Migraine : la reconnaître et la traiter chez les tout-petits ?

Les crises de migraine sont fréquentes chez les enfants et contrairement à ce que l’on pense elles surviennent aussi chez les tout-petits. A 5 ans, elles touchent 5% des enfants. Le point avec le Dr Sophie Dugué, pédiatre praticien hospitalier, au centre de la migraine et de la douleur de l’enfant à l’hôpital Trousseau.
La migraine, c’est quoi exactement ?
C’est une maladie à susceptibilité génétique qui confère à la cellule nerveuse, au niveau du cerveau, des variations dans les récepteurs des membranes. Ceci rend ces cellules hypersensibles explique la spécialiste de la migraine. « Dans la majorité des cas de migraine chez l’enfant on retrouve des antécédents familiaux. Mais il arrive que les parents migraineux ignorent en avoir souffert plus jeunes ou mettent leur mal de tête migraineux sur le compte d’une sinusite ou d’une « crise de foie » précise le Dr Dugué.  
La migraine évolue par crises douloureuses déclenchées par différents facteurs. On les retrouve dans l’environnement comme la lumière, le bruit, une odeur…  Il peut s’agir de facteurs internes comme la fatigue, la faim, ou certains mouvements (sur un manège, en voiture) ou de facteurs émotionnels comme le stress ou l’inquiétude mais aussi les émotions en règles général.

Quels sont les signes de la migraine chez les petits ?
Le plus souvent il s’agit de signes évoquant une « gastro flash éclair » comme l’appelle le Dr Dugué. A savoir des signes de gastroentérite où l’enfant se met à vomir et n’a pas de diarrhée ou fièvre le plus souvent. L’enfant est pâle, adopte un comportement fermé, stoppe toute activité, arrête de jouer, et se met au calme sans lumière car cette céphalée intense augmente avec l’activité, la lumière ou le bruit. La difficulté chez un enfant avant 3 ou 4 ans est de mettre des mots sur sa douleur, d’où des retards de diagnostic. C’est donc souvent à posteriori qu’on pose le diagnostic en discutant avec les parents de symptômes survenus antérieurement.

Migraine : des manifestations différentes chez les enfants et les adultes
Chez l’enfant, à la différence de la douleur de migraine chez l’adulte, la céphalée est bilatérale et variable dans ses localisations. Comme chez l’adulte, elle est pulsatile. La description est souvent difficile chez les plus petits, les plus grands peuvent la décrire « comme un cœur qui bat dans la tête » ou comme un marteau piqueur explique de façon imagée le Dr Dugué.
Autre différence avec la migraine de l’adulte, la crise chez l’enfant est généralement plus brève. Elle dure une heure minimum (critère obligatoire) mais parfois plusieurs heures ou parfois jusqu’à 3 jours.
Le plus souvent la crise de migraine cesse dès que l’enfant s’endort et il reprend ensuite rapidement le cours de ses activités. L’inquiétude ressentie par l’enfant ou le sentiment de culpabilité – quand par exemple les parents doivent revenir le chercher à la crèche - qu’il éprouve peut favoriser la répétition des crises.

Qu’est-ce qui différencie la crise de migraine d’un mal de tête banal ?
Ce qui fait la distinction avec un simple mal de tête (qu’on appelle céphalée de tension) c’est le comportement de l’enfant. Dans la migraine on a des symptômes associés :  l’enfant devient pâle, cerné, a envie de vomir, ne supporte pas la lumière, arrête de jouer et se recroqueville en cachant ses yeux et en mettant ses mains sur ses oreilles. Le jeune enfant est souvent irritable et refuse de manger. Au contraire, la céphalée de tension survient de manière isolée sans signes associés.

Comment le médecin diagnostique-t-il la migraine ?
La définition de la migraine dépend de facteurs internationaux bien codifiés que connaissement les médecins généralistes et les pédiatres. C’est donc lors d’une consultation avec l’un ou l’autre de ces praticiens et après un interrogatoire minutieux que le diagnostic est posé. Néanmoins, pour éliminer une cause plus grave (tumeur par exemple) les médecins peuvent proposer la réalisation d’une IRM. L’interrogatoire est primordial car la migraine se déclenche fréquemment suite à un facteur en lien avec les émotions. Si la crise se répète 1 à 2 fois par mois, voire plus, il faut que le médecin recherche les éléments de vie susceptibles de la favoriser comme par exemple, un problème une situation problématique, une situation de violence intra-familiale…

Comment-la traite-t-on ?
Le traitement de fond initié est un traitement par anti-inflammatoires non stéroïdiens qui va cibler les phénomènes inflammatoires présents au niveau du cerveau lors des crises de migraines. À savoir, l’ibuprofène (10mg/kg). Pour raccourcir la durée de la crise le Dr Dugué préconise la mise en place un projet d'accueil individualisé (PAI) en crèche ou à l’école. Si l’enfant vomit, des formes orodispersibles existent (NurofenPro®), les formes en suppositoire (Nifluril®) sont à garder en dernier recours du fait de leur biodisponibilité incertaine. Si le 1er traitement donné reste insuffisant, on peut proposer on peut proposer du paracétamol 1 heure après.  
En complément du traitement médical le Dr Dugué recommande des méthodes douces de relaxation psycho corporelle pour lutter contre le stress émotionnel et casser la spirale déclenchant la migraine. Chez les plus petits on pourra proposer l’intervention d’une psychomotricienne et le coup de pouce de la sophrologie et de l’hypnose et autohypnose. Il existe aussi de nombreuses appli (musicare®, petit bambou®, hypnotidou®…) pour apporter détente et relaxation à l’enfant.


 
Article rédigé par : Isabelle hallot
Publié le 01 février 2022
Mis à jour le 07 avril 2022