COVID-19 : Les enfants sont-ils réellement vecteurs de l’épidémie ?

Dans la perspective d’une réouverture des crèches et des écoles le 11 mai prochain, les professionnels de la petite enfance, les enseignants et les parents s’inquiètent. Depuis le début de l’épidémie de COVID-19, la plupart des communiqués, que nous avons d’ailleurs relayés, désignaient les enfants comme dangereux vecteurs du virus. Mais depuis un mois, les observations pédiatriques tendent à infirmer cette hypothèse. Le point sur la situation.
Depuis des mois, on a beaucoup dit que les enfants développaient généralement des formes bénignes du COVID-19, et qu’ils étaient même, pour la plupart, asymptomatiques. De ce constat est née la crainte que les plus jeunes participent sans le savoir à la diffusion de l’épidémie et que les structures collectives chargées de les accueillir représentent de hauts lieux de contamination. C’est d’ailleurs bien pour freiner la propagation du virus et protéger les personnes vulnérables que leur fermeture a été décrétée dès le 12 mars ( pour appplication le 16) , soit 3 jours avant l’annonce d’un confinement généralisé à toute la population.  Le Président de la République avait spécifié : « selon les scientifiques ils (les enfants) sont ceux qui propagent le plus vite le virus »

Le monde médical partagé
Pourtant, le 13 avril dernier, Emmanuel Macron a annoncé que la réouverture des crèches et des écoles accompagnerait le début du déconfinement, fixé pour le moment le 11 mai prochain. Si le Conseil national de l’Ordre des médecins a contesté ce choix révélant, selon les propos de son président, le Dr. Patrick Bouet, au Figaro le 14 avril « un manque absolu de logique » , tous les praticiens ne partagent pas forcément cette position. Au premier chef, le contesté professeur Raoult de l’institut hospitalo-universitaire de Marseille affirme même dans un tweet et « étude à l’appui » que « les enfants représentent une faible part des diagnostics de SARS-COV-2 et leur charge virale n’est pas plus élevée que celle des adultes ». Et de conclure que les enfants pourraient ne pas contribuer de manière significative à la circulation du virus.
Mais plus étonnant, un certain nombre de pédiatres aussi doutent du rôle des enfants dans la propagation du virus.

Premières observations rassurantes
Les différents représentants des sociétés de pédiatries que nous avons interrogés s’accordent sur le fait que - contrairement aux hypothèses émises de départ - les plus jeunes ne seraient finalement pas les vecteurs actifs que l’on croyait. « Au début de l’épidémie, nous avons craint que, comme pour la plupart des infections respiratoires classiques, les enfants constituaient des réservoirs, explique Fabienne Kochert, Présidente de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA). Nous nous sommes sans doute trompés. La priorité du confinement et de la fermeture des structures accueillant les enfants était d’éviter l’engorgement des services de réanimation, il ne fallait prendre aucun risque. Mais aujourd’hui, même si le SARS-COV 2 demeure un virus méconnu, nous commençons à en savoir plus sur lui. Et nous observons que les enfants sont finalement peu vecteurs et probablement peu contagieux (contrairement aux virus de la grippe et de la bronchiolite) ».
 
Un avis largement partagé par Brigitte Virey, Présidente du Syndicat National des Pédiatres Français ( SNPF) : « Le problème de ce virus c’est qu’il fait ce qu’il veut. Au départ, tout le monde a suivi le principe qu’il fonctionnait comme ceux dont nous avons l’habitude et que les plus jeunes étaient donc particulièrement susceptibles de le transmettre. Mais pour le moment, les retours que nous avons disent que les enfants représentent moins de 1% des cas testés positifs en France ».

Ces constats, qui semblent rejoindre certaines données chinoises et italiennes, amènent progressivement le milieu pédiatrique français à considérer que les plus jeunes seraient donc non seulement moins atteints par ce coronavirus que leurs aînés et ne développeraient des formes sévères que très rarement, mais qu’ils contribueraient également très peu à la propagation de l’épidémie. « En réalité, lorsqu’ils ils sont malades, nous remarquons que ce sont les adultes qui les ont contaminés, et non l’inverse », résume Le Dr. François Vié Le Sage, Directeur du Groupe infectiologie/vaccinologie de l’AFPA.

Prudence, des études sont en cours
Pour autant, les pédiatres restent prudents. Ces premières observations nécessitent d’être confirmées par des études au sein de la population pédiatrique afin de connaître le taux d’enfants porteurs du virus, en incluant cette fois les possibles cas asymptomatiques et pauci symptomatiques.
C’est pourquoi, le Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (groupe de spécialité de la Société Française de Pédiatrie) a lancé le 15 avril dernier une étude, baptisée COVILLE, pour évaluer la prévalence du portage du SARS–CoV2 sur 600 enfants d’Ile de France : "300 enfants présentant des signes cliniques compatibles avec une infection due au Covid-19 et 300 enfants sans aucun symptôme, venant pour des vaccinations ou des problèmes non infectieux" a précisé le Professeur Cohen qui coordonne le projet, sur France Inter. Des prélèvements nasopharyngés et sérologiques sont en cours et vont être pratiqués pendant un mois dans les cabinets pédiatriques.  Ce qui permettra d’évaluer le nombre d'enfants porteurs ou ayant été infectés (avec ou sans symptômes) . Résultats attendus d’ici un ou deux mois.
En plus de cette étude francilienne, une autre - dont le protocole reste encore à définir mais avec le même objectif - va également être menée prochainement à échelle nationale avec des pédiatres de l’AFPA habitués de la recherche en infectiologie. Là encore premiers résultats dans un mois environ.

Le 11 mai : priorité aux gestes barrière
En attendant les résultats de ces études, les pédiatres interviewés ne se montrent pas alarmés à l’idée d’un déconfinement progressif des crèches et des écoles dès le 11 mai prochain. Ils considèrent, en tous cas, que les risques ne seront pas plus grands à cette date qu’à une autre. Selon eux, tant qu’aucun vaccin n’aura été trouvé pour combattre l’épidémie, notre société devra apprendre à vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus-de la tête et que les enfants sont moins en danger que les adultes. En revanche, ils insistent sur le devoir des différentes structures d’accueil de la petite enfance ainsi que des établissements scolaires d’être en mesure de respecter scrupuleusement les gestes barrière (avec l’équipement nécessaire) et de repenser leur organisation pour diminuer les contacts entre adultes, avant de songer à rouvrir leurs portes.

L’enfant contaminé à Contamines-Montjoie n’a transmis le virus à personne

Selon une étude publiée le 11 avril dans la revue de la société des infectiologues américains (Clinical Infectious Diseases), l’enfant de 9 ans qui avait contracté le Covid-19 aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) n’a contaminé personne. Pourtant, il avait fréquenté plusieurs écoles pendant sa maladie (avec de faibles symptômes) et côtoyé 172 personnes. Aucune d’entre elles n’a attrapé le virus ! De quoi laisser penser aux auteurs de l’étude, dans leur conclusion, que « les enfants pourraient ne pas être une source importante de transmission de ce nouveau virus » et qu’il existerait « une dynamique de transmission différente chez les enfants ».

Article rédigé par : Marie-Sophie Bazin
Publié le 18 avril 2020
Mis à jour le 31 juillet 2020