Roubaix, la ville aux 12 classes passerelles

Depuis leurs débuts, les classes passerelles ont du mal à se développer et à perdurer en France. Mais s’il y a une ville où elles se portent bien, c’est Roubaix. Depuis 1992, leur nombre n’a fait qu’augmenter et ce sont aujourd’hui 12 classes passerelles qui accueillent les enfants de 2 à 3 ans. Zoom sur ce projet local exemplaire.
Un projet porté à tous les niveaux
A Roubaix, le développement de l’accueil des enfants de 0 à 6 ans est soutenu par un dispositif de co-financement entre la ville et la CAF dans lequel s'inscrivent les classes passerelles. A l’origine de ces classes, le constat des professionnels que certaines familles avaient un réel besoin d’accompagnement : des familles rencontrant des difficultés socio-économiques, des parents isolés assumant avec peine leurs fonctions parentales ou des enfants exprimant des difficultés d’intégration à l'école. L’enjeu des classes passerelles était donc de réaménager l’école maternelle pour permettre à l’enfant de deux ans et ses parents de s’intégrer au mieux dans le système scolaire et social.

La première classe passerelle de Roubaix a ouvert ses portes à la rentrée de l’année scolaire 1992-93. Quelques années plus tard, ce dispositif s’est développé grâce au Contrat Enfance. En 2007, les classes passerelles n’y étaient plus éligibles, mais la ville avait à cœur de les maintenir. Une nouvelle impulsion leur a été donnée pour la période 2014-2017 grâce au dispositif « Public et Territoires ». La ville compte ainsi aujourd’hui 12 classes passerelles. « Ce projet a vraiment été porté par une volonté politique et une mobilisation des partenaires, expliquent Emilie Lefebvre, chargée de mission contrat petite enfance et Thierry Estienne, coordinateur des classes passerelles à la mairie de Roubaix. Nous avons reçu l’appui de l’Education Nationale et des élus locaux, notamment Mr le Maire Guillaume Delbar et l'élue en charge de la petite enfance, Catherine Cressent. Sans soutien, ce n’est pas possible. »

Un gros travail de partenariat
« Il y a d’abord un projet passerelle dans lequel s’intègre la classe passerelle », précise Isabelle Villeval, éducatrice de jeunes enfants (EJE) qui travaille depuis 1999 dans la classe passerelle Lavoisier. Il repose sur un travail de concertation entre tous les partenaires petite enfance de la ville : écoles, centres sociaux, lieux d'accueil, PMI, et si besoin le Centre d’Action Médico-Sociale Précoce (CAMSP). Ils se réunissent chaque année lors d’un comité de pré-inscription pour cibler ensemble les familles qui ont des besoins particuliers, puis croisent cette liste avec la liste tout venant de la mairie pour constituer l'effectif des classes passerelles. L’idée étant d’y préserver une grande hétérogénéité.

Une période de familiarisation en plusieurs étapes
L’inscription à l’école se fait courant mars-avril. Et les familles rencontrent une première fois l’équipe enseignante au mois de juin afin de découvrir les locaux et comprendre le fonctionnement de la classe passerelle. Puis l’EJE et l’ATSEM organisent des ateliers d’adaptation en juillet ou en août auxquels les familles doivent participer (au moins à trois d’entre eux). Dans la classe d’Isabelle Villeval par exemple, ils profitent de ces ateliers pour concevoir la couverture du cahier de vie de l’enfant, apporter une photo de famille qu’ils décorent et accrochent dans la classe… Depuis un an, d’autres ateliers ont lieu pendant la semaine de la rentrée avec l’enseignante qui prend également le temps de discuter avec chaque famille. Enfin la classe passerelle a choisi de faire une rentrée échelonnée : pendant deux semaines, les enfants sont accueillis en demi-groupes sur des demi-matinées (les enfants de la classe passerelle Lavoisier n’ont classe que le matin). « Ce système laisse le temps aux enfants de s’adapter tranquillement » souligne-t-elle.

Des professionnels complémentaires
Chaque classe passerelle comporte donc une enseignante, une EJE et une Atsem qui ont des missions complémentaires. L’enseignante est en charge des apprentissages et est responsable du projet pédagogique et éducatif de la classe. Le rôle de l’EJE est lui tourné vers l’éveil de l’enfant, avec une approche plus individuelle, et elle fait le lien avec les partenaires petite enfance locaux. Ensemble elles entretiennent la relation avec les familles. L’Atsem s’occupe plus des soins du quotidien, de l’entretien des locaux et du matériel et de l’animation pédagogique. « C’est un travail de partenariat même au sein de la classe, explique Isabelle Villeval. Nous n’avons pas les mêmes pratiques ni les mêmes missions, mais nous avons beaucoup appris les unes des autres. Le plus important, c’est de prendre le temps de se connaître et d’échanger. »
Dans sa classe, les enfants ont d’abord un temps de regroupement puis un atelier de motricité tous ensemble. Ils se divisent en trois groupes après la collation pour aller soit avec l’enseignante, l’EJE ou l'ATSEM puis inversement.

Des parents complètement intégrés à la vie de l’école
La grande force de ces classes passerelles c’est aussi l’accueil des familles. Pour Isabelle Villeval, « quand les parents s’investissent - chacun à leur niveau -, ils vont bien car ils sont valorisés dans ce qu’ils sont ». Ils sont donc toujours invités à participer aux projets. Soient les classes passerelles s’inscrivent dans le projet de l’école, soit elles ont leur propre projet. La classe Lavoisier par exemple travaille en ce moment sur le schéma corporel et organise dans ce cadre un atelier « Qui suis-je ? » où il s’agit d’élaborer un livre qui fait découvrir petit à petit le visage de l’enfant. En parallèle, toute l’école suit un projet sur les émotions. Enfants, professionnels et parents prévoient ainsi de remplir des malles avec des objets à malaxer, des plumes pour souffler, des boîtes à colère… Et depuis une dizaine d’années, les parents organisent ensemble un spectacle de marionnettes qu’ils présentent à Noël à tous les enfants de l’école. « Ils sont acteurs de la vie de l’école et y trouvent ainsi leur place », ajoute-t-elle.

Un soutien à la parentalité
En dehors de la classe, des ateliers seulement destinés aux parents et des temps de rencontres sont organisés pour qu'ils puissent échanger ensemble sur des problématiques.
« Un vrai réseau s’est établi entre les parents, observe Emilie Lefebvre. Par exemple, ils se posaient beaucoup de questions autour des risques liés à l’utilisation des écrans chez leurs enfants et la famille en général. La question a donc été abordée en groupe de travail et avec les équipes éducatives et les partenaires, ils ont créé un jeu de société sous forme de questions-réponses pour sensibiliser tout le monde. Le jeu tourne aujourd’hui dans toute la ville. » Autre exemple, lors de la réforme sur les rythmes scolaires, les parents se sont interrogés quant à son impact sur le sommeil des enfants. Tout un travail s’est ainsi développé dans les classes sur la structure et le fonctionnement du sommeil chez les tout-petits. Il a donné lieu à de nombreuses initiatives comme la réalisation du « Petit Train du Sommeil » par les parents qui a été ensuite affiché dans les salles d’attente de la PMI.

Les classes passerelles font donc partie intégrante de la ville de Roubaix, mais leur pérennité reste dépendante des orientations de la la future Convention d'Objectifs et de Gestion passée entre la CNAF et l'Etat pour la période 2018-2022.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 24 janvier 2018
Mis à jour le 09 décembre 2019