Fiches pratiques

Il pleure beaucoup

Quel que soit son âge, un jeune enfant qui pleure (trop) souvent en journée est source de stress et d’épuisement pour les adultes, mais aussi pour les autres enfants du groupe. Cela tend à renvoyer au personnel un désagréable sentiment d’impuissance, voire d’incompétence. Tandis que d’autres se sentent envahis par ces pleurs répétés. Comment sécuriser l’enfant qui exprime haut et fort son malaise ?
Pourquoi  un enfant pleure-t-il ?
C’est une question de survie. Dès ses premières secondes de vie, le bébé est destiné à créer des liens avec les personnes qui l’entourent. Et pour cause, contrairement aux girafons qui se déplacent au bout de quelques minutes, un tout-petit est dépendant - physiologiquement et psychologiquement - de l’adulte ! Sa survie dépend donc à 100% de lui.
C’est une façon d’exprimer ses besoins. Ainsi, la nature l’a doté d’une palette de comportements qui lui permettent d’assurer la proximité de l’adulte en cas de besoin imminent : ces comportements, ce sont les pleurs et les cris, des signes aversifs qui soulignent naturellement une notion d’urgence.
Il est en état d’alerte. La moindre situation de malaise, de danger et/ ou de frustration (comme par exemple le sentiment d’insécurité, la sensation de faim, de froid, la fatigue) va placer l’enfant dans un état d’alerte. Cet état d’alerte va entraîner chez l’enfant l’activation de son système d’attachement : il va pleurer et/ou crier jusqu’à ce que l’adulte vienne à lui et réponde à son besoin. Dès que ce dernier sera assouvi, son système d’attachement va spontanément se désactiver. Depuis des millénaires, les pleurs augmentent donc les chances de survie des bébés.
Des réactions en cascade : L’adulte s’éloigne → L’enfant est envahi d’un sentiment d’insécurité → Il plonge en état d’alerte → Son système d’attachement s’active (pleurs, cris) → Il recherche la proximité de l’adulte dont il est dépendant, jusqu’à ce que son besoin soit assouvi ! L’adulte le prend dans les bras → L‘enfant est envahi d’un sentiment de sécurité → Il n’est plus en état d’alerte → Son système d’attachement se désactive → Il arrête de pleurer, de crier !
Il a besoin de sa référente ou d’un adulte rassurant. Entre 6 et 9 mois, l’enfant va élire des figures d’attachement, c’est-à-dire des adultes garants de sa sécurité et de sa survie dans notre monde, des adultes en qui il aura confiance, des adultes à qui il va faire appel en priorité en cas de besoin. Dans la quasi-totalité des cas, les parents sont les figures d’attachement « principales » de l’enfant. La tata, la nounou, la référente de crèche est aussi - généralement - une figure d’attachement pour l’enfant, mais une figure d’attachement dite « secondaire » (on l’appelle aussi la figure d’attachement  « subsidiaire »). La figure d’attachement est, pour l’enfant, une base de sécurité. Elle est un peu comparable à un porte-avion. Prenons l’exemple d’un enfant et d’une professionnelle de section :-Le bébé est l’avion-La professionnelle de crèche est le porte-avion d’où s’élance l’avion pour partir en mission-Le porte-avion doit être toujours disponible pour que l’avion puisse atterrir en cas de besoin ! Si le porte-avion n’est plus disponible, l’avion hésitera à s’éloigner…
Ainsi, un enfant part explorer une pièce, va jouer avec d’autres enfants, en toute autonomie, s’il se sent en sécurité. Et s’il sent l’adulte disponible pour lui porter secours en cas de besoin.
Le meilleur anti-stress naturel. Les pleurs permettent à l’enfant de se libérer des toxines induites par l’accumulation de stress, comme le fait de transpirer ou d’uriner. Comme pour l’adulte, pleurer lui permet de passer d’un état de stress à un état de bien-être. Dans ce cas, pleurer est un besoin en soi. Conclusion : inutile de chercher à réprimer ces pleurs à tout prix ! Mieux vaut prendre l’enfant dans les bras et accompagner ses pleurs avec douceur et empathie.
Ce ne sont pas des caprices, il ne joue pas non plus la comédie, il n’est ni manipulateur, ni comédien. Un enfant pleure toujours pour une bonne raison, même si cette raison est méconnue ou sous-estimée par l’adulte. A aucun moment, l’attitude de l’enfant n’est « raisonnée » ou « réfléchie ». Un enfant n’est pas en mesure de pleurer sur commande, pas plus qu’un adulte. Pour information, ses pleurs sont initiés des parties autonomes de son cerveau qu’il n’est pas en mesure de contrôler.
Aucun risque qu’il « s’habitue » aux bras ! Au contraire, les études en psychologie du développement soulignent que plus on répond rapidement et convenablement aux signaux d’alerte (cris, pleurs) d’un bébé, plus il sera confiant et autonome vers l’âge d’un an.

