La Communication Non Violente : pour une écoute bien-traitante des émotions du jeune enfant

La Communication Non Violente (CNV) est désormais connue et reconnue en France. Notamment dans le secteur de la petite enfance où elle a ses adeptes. Arnaud Deroo en est un... La CNV permet le langage des émotions. C’est pourquoi elle est particulièrement bien adaptée à la qualité d’accueil du jeune enfant, que le formateur-thérapeute prône et défend avec acharnement.
Au commencement, les émotions
Françoise Dolto disait : « le jeune enfant est un être social, un être de langage ». Il est aussi et avant tout un être d'émotions, un être de besoins. Emotions et besoins qui ont justement besoin d’être entendus, reconnus, nommés, respectés et mis en mots pour l'aider à se construire au monde. Si un jeune enfant n'est pas entendu dans son vécu émotionnel, voire même puni, mis en retrait, il sera fragilisé dans son estime de soi, sa sécurité intérieure si indispensable pour son devenir adulte. L'émotion est ce qui se meut en soi, en l'enfant, ce qui met en mouvement, en vie. L'émotion est physiologique : le jeune enfant va la sentir, la ressentir dans tout son corps et va ensuite l'exprimer avec tout son corps. Une émotion vécue par l'enfant est parfois bruyante (souvent diront certains) dérangeante, déstabilisante...

    Sophie, 3 ans, dès le réveil crie à son père quand il rentre dans sa chambre : « non pas toi, je veux maman ».
    ou encore
    Julie, 2 ans, à la sortie de la crèche, jette son croissant et crie avec rage : « non je veux un petit pain ».
    ou aussi
    Jules lève sa main sur sa mère qui allaite le bébé.


Ces quelques exemples (je pourrais en donner d'autres) font partie de votre quotidien, se répètent plusieurs fois par jour et sont multipliés par le nombre d’enfants accueillis ! Les enfants ne sont pas plus difficiles qu'avant, les enfants ne sont pas sages ou sages, ils sont.
Le jeune enfant vient au monde démuni, son identité va se construire par le jeu inter-relationnel entre lui et sa sensibilité propre, sa famille, son environnement social et culturel. La personnalité de l'enfant va s'épanouir selon la nature et la qualité des échanges qu'il va vivre avec les adultes. Plus l'enfant a face à lui des adultes en conscience, en contact avec ses émotions et besoins, plus l'enfant aura des chances de grandir en autonomie. Le jeune enfant doit se sentir aimé, respecté, c'est un besoin fondamental, non un plus. Cet amour ressenti donne la base de sécurité indispensable pour aller à la rencontre avec soi et les autres. 
C'est une relation de « cœur à coeur », d'être sensible à être sensible dont l'enfant a besoin. L'émotion est un langage : ses cris, ses pleurs, ses plaintes, ses agitations vous disent quelque chose, à vous d'être son décodeur. Ce n'est pas simple pour lui non plus, et votre présence calme et attentive va l'aider à passer le cap émotionnel. Servir de décodeur, aider l'enfant dans ce vécu émotionnel est un beau présent, dans le présent, à lui faire. Voyez combien, nous adultes, nous sommes parfois emmêlés, parasités dans et par nos émotions : boules au ventre, à la gorge, larmes aux yeux…

Une écoute bienveillante pour une communication bien-traitante
Nous sommes bien souvent prisonniers de nos émotions puisque nous avons nous-mêmes reçu une écoute non bien-traitante.

« Tu ne vas pas pleurer pour ça »
« T'es grand maintenant »
« Va dans ta chambre »
« Tu l'as vu celle-là, tu vas savoir pourquoi... »

En CNV, cela donnerait plutôt :
« oh la, tu as beaucoup de chagrin »
« Tu grandis, c'est chouette »
« Je pense que nous avons besoin de nous mettre en retrait »


Offrir à l'enfant des adultes qui accueillent avec bien-traitance les émotions va lui permettre de développer son autonomie, sa confiance en soi, son esprit critique, son capital bonheur... L'émotion n'aime pas être interrompue, elle a un cycle de vie qui lui est propre, elle surgit et disparaît sur un mode tout a fait imprévisible et irrationnel. Une émotion a besoin de s'exprimer là maintenant, elle a besoin d'être entendue, acceptée, reconnue. Le jeune enfant face à ces états émotionnels est démuni, c'est pour cela que la réaction va être souvent motrice et vive, cela est dû à son immaturité neurologique et non contre vous (si bien expliqué par Catherine Gueguen dans son ouvrage). Même dans ses états de colère l’enfant enfant a besoin de vous. Si les adultes n'aident pas suffisamment un enfant à gérer ses émotions, l'enfant risque de ne pas développer des compétences futures pour gérer correctement son stress. Plus tard, l'enfant pourra également avoir des difficultés à développer son empathie pour lui-même et pour les autres. La Communication Non-Violente ou bien-traitante peut alors apporter aux adultes des jalons pour développer cette écoute, cette relation.

