PARLER Bambin, le langage au quotidien

Depuis 2008, une cinquantaine de crèches ont adopté PARLER Bambin, un dispositif de stimulation du langage chez les tout-petits, élaboré à Grenoble. Pour en savoir un peu plus, nous sommes allés à la rencontre de ces pro de la petite enfance qui l’appliquent au quotidien.
« Pour nous, PARLER Bambin, c’est une réflexion sur les conditions propices à l’émergence du langage » explique Yannicke Oubry, psychologue au CCAS de Bourges. Ici, les professionnels de la petite enfance ont sauté le pas début 2014. L’ensemble du personnel, de l’agent d’entretien à la directrice de crèche, a reçu une courte formation théorique et pratique pour comprendre les trois axes du dispositif et la stricte méthodologie à mettre en place. 

Pousser les enfants à s’exprimer 
Au quotidien, PARLER Bambin, nous aide à « adopter une posture langagière qui redonne de la place à chaque enfant dans le groupe » explique Nathalie Encinas, puéricultrice, directrice du service Petite Enfance de Courcouronnes. Soigner son attitude lorsqu’on lui parle, se mettre à sa hauteur pour croiser son regard, individualiser la parole qui lui est dite, nommer chaque enfant accueilli, prendre le temps d’écouter sa réponse. Lorsqu’on vit en collectivité, beaucoup de consignes impersonnelles sont données au groupe. Commençons par oublier le « on » ! Utilisons « je » et « tu » pour un échange bien plus personnalisé. Des attitudes pleines de bon sens qu’il est certes bon de rappeler. « Il faut dire que le langage a peu de place dans la formation initiale des professionnels de la petite enfance, avoue Nathalie Encinas. Certaines équipes, en formation PARLER Bambin, se demandaient encore comment converser avec un bébé qui n’a pas la parole ! ». PARLER Bambin préconise aussi des attitudes plus poussées qui inciteront les enfants à s’exprimer : poser des questions ouvertes, ne pas anticiper les demandes de l’enfant, ne pas tout mettre à portée de main pour lui laisser l’occasion de demander. Le Dr Zorman, initiateur de PARLER Bambin, suggérait de donner un yaourt sans cuillère, des ciseaux aux lames scotchées… « Il ne s’agit pas non plus de mettre l’enfant en situation d’échec, souligne Nathalie Encinas, à chaque professionnel de juger jusqu’où aller, par sa connaissance de l’enfant. » 

Donner un coup de pouce aux « petits parleurs » 
Placer le langage au cœur de nos préoccupations « c’est aussi se poser la question de qui l’on a entendu s’exprimer aujourd’hui » rappelle Yannicke Oubry. Apprendre à observer les enfants, les timides qui ne s’expriment pas en groupe, les bavards qui occupent tout l’espace, ceux qui parlent à la maison et deviennent mutiques à la crèche… Parmi la diversité des profils, le dispositif demande aux équipes d’identifier des « petits parleurs » qui parlent peu ou pas pour leur âge. « Nous prenons le temps d’observer les enfants dans différents contextes, de voir ou ils en sont dans le jeu, et au niveau moteur, avant de leur proposer un atelier. Un enfant qui est incapable de s’asseoir pour une activité, qui est complètement dans le mouvement, ce n’est pas sa priorité pour l’instant » tempère Yannicke Oubry. PARLER Bambin prévoit aussi que les parents évaluent le niveau de langage de leur enfant à la maison. Par un questionnaire et une liste de mots à repérer dans le babillage de l’enfant, qu’ils soient bien ou mal prononcés, en français ou dans une autre langue. A partir de deux ans, ces « petits parleurs » peuvent être conviés à des ateliers de conversation pour bénéficier « d’un accompagnement renforcé ». Ils rassemblent deux à trois enfants et un adulte pendant 20 minutes, trois fois par semaine. « Ce sont eux les moteurs de cette conversation autour d’un imagier, de photos ou d’un petit jeu » souligne Yannicke Oubry. Un objectif : enrichir le lexique de l’enfant, renforcer la confiance et l’estime de soi. D’ailleurs, chaque atelier fait l’objet d’un compte rendu spécifique. « Mais plus les équipes travaillent le langage au quotidien, moins nous avons besoin des ateliers ! » remarque Nathalie Encinas. Des ateliers parfois difficiles à mettre en place par manque d’effectifs, déjà limités, ou d’espace nécessaire pour s’isoler. 

Sensibiliser les parents 
Enfin, PARLER Bambin insiste beaucoup sur la coopération parents-professionnels. Une dynamique qui passe par des transmissions précises et élargies sur le développement de l’enfant. Les fiches transmissions ont désormais un item « langage » pour toujours garder ce critère en mémoire. « Bien que les parents soient les premiers transmetteurs du langage, ils n’ont pas toujours tous les éléments en main, souligne Aline Chevit, longtemps en charge de la coordination de Parler Bambin et désormais experte associée à l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives, qui a repris le projet. Dans les milieux défavorisés, la façon de s’adresser à un enfant n’est pas la même. (…) Quand on voit l’écart en nombre de mots selon les milieux sociaux, on se dit que certains enfants vont avoir un lexique très limité si l’on ne fait rien. » Dans une démarche de sensibilisation, les parents sont incités à venir voir les ateliers, à emprunter un imagier, à aller à la bibliothèque et à trouver le plaisir de discuter avec leur enfant. Car il n’y a que dans le plaisir de la relation que se construit le langage. 
 

Comment se former au Parler Bambin ?

Les professionnels de la petite enfance qui souhaitent se former à la pratique du dispositif PARLER Bambin par le biais d’une formatrice libérale, peuvent s’adresser à l’ANSA ou contacter Aline Chevit, coordinatrice des formatrices. Contact : Aline Chevit aline-chevit@orange.fr Les collectivités ou associations gestionnaires qui seraient intéressées pour engager leurs structures d’accueil de la petite enfance dans le programme national de recherche de PARLER Bambin peuvent s’adresser à l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA). Contact : Vanessa Ly vanessa.ly@solidarites-actives.com

Article rédigé par : Laurence Yème
Publié le 15 février 2016
Mis à jour le 28 mars 2016