Il se tripote

Il arrive que des enfants explorent et auto-stimulent leurs organes génitaux, au sein du lieu d’accueil, sous le regard embarrassé des professionnels. Ce sujet, tabou et pourtant si fréquent, peine à être abordé sereinement en équipe. Et si on faisait le point sur la question, loin de nos projections d’adultes ?
Pourquoi certains enfants en viennent-ils à se « tripoter » ?
Un besoin d’explorer leurs corps. Les jeunes enfants explorent leurs organes génitaux au même titre qu’ils explorent toutes les autres parties de leur corps : ils trifouillent leurs orteils, palpent leur ventre, se caressent les cheveux.
Découvrir et tester la sensibilité de certaines zones. Rapidement, au fur et à mesure de leur exploration, les enfants découvrent que certaines zones sont plus sensibles que d’autres. C’est le cas des organes génitaux mais pas seulement. Ils vont vite comprendre que se chatouiller les orteils provoquent plus de sensations que de se gratouiller le genou ! Certains enfants auto-stimulent leurs organes génitaux pour s’apaiser et se calmer, lors de l’endormissement par exemple. D’autres peuvent s’y adonner pour se rassurer lorsqu’ils sont anxieux.
Rien à voir avec le plaisir de l’adulte. Le toucher et le frottement des parties plus sensibles du corps, tels que le pénis et la vulve, entraîne chez l’enfant un plaisir sensoriel, sensuel. Bien que cet acte ressemble en apparence à l’activité masturbatoire de l’adulte, il n’en est rien. Contrairement à l’adulte, cette auto-stimulation ne provoque ni excitation sexuelle, ni orgasme. Il n’y a pas non plus de caractère érotique. Non, un enfant qui frotte son pénis sur un coussin n’est ni un pervers, ni un obsédé sexuel. Sachez d’ailleurs que la masturbation est une activité très naturelle, présente chez l’ensemble des mammifères !
Une activité qui embarrasse les adultes. Cette activité masturbatoire de l’enfant plonge de nombreux professionnels dans l’embarras ou l’incompréhension car elle vient heurter certaines de leurs valeurs morales, culturelles et/ ou religieuses. Le terme de masturbation est d’ailleurs très peu employé. On privilégie des formules plus imprécises : « il se tripote », « il se caresse », « il joue à touche-pipi »… Aussi, la manière dont vous allez réagir sur le moment véhiculera vos propres valeurs auprès de l’enfant. Vous allez involontairement lui signifier, de par votre réaction spontanée, s’il s’agit d’une activité saine ou non, naturelle ou non, interdite ou non...
La notion de pudeur s’acquiert avec l’âge. Au fur et à mesure de son développement, l’enfant va développer la notion de pudeur. Vers 4-5 ans, il parviendra à se décentrer intellectuellement, c’est-à-dire à comprendre que les autres pensent différemment de lui. Cette capacité cognitive, que l’on appelle la théorie de l’esprit, permet à l’enfant de mieux comprendre les codes sociaux. Et ainsi d’encore mieux intégrer les notions d’intimité et de pudeur. A 4 ans, par exemple, un enfant sait qu’il ne peut pas aller à l’école tout nu, alors qu’à 12 mois, il aurait donné cher pour se balader sans couche dans la section ! Contrairement à la masturbation qui est un acte naturel, la pudeur est, quant à elle, une norme véhiculée par notre société. Certains peuples traditionnels n’ont pas un rapport au corps aussi inhibé et peuvent vivre nu sans ne ressentir aucune gêne ! Il est donc normal que l’enfant n’acquière pas de suite les notions de pudeur et d’intimité et qu’il les développe tout au long de sa maturation cérébrale et de sa connaissance des codes de sa société.  

Comment réagir ?
Dites-lui qu’il a le droit de toucher toutes les parties de son corps mais que pour les parties les plus sensibles, il est mieux d’attendre qu’il soit tout seul, dans son lit par exemple.
Ne lui interdisez pas de se toucher, ne vous énervez pas, ne le culpabilisez pas. Une réaction négative et répétée de l’adulte risquerait de provoquer des blocages et d’influencer le rapport de l’enfant à sa sexualité future. N’oubliez pas que ces enfants se construisent en partie dans votre regard et vos réactions. Il est important de ne pas leur faire ressentir que cette auto-stimulation de leurs parties génitales est une activité malsaine ou interdite.
Prenez le temps d’expliquer la scène aux autres enfants s’ils paraissent intrigués. Expliquez, sur un ton neutre et bienveillant, que cet enfant touche les parties sensibles de son corps parce que cela lui procure un certain plaisir. Ils peuvent eux aussi le faire s’ils le souhaitent mais plutôt quand ils seront seuls.  
Ne projetez pas vos propres valeurs. Comme nous l’avons vu plus haut, l’activité masturbatoire d’un tout-petit ne s’apparente pas du tout à la masturbation de l’adulte. Evitez donc de projeter sur l’enfant vos propres tabous, vos gênes, vos interdits et vos valeurs.
Crevez l’abcès et parlez-en entre vous ! Afin d’adopter une attitude bienveillante et adaptée, il est nécessaire de parvenir à en parler en équipe, de manière neutre et objective.
Ne vous inquiétez qu’en cas d’excès. L’activité masturbatoire d’un enfant ne doit vous inquiéter que si celle-ci vous semble excessive (en termes d’intensité et/ ou de fréquence). Cela peut signifier un mal-être ou une anxiété importante.  Si elle provoque une douleur physique chez l’enfant, et/ ou si elle est accompagnée d’un discours sexuel adulte, inadapté à son âge, attention, ces signes pourraient être, entre autres, la manifestation d’un abus sexuel.



 
Article rédigé par : Héloïse Junier, psychologue en crèche, formatrice
Publié le 20 janvier 2018
Mis à jour le 20 janvier 2018