagogiques et prend souvent la forme d’un cahier des réussites et des progrès, documenté de photos de l’enfant en situation d’apprentissages. Cette démarche formative (c’est-à-dire pour aider l’apprenant) repose sur l’observation de l’enfant et sert d’élément de dialogue avec lui et sa famille. S’y ajoute, en fin de grande section, la grille de synthèse des acquis scolaires, la même dans toutes les écoles, selon un modèle unique de deux pages. Elle est remplie à partir des carnets de suivi et les indications « ne réussit pas encore, est en voie de réussite, réussit souvent » y ont remplacé le verdict « acquis, non acquis » des anciens livrets scolaires.

Une école complètement à part ou une école à part entière ?
Dans les programmes de 2015, l’école maternelle est tout d’abord présentée comme « une école bienveillante », qui « tient compte du développement de l’enfant » et « s’appuie sur un principe fondamental : tous les enfants sont capables d'apprendre et de progresser ».
La phrase suivante est à copier dix fois pour ne pas l’oublier : « Sa mission principale est de donner envie aux enfants d’aller à l’école pour apprendre, s’épanouir et affirmer leur personnalité. »
En complément, « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » pourrait ou devrait être la devise de l’école maternelle. Les programmes de 2015, comme les précédents et probablement les suivants, oscillent entre le respect des rythmes individuels et les encouragements à accélérer les efforts d’ordre physique et intellectuel. Les professeurs des écoles doivent donc composer avec cette double injonction, qui n’est pas nouvelle : une école de petits ou petite école d’une part ; une école qui fait partie intégrante du parcours scolaire d’autre part. Cette année, ils doivent aussi réussir à concilier le contenu du BOEN (bulletin officiel de l’éducation nationale) de mars 2015 avec les nouvelles circulaires publiées juste avant la rentrée 2019. À cela s’ajoute l’abaissement de l’obligation d’instruction à 3 ans dont on n’a pas encore mesuré les effets. Tout un programme !

Pour aller plus loin
Bulletin officiel spécial n° 2 du 26 mars 2015
Programmes, ressources et évaluation pour le cycle 1
Votre enfant à l’école maternelle. Que fait-il ? Comment l’accompagner ? éditions Play Bac, 2016
Article rédigé par : Fabienne Agnès Levine
Publié le 09 décembre 2019
Mis à jour le 10 décembre 2019