Je pense que le sens de la vie est « d'aimer l'autre » l'aider à grandir, à s'épanouir. Cette idée est donc encore plus vraie pour les adultes qui accompagnent les enfants. Accompagner l'enfant, l'aider à grandir, ne devrait être que du bonheur, celui de de voir s'épanouir à la vie l'enfant.
La Communication Non-Violente peut permettre aux adultes de developper un regard bien-traitant vers l'enfant et offrir une fluidité dans la relation. Le jeune enfant a besoin d'être regardé, et de nos jours, il est de moins en moins regardé vraiment et pour ce qu'il est. Trop souvent, il est regardé avec des filtres tels que : « bien se comporter, être sage, ... »

La CNV : fondée sur l’empatahie et au service de la vie
La Communication Non-Violente permet de développer une éducation au service de la vie et de la joie. Elle permet de voir l'enfant dans le moment présent, c'est une clé pour une éducation citoyenne.
Marshall  Rosenberg qui a construit ce modèle de communication (mais qui est beaucoup plus qu'un outil, c'est une éthique relationnelle) invite les adultes à s'exprimer dans un langage relié à la vie. La CNV invite les adultes à s'exprimer en termes de sentiments et besoins au lieu de formuler des jugements, des interprétations, opinions et ensuite à chercher ce que l'enfant demande, dit par son comportement.

« T'es vraiment infernal »
« Tu es agaçant »
« T'arrêtes pas une minute, c'est pas possible »
« Regarde ton copain, lui au moins... »

en CNV cela donnerait plutôt :
« Tu as besoin de courir, viens ... »
 « J'ai besoin de calme pour jouer à ce jeu »


La Communication Non-Violente invite les adultes à regarder les comportements des enfants avec une lecture de leurs émotions et besoins : « que me dit-il ? » et à en trouver la cause pour établir la communication. Elle part du postulat que tous les humains grands ou petits partagent les mêmes besoins et que derrière tout comportement, émotion, se trouve un besoin satisfait ou non et que le langage influence notre façon d'être relié à l'autre : il y a des mots qui aident à grandir et d'autres pas.
La Communication Non-Violente invite les adultes à développer leur empathie vis-à-vis de l'enfant. Cette empathie est indispensable car l'enfant n'a pas les mots, l'adulte va devoir être chercheur, traducteur, décodeur, repérer ce qui peut se passer pour l'enfant pour l'accompagner.
La CNV ne doit  pas être vécue comme un outil, car vous pouvez avoir les meilleurs outils possibles et ne pas savoir vous en servir. L’intégrer ne suffit pas, il est bon avant tout de l'enclencher tout d'abord pour soi, pour ensuite l'offrir aux enfants. Notre éducation a fortement développé notre pensée et nous éloigne de notre ressenti.

La CNV : d’abord un travail sur soi
Pour offrir une relation non-violente vers l'enfant, soyons d'abord en tant qu'adulte à notre propre écoute intérieure sans violence, sans culpabilité, sans jugement.
S'approprier la CNV c'est se réaproprier la responsabilité de son émotion et de son besoin ce n'est pas l'autre, ce n'est pas l'enfant qui est responsable de mon état intérieur et vice-versa.
« Je suis dans cet état émotionnel car j'ai un besoin non satisfait (ou satisfait) et j'ai donc la responsabilité de prendre soin de moi, ce n'est pas à l'enfant de prendre soin de mon besoin. »
« Arrêtez tout ce bruit, on s'entend plus » est une formulation violente.
En CNV, l'adulte cherche une solution pour satisfaire leur besoin de bouger ou comment satisfaire son besoin de calme en proposant une activité aux enfants. Intégrer, vivre la CNV au quotidien, demande selon moi que vous nettoyiez avant tout votre propre histoire éducative, vos croyances, principes, attentes, illusions. Etre professionnel de la petite enfance n'est pas sans risque car dans la relation aux enfants vous pouvez être rattrapés par votre histoire et le risque alors est que votre communication soit non bien-traitante.
N’oubliez pas : en apprenant à identifier vos sentiments et besoins, en apprenant à porter sur vous-même un regard non jugeant, et empreint de bienveillance et de respect, vous apprenez progressivement à être à l'écoute des sentiments et besoins de l'enfant et à porter sur lui ce même regard de respect, non jugeant.
Ce regard, cette communication humaniste, va offrir à l'enfant une capacité au bonheur puisqu'il aura appris à sentir, à prendre soin de lui et de ses besoins.
Rappelez-vous que la relation à l'enfant relève de l'extraordinaire. Il faut en prendre soin.
Article rédigé par : Arnaud Deroo
Publié le 17 janvier 2018
Mis à jour le 18 janvier 2018

2 commentaires sur cet article

Bravo, Arnaud ! J'étais surtout heureuse de voir l'attention que vous pretez dans cette article de préciser que la CNV n'est pas une excuse de rendre l'enfant responsable des besoins de l'adulte. Identifier mes besoins non-satisfaits pour mieux communiquer avec l'enfant, oui, mais exiger de la part de l'enfant un comportement pour les satisfaire, non - à l'adulte de prendre soin de son environnnement émotionnel intérieur. Je partage tout de suite. A propos, est-ce qu'il y a des formations en CNV dans la région Hauts-de-France ???
Oups...Le lien ci-dessus pour partager sur Facebook ne marche pas. Tant pis, je fais de façon manuelle !