Manon Berthod, EJE : « Createctura questionne la façon dont nous proposons les activités »

Lauréates du concours des Girafe Awards 2018, Manon Berthod (EJE) et son équipe de la halte-jeux Minute Papillon (Menton) ont passé quelques jours en Espagne pour découvrir Createctura, à l’invitation d’Agir pour la Petite enfance.
Les Pros de la Petite Enfance : Avez vous découvert Createctura à l’occasion de ce voyage ?
Manon Berthod : Non, l’activité que nous avions mise en place dans le cadre du concours des Girafe Awards était déjà inspirée de la pédagogie de Reggio Emilia, de Laurence Rameau et de ce qui se fait à Createctura dont nous avions entendu parler : c’était dans notre dynamique d’équipe de nous informer constamment sur les différentes pédagogies et leurs avancées. Nous n’étions que trois mais en perpétuel questionnement, alors nous nous sommes donné les moyens d’avoir du temps pour la réflexion et l’analyse de nos pratiques.

Qu’avez vous retenu du regard d’Irene Fernandez sur la petite enfance ?
Irene porte un regard d’artiste et de créateur sur la petite enfance, qui questionne beaucoup la manière et le cadre dans lequel nous proposons aujourd’hui des activités. Notre inquiétude à l’idée de « les laisser trop faire », de déborder du cadre, où poser les limites, où les arrêter, l’injonction ou la souplesse... J’ai également retenu sa façon de travailler les espaces avec esthétisme.
 
Avez vous pu mettre en place des ateliers inspirés de Createctura ?
Nous avons dégagé une petite pièce, notre coin calme, dont nous avons retiré toute décoration... Une pièce neutre, blanche, que nous pouvions assombrir totalement, que nous avons équipée de mobilier à roulettes facile à déplacer, de crochets au plafond et au mur, pour la faire évoluer au fil des semaines. Nous pouvions ainsi installer des jeux de lumière, des filets de balles, des bassines, seaux et balayettes, des gros cubes, des boules de papier journal, du matériel de récupération, des thématiques couleurs, pour amener les enfants à explorer, manipuler.

Quelles ont été les réactions ?
Souvent les parents se demandaient « mais qu’est ce qu’il faut faire ici ? », ils avaient peur que les enfants jouent mal, mais dans cet espace, justement, les enfants sont libres ! Les enfants, eux n’ont pas eu de mal à comprendre que dans ce lieu, les limites ne sont pas les mêmes. Pour les professionnels, c’est un moment hors du temps où l’on se concentre sur l’observation de l’enfant dans l’espace.  

Le regard de Createctura vous semble-t-il facilement applicable dans nos structures ?
En France, on a très peur de chambouler la routine des professionnels, de réduire les effectifs en salle pour détacher des professionnels sur un atelier. C’est une belle démarche mais qui me semble encore un peu compliqué à mettre en place en l’état actuel de notre système. Ce serait changer beaucoup de choses dans des structures ou l’on ne parle pas encore assez, ou l’on n’est pas encore assez ouvert à l’évolution des pratiques. A la fois, ce type de pratiques est assez décourageant si l’on n’a pas toutes les clés de la réflexion qui l’accompagnent : il faut changer sa façon de penser !

Quels seraient vos conseils pour une première approche ?
Commencer par mettre en place de petites choses pour changer progressivement son regard sur l’enfant ! Par exemple, utiliser moins de jeux avec lesquels il y a peu de possibilités, ou une seule règle à respecter. Proposer des objets modulables, des récipients, des balles, rouleaux, pour l’exploration globale du jeu.  

 
Article rédigé par : Propos recuillis par Laurence Yème
Publié le 17 janvier 2020
Mis à jour le 22 janvier 2020