Comment réagir ?
Sur le plan individuel 

• Maintenez un lien invisible avec l’enfant, pour lui montrer votre disponibilité et lui assurer un sentiment de sécurité. Si vous ne pouvez pas le prendre dans vos bras, portez-lui une attention visuelle (recherchez régulièrement son regard) et/ ou verbale (parlez-lui régulièrement). En un mot, montrez-lui que vous ne l’oubliez pas. Et ce, même quand il ne pleure pas !
• Multipliez les temps de câlins, les contacts physiques rassurants. Prolongez les temps d’échanges individuels, tels que les changes ou les repas. Un enfant qui pleure est en état de stress. Le fait de le prendre dans vos bras sécrète en lui de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Celle-ci va diminuer son stress et augmenter son sentiment de bien-être.
Veillez à lui assurer un accueil individuel et chaleureux le matin, à son arrivée. Prenez le temps de le prendre dans vos bras quelques minutes. Si un autre enfant arrive au même moment, n’hésitez pas à passer le relais à l’une de vos collègues.
• N’oubliez pas le fidèle doudou. Le doudou fait la transition entre la maison et la crèche, entre la maman ou le papa et la référente (c’est pour cela qu’on l’appelle un objet transitionnel). Cela peut être une peluche, un tee-shirt, une écharpe. Il permet à l’enfant de conserver une trace, bien souvent odorante, de ses parents. Toutefois, il n’y a là aucune obligation, certains enfants ne s’attachant pas spontanément à un doudou.
Proposez-lui la tétine avec modération. Il est vrai que la tétine tend à apaiser l’enfant. L’activité de succion lui apporte du plaisir et diminue son niveau de stress grâce à l’endorphine (hormones du bien-être) et à l’ocytocine qu’elle sécrète. Toutefois, attention de l’utiliser avec modération et respect de son rythme ! Evitez de faire de la tétine un « bouchon » qui empêchera l’enfant de pleurer, et ainsi de se libérer de ses toxines.
• Pour les plus grands enfants, demandez une photo de ses parents. En état de stress ou d’insécurité, l’image mentale des parents devient confuse dans la tête d’un enfant. Visualiser une photo peut lui permettre de réactualiser cette image et ainsi d’être rassuré. Bien entendu, cette piste fonctionne surtout avec les enfants plus grands qui se référent davantage à la vue qu’à l’odorat. Certains enfants prennent par exemple l’habitude de s’endormir en crèche avec la photo de leurs parents.

Sur le plan collectif 

• Anticipez au maximum les moments de transition, sources de stress et d’anxiété pour les enfants comme pour les adultes. Chaque enfant est naturellement perméable au stress ambiant. Privilégier une ambiance sereine autant que possible. Moins un enfant sera soumis au stress, moins il aura besoin de pleurer pour se décharger. 
• Créez des espaces contenants dans la section, des cachettes. Cela peut être une grosse boîte en carton, un rideau agrafé (solidement !) à un meuble sans porte, etc. A tout âge de la vie, et en particulier quand on est enfant, on apprécie pouvoir se cacher, s’extraire quelques instants de la dynamique du groupe.
• Placez un gros coussin moelleux dans un coin de la section. A défaut de bénéficier de votre présence, l’enfant pourra se blottir contre le coussin en cas de montée de stress. A son contact, le corps et le tonus de l’enfant se détendent, son émotion également.
Héloïse Junier, psychologue en crèche
Par
Héloïse Junier, psychologue
Modifié le 16 mars 2017