Dépistage du Covid-19 chez les petits : le point sur les tests

Depuis la mise en place il y a quelques jours des nouveaux protocoles sanitaires dans les écoles et les établissements d’accueil des jeunes enfants, les parents transformés en laborantins réalisent à la chaîne des autotests sur leurs enfants cas contacts - 3 autotests à 4 jours d'intervalle – ou pour les plus jeunes des tests salivaires. Entre la peur de mal faire le test, la crainte de blesser l’enfant ou la difficulté d’obtenir la salive des tout-petits certains parents préfèrent s’en passer. Le point sur ces tests avec le Dr Cédric Carbonneil, chef du service d'évaluation des actes professionnels de la Haute autorité de santé (HAS).
Pas d’autotests nasopharyngés avant 3 ans
En maternelle, la Haute autorité de Santé recommande que l’autotest soit effectué par « les parents ou le personnel formé ». Chez les moins de 3 ans, attention !  Le ministère de la Santé précise dans son « petit guide d’utilisation de l’autotest nasal pour l’enfant » qu’ils ne sont pas autorisés pour cette classe d’âge. Avant 3 ans, seuls les personnels spécifiquement formés peuvent réaliser des tests au moyen d’écouvillons pédiatriques spécialement adaptés aux fosses nasales des tout-petits. L’académie de médecine avait tiré la sonnette d’alarme l’année dernière et recommandé de privilégier les prélèvements salivaires pour leur sécurité et leur acceptabilité. Elle avait pointé du doigt les autotests à risque de faux négatifs quand l’écouvillonnage était trop timide et superficiel ou pouvant être dangereux lorsque l’écouvillonnage était trop profond et dirigé dans la mauvaise direction.  Ces inquiétudes étaient légitimes car peu de personnes avaient la pratique des tests. Depuis l’apprentissage s’est fait et concernant d’éventuels soucis ORL, aucun effet indésirable grave n’a été remonté à la HAS en dehors de saignements dus à l’irritation des narines, souligne Cédric Carbonneil qui rappelle que pour les plus jeunes (à partir de 3 ans) les tests à privilégier doivent être ceux qui se font par prélèvement antérieur – il en existe par prélèvement profond - Il faut donc bien se renseigner lorsqu’on achète un test en pharmacie.

Privilégier les tests adaptés aux enfants
Il existe depuis peu des autotests spécifiquement adaptés pour les jeunes enfants de plus de 3 ans (autotest / TROD COVID-VIRO ALL IN® utilisable dès 1 mois par exemple) avec des embouts plus larges, moins rugueux et ayant moins tendance à léser les narines. Ces autotests « pédiatriques » sont conçus pour qu’un enfant de 6 ans, sous la supervision d’un adulte, puisse le faire lui-même sans risque. Certains fabricants ont également introduit des petites marques sur les tests pour vérifier qu’on ne l’enfonce pas trop loin. Cédric Carbonneil insiste sur le fait que les rotations du coton tige doivent être douces pour ne pas faire mal à l’enfant et qu’il est important de respecter à la lettre les consignes et la notice du fabricant et prendre le temps. Il est nécessaire d’avoir au moins ½ heure devant soi indique le spécialiste de la HAS (5 mn pour placer le matériel et lire la notice, 5 mn pour le prélèvement et 15/20 mn pour l’incubation et la lecture du résultat). Pour les personnes inquiètes, il existe des tutoriels qui détaillent le processus explique Cedric Carbonneil. En cas de doute sur le résultat du test les parents peuvent prendre une photo et le montrer au pharmacien. De même ils peuvent faire le premier autotest sous la supervision du pharmacien afin de vérifier qu’il est bien réalisé.

Des alternatives pour les très jeunes enfants de moins de trois ans
Avant l’âge de 3 ans, il existe des alternatives au test nasopharyngé comme les tests RT PCR salivaires.  Ce sont ces tests qui avaient été distribués l’année dernière par certaines crèches aux parents. Les parents se chargeaient du prélèvement mais seul un laboratoire pouvait interpréter les résultats.  Ces tests qui ne sont pas des autotests sont d’ailleurs mis en avant par le site pediadol qui souligne que d’après plusieurs études ils seraient meilleurs pour détecter une infection dans les 10 premiers jours que les nasopharyngés. Certains parents trouvent difficile d’obtenir de la salive de tout-petits. Le Dr Carbonneil indique qu’il existe des pipettes spécifiques à mettre sous la langue ou des « sucettes » qui facilitent la réalisation du prélèvement. La HAS déplore d’ailleurs que les tests salivaires soient aussi peu utilisés, il s’agit d’un dépistage non invasif et plus fiable (fiabilité à 85%) que l’antigénique (leur sensibilité avoisine les 80% pour les cas symptomatiques et descend à 50% pour les cas asymptomatiques, cette plus faible sensibilité étant compensée par la répétabilité du test et la facilité d’emploi) et aussi fiable que le dépistage par prélèvement nasopharyngé. Il ne faut donc pas se priver de ces tests RT-PCR salivaires pour les petits. Seule contrainte, devoir porter le test au labo et attendre une journée avant les résultats et pour le labo ce type de prélèvement s’avère plus compliqué et plus délicat à traiter explique monsieur Carbonneil.
 Autre méthode peu invasive et adaptée aux plus petits, le dépistage RT-PCR oro-pharyngé (fiabilité 84%) qui consiste au moyen d’un coton-tige à badigeonner le fond de la gorge  de l’enfant. C’est moins désagréable que dans le nez. En revanche ce type de prélèvement dans la gorge peut provoquer un réflexe de vomissement chez les tout-petits. Les parents peuvent aller voir sur le site du ministère de la santé qui liste les sites de dépistage et précise le type de tests réalisés.

Quelle place pour les tests antigéniques rapides sur échantillon de salive ?
La HAS avait rendu un avis négatif en raison de leurs performances insuffisantes mais actuellement des études sont en cours pour réexaminer ce type de prélèvement qui s’avèrerait plus facile à obtenir que les prélèvements nasopharyngés et oropharyngés avec un résultat très rapide.
 
Quid de l’efficacité des tests de dépistage vis-à-vis du variant omicron ?
L’agence américaine des médicaments (FDA) a récemment pointé du doigt la moins bonne sensibilité des tests antigéniques vis-à-vis du variant omicron et une petite étude américaine publiée récemment abordait le fait qu’ Omicron était susceptible d’être présent en grande quantité dans la salive avant d’atteindre le mucus nasal ce qui engendrerait des faux négatifs. Si c’est confirmé par d’autres études cela donnerait l’avantage au dépistage par prélèvement salivaire.

 
Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 12 janvier 2022
Mis à jour le 17 janvier 2022