La langue des signes pour bébé

5 raisons de ne pas pratiquer la LSB … mais d’opter pour la communication gestuelle associée à la parole !

Sandrine Higel est inquiète. Elle, qui a créé il y a 11 ans Signe2mains à destination des parents et des professionnels de la petite enfance, s’agace de cet engouement pour « la Langue des Signes pour bébé » (LSB). Elle n'aime pas l'idée que cela puisse devenir un gadget pédagogique. Pour elle la Communication gestuelle associée à la parole n’a de sens que si elle s’inscrit dans un projet pédagogique plus vaste prônant la bientraitance. Explications en 5 points.
Signe2mains
Petite fille signat
1. La langue des signes pour bébé, ça n’existe pas !
La Langue des Signes Française (LSF) est complexe, structurée. C’est une vraie langue avec une grammaire. Parler de « langue des signes pour bébé » n’a pas de sens ! C’est même faire injure à ceux qui pratiquent la LSF. Vous imaginez évoquer une langue française pour bébé !
Au cours de sa vie professionnelle, Sandrine Higel a eu l’occasion en institution de côtoyer des enfants sourds signant et des éducateurs qui ne signaient pas. Cela l’a interpellé et c’est probablement ce qu’elle appelle « cette maltraitance institutionnelle » qui l’a fait cheminer vers la création de Signe2mains.

2. La Communication gestuelle associée à la parole est adaptée aux bébés entendant
La communication gestuelle associée à la parole est donc une appellation plus juste et surtout désigne une pratique parfaitement adaptée aux bébés entendants. Le mot communication est essentiel. Cette communication part d’une posture verbale normale, logique et nécessaire pour un bébé entendant. On y adjoint des signes issus de la LSF pour souligner ce qui est dit. Ces signes sont issus de la LSF afin de permettre un code commun. C’est un repère pour la famille, à la crèche ou chez l’assistante maternelle.

3. Des dérives regrettables faute de vraie formation
Il y a dans le domaine de la « LSB » du tout et du n’importe quoi. Et Sandrine Higel a du mal à se reconnaître dans certaines pratiques très éloignées de ce qu’elle véhicule à travers son association et centre de formation Signe2mains (voir encadré ci-dessous). Il y a de nombreuses dérives. « Les signes les plus pratiqués sont : s’il te plaît, interdit, chut, assis et merci ! Et en plus les pros qui l’utilisent dans ce sens vous disent "c’est formidable, on fait le signe et ça marche tout seul, on n’a même plus besoin de le dire" » regrette Sandrine Higel. C’est devenu une sorte de gadget « pédagogique », produit d’appel pour les parents. C'est aussi devenu une astuce que les pros utilisent pour avoir la paix, moins de bruit ou obtenir le silence ! C’est dire si on est loin d’un outil devant faciliter la communication !

4. Un outil pédagogique, pas une fin en soi
Signer pour signer n’a pas de sens. Et signer n’est pas une méthode pédagogique mais un outil pour mieux communiquer avec les petits qui n’ont pas encore le langage et améliorer la qualité de l’accueil en collectivités notamment. Dans la communication gestuelle reliée à la communication verbale bienveillante, il y a de l’écoute, le signe vient en plus pour soutenir les postures. Quand on signe cela oblige à regarder, à se poser, à prendre le temps. C’est un temps pour l’enfant. Le signe oblige à prendre le temps de l’informer. Si cette communication signée est un outil isolé cela ne sert à rien. Elle n’a de sens que si elle est utilisée dans une démarche, un projet plus large de bienveillance et bien-traitance. C’est un outil au service de pratiques bienveillantes. Donc inutile de forcer un enfant à signer s’il ne veut pas, mieux vaut trouver un autre moyen pour établir une bonne communication avec lui.

5. Ce n’est pas le nombre de signes qui compte mais la qualité de la communication
A quoi sert cet outil ? Côté enfant, à combler le manque de mots. Cela permet de communiquer plus facilement et de limiter les frustrations d’un bébé qui n’arrive pas à se faire comprendre.  Mais dans cette forme de communication (le signe, les modulations de la voix), il y a aussi un aspect ludique. Plus tard, à l’âge de l’école quand le langage est bien maîtrisé, cela a un impact sur les émotions et peut aider à les exprimer. Côté pros, du jour où ils commencent à signer cela a un impact sur leurs postures et pratiques professionnelles. On ne peut plus s’adresser au groupe à la cantonade, il faut privilégier le regard et la relation individuelle. L’enfant est acteur, il peut suivre le déroulé des événements.
Conclusion : ne vous précipitez pas sur les formations qui vous promettent d’acquérir 400 signes en deux jours ! Cela n’a aucun intérêt. Mieux vaut commencer par 20 signes en comprenant comment les utiliser dans une démarche de communication bienveillante.

Un label, un centre de formation et des outils pédagogiques

L’association Signe2mains a créé le label Signe2mains. La communication gestuelle labellisée Signe 2mains correspond à une charte éthique et à un réseau de d’animatrices (pour les parents) et de formatrices (pour les professionnelles).
Signe2 mains, c’est aussi un centre de formation d’accompagnement des pratiques professionnelles dans la petite enfance. On y enseigne la communication gestuelle mais pas seulement. Enfin l’association propose des livres, des disques de comptines gestuelles, des cartes autour des émotions. Bref toutes sortes de supports favorisant la communication bienveillante.
Pour en savoir plus : https://signes2mains.jimdo.com/

Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 06 novembre 2017