Yannicke Oubry, coordinatrice PARLER Bambin à Bourges : « nous voulons rester dans l’accompagnement du langage »

Il y a deux ans, les professionnels de la petite enfance de Bourges ont été formés au dispositif PARLER Bambin qu’ils appliquent depuis lors. Rencontre avec Yannicke Oubry, psychologue et coordinatrice du projet pour le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville.
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Les Pros de la Petite Enfance : Comment PARLER Bambin est il arrivé à Bourges ? 
Yannick Oubry : A l’origine, c’est un élu qui a eu connaissance de PARLER Bambin et qui nous a soumis l’idée. Nous avons pris le temps d’y réfléchir, d’aller voir comment cela se passait sur le terrain à Grenoble avant de nous lancer. C’est intéressant de se pencher davantage sur le langage alors que nous étions peut-être plus tournées vers les acquisitions motrices, le jeu ! Intégrer PARLER Bambin dans nos projets pédagogiques a remis en question l’ensemble de nos pratiques professionnelles. 

Qu’a changé PARLER Bambin à vos pratiques professionnelles ?
Beaucoup de choses paraissent être du bon sens mais désormais, on s’autorise à prendre des temps de conversation avec les enfants, même avec les plus petits. On soigne l’attitude, en se mettant davantage à hauteur des enfants ; on veilleà prénommer tous les enfants accueillis, on se pose davantage la question de qui l’on a entendu aujourd’hui. Ici nous avons banni les « on », nous essayons d’avoir des échanges plus personnalisés avec les enfants. 

Cela ne vous dérange pas d’identifier si tôt des « parleurs tardifs » ? 
Dans nos structures, nous n’avons pas le sentiment de poser un diagnostic. Ce n’est d’ailleurs pas notre rôle. Ici pas de grilles d’évaluation. Pour moi, tout cela, ce sont les procédés de la recherche scientifique. Nous n’en sommes plus là, pas question d’évaluer les enfants de cette manière. On observe les enfants, on prend le temps de se demander si on entend davantage s’exprimer untel ou untel selon les contextes : avec ses parents, sans ses parents, dans le groupe ; de voir ou il en est dans le jeu, dans ses acquisitions motrices. Attention à une évaluation prématurée des enfants qui les enfermerait tout de suite dans une case ! Il y a certains enfants qu’on n’entend pas de la journée, alors qu’ils s’expriment très bien avec leurs parents. Vivre en collectivité à vingt-cinqn’est pas toujours facile. C’est notre rôle d’essayer de les mettre à l’aise pour libérer la parole dans ce contexte. Mais de manière générale, on ne propose pas d’atelier de langage aux enfants avant vingt-quatre mois. 

Comment se passent les ateliers de langage ? 
En atelier, c’est l’enfant qui est moteur et qui guide le professionnel. A nous d’essayer d’enrichir son propos en lui proposant un mot plus précis pour designer l’image, en ajoutant la couleur, en lui faisant remarquer un détail… Les enfants sont libres de participer ou non à l’atelier qu’on leur propose, et les pro se portent volontaires pour les animer. On n’oblige personne. Et pour certains enfants, deux ou trois ateliers suffisent parfois pour avancer. 

Comment avez vous réussi à dégager le temps et le personnel nécessaire pour les mettre en place ? 
C’est extrêmement difficile. Nous n’avons évidemment pas eu d’effectif supplémentaire pour mettre en place le dispositif. Nous ne sommes donc pas assez nombreuses et il est difficile de rester à niveau. Il arrive donc que des ateliers soient annulés pour ne pas peser sur la qualité de l’accueil. 

Comment vos équipes ont-elles accueilli ce programme, assez contraignant pour vos pratiques ? 
A Bourges, nous n’avons pas eu l’impression de rentrer dans un carcan. On ne parle d’ailleurs pas de programme mais de dispositif. Nous avons eu une véritable réflexion avant de l’adopter et l’adapter à nos structures.  Et la réflexion continue puisque dans chaque structure, nous avons une Educatrice de Jeunes Enfants référente PARLER Bambin, et nous nous retrouvons toutes, tous les deux mois, pour faire le point. Par ailleurs, nous n’avons plus de contact avec les formateurs de PARLER Bambin qui ne nous suivent pas particulièrement. 

Comment les parents ont-ils accueilli ce nouveau dispositif ? 
Les parents sont très demandeurs.  Ce serait eux qui nouspousseraient trop loin dans la stimulation !A Bourges, nous voulons rester dans l’accompagnement au langage et non pas dans la stimulation précoce du langage. Notre difficulté a été de ne pas stigmatiser les familles des enfants concernés. Nous leur parlons de PARLER Bambin dès l’inscription à la crèche mais n’avons pas besoin de leur demander d’autorisation particulière pour que les enfants participent aux ateliers puisque cela fait partie du projet pédagogique. Beaucoup de parents croient encore que si leur enfant ne parle pas c’est qu’il ne comprend pas. Il y a encore un gros travail à faire pour sensibiliser les parents aux mécanismes du langage.
Article rédigé par : Laurence Yème
Publié le 15 février 2016
Mis à jour le 18 octobre 2017