Seniors et bébés, des échanges constructifs

La solidarité intergénérationnelle a le vent en poupe. Si retraités et tout-petits ont beaucoup à partager, ces initiatives méritent une attention particulière des professionnels de l’accueil, pour le bien-être de chacun.
Ces dernières décennies, notre société a changé de visage. Quelques rides au coin des yeux et une démarche au ralenti, il faut désormais composer avec une population dont l’espérance de vie ne cesse de croitre ; jusqu’à cinq générations qui se côtoient dans des familles souvent éparpillées. Pour éviter l’isolement des seniors, souvent stigmatisés, des projets de solidarité intergénérationnelle se déclinent aujourd’hui dans de nombreux secteurs, et la petite enfance n’est pas en reste. Si ces initiatives suscitent généralement un enthousiasme non feint, elles sont plus compliquées qu’il n’y paraît à mettre en place, dans le respect des tout-petits comme des plus âgés.

Des activités en commun
Au premier abord, leurs caractères et leurs rythmes de vie semblent peu compatibles. Le calme des uns, en perte de mobilité, tranche avec la vivacité débordante des autres. Mais en y regardant bien, la vieillesse ressemble fort à la petite enfance, par sa dépendance, son besoin d’attention et son regard pétillant. Les réunir ne serait donc pas si absurde ! De nombreuses structures d’accueil (crèches, RAM, multi-accueil, MAM) ont sauté le pas en organisant régulièrement des activités communes avec les enfants. Pour les anciens, ce sont autant d’occasions de se réjouir des rencontres à venir, de cultiver un désir du lendemain, de chambouler un quotidien (trop) bien réglé, de rompre momentanément avec les aléas de la vieillesse. Pour les plus actifs, l’occasion rêvée de se sentir enfin utile, de reprendre confiance en soi en partageant ses savoir-faire et ses souvenirs avec une nouvelle génération.
« On a souvent observé qu’enfants et personnes âgées fonctionnent comme des vases communicants, au contact les uns des autres, explique Marie-Jeanne Galtier, directrice de la crèche intergénérationnelle A petits pas à Aspiran (34). Les personnes âgées ont un regain de présence et d’énergie, montrent l’envie de faire des efforts, tandis que les enfants, même les plus turbulents, s’apaisent et se calment à leur contact. » Pour eux, c’est l’occasion d’aller à la rencontre de la génération de leurs grands-parents qu’ils ont peu l’occasion de fréquenter, mais dont ils sont en général très curieux. Des rencontres riches, par lesquelles ils acquièrent un regard bienveillant sur la vieillesse et profitent de l’attention débordante de ces papis et mamies qui ne demandent qu’à les voir s’éveiller joyeusement. Jardinage, cuisine, jeux, lecture, chants, activités manuelles ou motrices, goûters et danses… de nombreux loisirs peuvent réunir les générations. Mais il ne suffit pas de rassembler deux groupes d’âges différents dans un même lieu pour que chacun y trouve un intérêt.

Un cadre structure
Sylvie Bruel, coordinatrice petite enfance, qui a contribué à la mise en place des Lectures Bleues sur sa commune du Pré-Saint-Gervais, confirme : « Seniors et enfants doivent être dans l’échange. Depuis la mise en place des lectures bleues, nous constatons avec plaisir un épanouissement des relations entre enfants et bénévoles qui viennent lire des histoires chaque semaine. Ces derniers sont de plus en plus à l'aise. » Pour trouver un plaisir partagé sans précipiter tout le monde dans l’infantilisme, il faut prendre le temps de définir de façon précise le rôle de l’ancien par rapport à l’enfant, et le rôle de l’enfant par rapport à l’ancien, selon les capacités de chacun. L’adulte rassure, accompagne et encourage, le bambin peut devenir celui qui aide et qui agit. Un projet intergénérationnel se prépare donc soigneusement et demande un large investissement de la part de chaque structure pour garantir la sécurité, l’accompagnement et le bien-être des participants, tous volontaires.
Dans quel cadre ? Quel sera le moment le plus propice ? Quel sens cela aura-t-il ? On en discute en amont, avec les petits comme avec les seniors à qui il est bon de rappeler les règles de la collectivité et de l’hygiène. Lors des premières rencontres, les enfants peuvent être timides et impressionnés par le matériel, une démarche mal assurée, une figure marquée, etc. A l’accompagnateur d’être suffisamment vigilant pour respecter leurs désirs et leurs réticences. Et aussi, lorsque les personnes âgées deviennent un peu trop « envahissantes » dans un contact physique dont il faut protéger l’enfant.
Pour Iris, éducatrice de jeunes enfants, « un projet intergénérationnel n’a de sens que s’il se déroule dans le temps, sur plusieurs rencontres. » Mais attention à la surenchère ! Lorsqu’un groupe d’enfants se déplace, on se sent presque obligé de faire durer, pour profiter davantage de ce moment. Mais « vingt à quarante minutes sont largement suffisantes pour ne pas tomber dans une certaine lassitude l’un de l’autre », souligne Raymonde Alacid, directrice de l’EHPAD Gérard Soulages situé à Aspiran (34). 

Locaux partagés et services mutualisés
Certaines structures ont fait le pari de pousser l’expérience jusqu’à partager locaux et activités au quotidien, dans un projet d’établissement et d’espace tourné vers l’intergénérationnel. Si le système a fait ses preuves au Canada et en Belgique, en France seules une vingtaine de maisons de retraite ou EHPAD cohabitent avec un établissement d’accueil de la petite enfance, dans un voisinage très joyeux. Dans le respect des différents lieux de vie, chacun semble y trouver son compte. La mutualisation de certains services (cuisines, buanderie, relations humaines et secrétariat) permet d’allouer, par exemple, un animateur spécifique pour accompagner les personnes âgées lors des rencontres quotidiennes avec les tout-petits. Et c’est dans cette régularité qu’un véritable échange se noue. A la crèche A petits pas d'Aspiran, la PMI a exigé la mise en place de protocoles d’organisation rassurants pour les activités réunissant personnes âgées et enfants, en vue de prévenir les risques sanitaires. L’architecte a conçu un bâtiment où les générations se croisent et se rencontrent sans se gêner dans un hall central où se tiennent également des activités communes. Des parois de verre donnant sur le jardin de la crèche laissent les personnes âgées observer les enfants et apprécier leur gaieté. Ainsi, à leur contact, les seniors gardent un lien plus fort avec la vie.

Une journée pour valoriser vos projets

Depuis 2009, le 29 avril est la journée européenne de la solidarité entre les générations, dans le système éducatif. Une belle occasion de mettre en avant les projets qui vous permettent de tisser des liens avec les personnes âgées.

Article rédigé par : Laurence Yème
Publié le 13 juillet 2017
Mis à jour le 13 juillet 2017