L'approche Snoezelen

Catherine Léfèvre, psychomotricienne : « Snoezelen offre aux enfants le « rien faire » 

Psychomotricienne, référente pédagogique et formatrice Snoezelen chez Crèche Attitude, Catherine Lefèvre revient sur les multiples vertus de l’approche Snoezelen pour le secteur de la petite enfance.
Catherine-Lefévre
Les Pros de la Petite Enfance : Comment l’approche Snoezelen peut-elle s’inscrire dans les projets pédagogiques portés par les professionnels de la petite enfance ?
Catherine Lefèvre : Cette approche non directive et respectueuse de l'esprit capacitaire de chacun s'inscrit dans la plupart des pédagogies mises en place dans les structures de la petite enfance. Citons par exemple celle de Maria Montéssori, qui laisse chaque enfant s'exercer et découvrir par lui-même, d’Emmi Pikler, qui insiste sur le rythme de développement propre à chaque enfant, de Rudolf Steiner, qui parle des phases sensibles des enfants, d’Émilia Reggio, qui évoque l'enfant acteur de son développement… L'approche Snoezelen permet à tous les professionnels d'être confortés dans les essentiels éducatifs souhaités en matière d'accueil collectif.

Pour mettre en place le Snoezelen, on peut acheter du matériel, aménager un espace, dégager du temps pour organiser une séance… La démarche s’arrête-t-elle là ?
L'approche Snoezelen est un accompagnement qui nécessite de l’analyse et des observations poussées, notamment des phénomènes physiologiques, des réactions de prestance, des ressentis sensoriels, corporels et émotionnels générés. Être écouté, s'écouter et écouter sont des fondamentaux qui amènent chacun à prendre conscience de la dimension psychoaffective dans laquelle il se construit. Il est donc important d'être à l’écoute de ses canaux sensoriels, de ses préférences personnelles et des besoins en stimulation. Une séance Snoezelen demande une grande intériorisation des concepts de base que sont la sécurisation, la rencontre, la compréhension des comportements, la non-productivité, la non-intentionnalité…

Le Snoezelen favorise le lâcher-prise. N’est-ce pas en contradiction avec la quête de performance prônée par la société actuelle ?
La société dans laquelle nous vivons est pressée et élitiste. Chaque moment de la journée des enfants doit être occupé, optimisé pour lui permettre d'acquérir de nouvelles capacités, plus d’aisance, des connaissances. Cette surenchère de propositions et de stimulations se traduit par une chasse au « ne rien faire » ! Or, il importe d'apporter aux enfants, dès leur plus jeune âge, des temps « hors du temps » : des espaces sécurisants, tant physiquement que psychologiquement, où ils peuvent découvrir et rêver. Les espaces Snoezelen leur permettent justement d'explorer leur environnement dans le respect de leur développement : on leur offre le « rien faire » qui est un temps de construction, de récupération. L'enfant a aussi besoin de ça pour grandir.


 
Article rédigé par : Nelly Moussu
Modifié le 17 mai 2016