Les 4 clefs d’une pédagogie par la nature pour les tout-petits

Une démarche d’éveil à la nature passe le jeu, le plaisir et l’expérimentation, et le partage de valeurs de respect de la nature, qui ne peuvent être transmises que par l’exemple, l’enthousiasme partagé, et non par l’enseignement d’apprentissages… Ces valeurs se retrouvent dans toutes les démarches d’éveil à la nature à travers le monde ; nous avons choisi d'en proposer 4 clefs essentielles. Explication de ce qu’on appelle « pédagogie par la nature » ou « éducation à la nature ». Par Élise Mareuil, éducatrice de jeunes enfants, co-gérante et responsable pédagogique des crèches écologiques et solidaires AGAPI, formatrice et auteure.1
1. Une pédagogie active : un éveil et des apprentissages par l’expérience vécue, directement par les sens, par l’immersion au quotidien
Ce que l’on peut appeler une connexion à la nature par le corps et l’esprit. L’éveil à la nature se vit par une expérimentation directe : avec le cœur, la main et la tête, comme le préconisait le pédagogue Pestalozzi. C’est à dire découvrir dans la joie, en relation avec les autres et à l’écoute de ses émotions (le cœur) ; dans l’action concrète, l’expérimentation avec ses 5 sens et son corps tout entier (la main) ; dans la compréhension et des savoirs plus abstraits (la tête).

Les émotions (le cœur) tiennent une place essentielle dans une éducation à la nature : les neurosciences ont prouvé qu’un apprentissage n’est réellement acquis, profond et durable que s’il se fait dans l’enthousiasme, connecté à nos émotions. La joie de la découverte passe par le jeu libre, l’émerveillement du jeune enfant et l’accompagnement de l’adulte dans le plaisir de la découverte, dans le vécu de ces émotions liées à la découverte de la nature plus que vers des « apprentissages »…
L’expérimentation par le corps et la main a été évoquée par Maria Montessori qui a mis en lumière l’importance du mouvement, du vécu dans son corps : elle explique que le travail avec la main construit le cerveau, que cet aspect concret rend les apprentissages solides et durables.

2. Un respect du rythme de chaque enfant
L’enfant est accompagné en fonction de ses périodes sensibles, son développement, et non en fonction de « normes » supposées liées à l’âge. La découverte de la nature se fait donc selon le rythme propre, l’individualité de chaque enfant. Dans le respect de ses envies, peurs, émotions et potentialités…

3. La favorisation de l’autonomie : « aide-moi à faire seul »
L’objectif d’une éducation à la nature est vraiment d’accompagner l’enfant à bien se connaître, de l’aider à appréhender ses limites et ses capacités, pour qu’il puisse être acteur de ses découvertes, selon ses envies, besoins et compétences du moment.
Le rôle de l’adulte est alors d’accompagner l’enfant à tenter de résoudre lui-même les problématiques et questionnements que le milieu naturel lui offrira. Comme le préconise la pédagogie Montessori, l’enfant peut choisir librement les activités qui font sens pour lui. Dans une éducation par la nature, l’adulte essaie d’être le moins interventionniste possible : il laisse l’enfant s’immerger, prendre le temps de comprendre, d’apprendre par essais-erreurs, en se trompant, en rectifiant…

Malgré tout, le rôle de l’adulte est essentiel, guide et accompagnateur dans le milieu naturel, c’est aussi lui qui transmettra le mieux à l’enfant son amour, respect, enthousiasme et émerveillement au sujet de la nature ! L’adulte sera celui qui sécurise, tant au niveau physique (dangers de chute, d’ingestion, d’irritations, etc.), qu’au niveau psychique (il est disponible pour rassurer l’enfant, lui montrer sa confiance, l’encourager, favoriser l’expression de ses émotions, etc.).
L’adulte crée une atmosphère favorisant la découverte et l’expérimentation autonome, tout en se rendant disponible pour en éveiller les intérêts et accompagner la curiosité naturelle du jeune enfant.

4. Une pédagogie DE et PAR la nature
Dans une éducation nature, les découvertes sont cycliques, car calées sur les cycles de la nature, les saisons, et surtout là où la curiosité de l’enfant va nous mener !
Par de réel objectif d’apprentissage avant 3 ans, l’objectif est vraiment de favoriser des expériences sensorielles, ludiques et positives avec la nature de proximité. Ces expériences en nature visent tant une pédagogie DE la nature (apprendre à connaître la faune et la flore) que PAR la nature (faire des apprentissages, par exemple les couleurs, grâce à la nature. Langage ; motricité, créativité... : autant de belles compétences développées lors du contact avec l’environnement naturel !)
Cette pédagogie doit être une « découverte progressive », une immersion lente.

Grâce à ses 4 clefs, vous voilà prêts à embarquer dans une fabuleuse aventure : celle d’accompagner le jeune enfant dans sa découverte de la nature. Éveiller la nouvelle génération à la nature est essentiel pour le développement harmonieux du jeune enfant, et aussi l’avenir de notre planète : reconnecter l’humain à son environnement est devenu un réel enjeu de société. En tant que professionnels de la petite enfance nous pouvons, nous devons même l’intégrer à notre accompagnement quotidien du jeune enfant et de sa famille.


1) Voir le catalogue des formations d’AGAPI. Auteure de : « Jouer avec la nature, 70 ateliers d’éveil pour le tout- petit », Dunod
2) Article inspiré des travaux de Sarah Wauquiez « les enfants des bois » et Scott D Sampson (« comment élever un enfant sauvage en ville »)

EAC, les trois voies pour se connecter à la nature

Dans « Comment élever un enfant sauvage en ville », Scott D. Sampson donne à quant à lui l’astuce mémo-technique « EAC », soit 3 voies pour mieux se connecter à la nature :
Expérience directe. Le lien avec la nature se crée par une expérience multi-sensorielle, émotive et ludique
• Accompagnement. L’adulte a un rôle fondamental d’accompagnement, non pas comme « savant » et enseignant d’apprentissages, mais bien comme guide à la curiosité, au jeu, à l’imagination de l’enfant
• Compréhension. La compréhension des grands phénomènes naturels (où vit tel animal, où pousse telle plante, etc) n’est pas une connaissance « académique » mais s’acquiert par la pratique et la connexion émotionnelle. 

Article rédigé par : Elise Mareuil
Publié le 23 septembre 2018
Mis à jour le 24 septembre 2018