Mort inattendue du nourrisson (MIN) : les réponses aux questions des professionnels

Le risque de Mort Inattendue du Nourrisson (MIN) est une source d’inquiétude pour tous les professionnels de la petite enfance. Voici le questionnement de l’équipe de la crèche "Les petites Bouilles" à Chauray prés de Niort (79). Et les réponses de Myriam Morinay, Vice-Présidente de l’association Naître et vivre. 
1. Existe-t-il des gènes responsables (un risque héréditaire) de la Mort Inattendue du Nourrisson ?
Certaines pistes restent encore à explorer, mais il semble que les facteurs génétiques  ne soient pas une des causes de la mort inattendue du nourrisson (MIN). Auparavant on surveillait les frères et sœurs mais désormais il est établi que les membres de la fratrie n’ont pas plus de risque. Le risque récurrent est inférieur à 1%. Dans ces cas sont mis en évidence des maladies rares telles que des déficits enzymatiques, neurologiques, musculaires, cardiaques.
2. Certains pays sont-ils plus touchés que d’autres ? Si oui,  quelles en sont les raisons ?
Oui, mais ce sont plutôt les habitudes de couchage des pays qu’il faut regarder de plus près. Dans certains endroits, il est probable que l’on continue à faire dormir les bébés sur le ventre car c’est culturel.  Ces pays sont ainsi plus touchés car on sait que le couchage sur le ventre augmente le risque de MIN. 

3. Comment est établi le diagnostic de la MIN ?
Le diagnostic de la mort inattendue du nourrisson ne peut être établi qu’après une autopsie. Durant cet examen, tous les organes de l’enfant sont passés au crible par les professionnels concernés. L’objectif est d’analyser l’enchaînement des causes à l’origine de la mort. A l’issue de l’autopsie, les spécialistes vont se réunir pour confronter leurs résultats. C’est la synthèse de leurs travaux qui va donner le diagnostic final. Leur coordination interdisciplinaire est un facteur essentiel pour analyser l’enchaînement des causes à l’origine de la mort. C’est un exercice relativement long, au minimum 6 mois. 

4. La MIN touche-t-elle plus les filles que les garçons ?
Les petits garçons sont plus touchés pour la raison simple que la santé masculine est plus fragile. Il y a une fragilité liée au sexe de façon générale. 

5. La MIN survient elle plus fréquemment chez autrui que chez les parents ?
Il n’est pas rare que la MIN survienne lorsqu’il y a un changement de rythme comme par exemple, les premières semaines à la crèche, lors d’un déplacement, d’un voyage. Il y a la notion d’adaptation. Mais les chiffres restent cependant faibles : 1% des cas de MIN se produisent à la crèche, entre 5 et 10% chez une assistante maternelle. 

6. Les changements de saison ont-ils une incidence sur la MIN ?
En hiver il y a un pic de décès. C’est lié au risque infectieux (épidémies hivernales) qui est plus élevé à cette période de l’année. D’autres facteurs sont à prendre en compte entre autres : on a parfois tendance à trop chauffer les pièces et à couvrir les bébés en hiver. Or on sait que l’hyperthermie conjuguée à une infection virale débutante, majore le risque de MIN. 

7. Le fait de coucher l’enfant sur le dos a-t-il diminué les MIN ?
On compte 75 % de décès en moins depuis le début des campagnes de prévention, c’est à dire il y a peu près 20 ans. C’est du jamais-vu en matière de santé publique. Le nombre de cas a fortement chuté mais on pourrait faire encore mieux si la majorité des bébés dormaient dans un environnement sécurisé. La moitié des décès sont évitables car dans 50% des situations, les positions ou l’environnement de sommeil sont inadaptés.

8. Est-il préférable d’attendre un certain laps de temps entre la fin du repas et le coucher ?
Aucune corrélation n’a été mise en évidence entre le fait de coucher le bébé tout de suite après le coucher et la mort inattendue su nourrisson. Dans tous les cas, mieux vaut ne pas bousculer l’enfant après le repas et lui laisser le temps de faire son rot et d’avoir des régurgitations si nécessaire. Dès que le processus de digestion débutera, il commencera de toute façon à piquer du nez. 

9. Faut-il proscrire le doudou dans le lit ?
Tout dépend de la taille du doudou. Il est évident que si l’enfant a pour doudou un grand lange, il n’est pas souhaitable de lui laisser car il risque de le mettre sur le visage. On évite tout ce qui va obstruer la sphère ORL, notamment en cas de retournement. L’enfant  doit avoir le nez et la bouche dégagés. Pour ne prendre aucun risque, on conseille positionner éventuellement le doudou en faisant attention à son emplacement à l’endormissement, mais de l’enlever dès que le bébé est endormi ou de le pousser au bout du lit. 

10. Le co-sleeping peut être responsable ?
Des études récentes ont montré que le co-sleeping était un facteur de risque de mort inattendue du nourrisson. Et les médecins des centres de référence sur la MIN ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Le fait de dormir entre le père et la mère est clairement délétère pour la santé du tout-petit. Il ne s’agit pas d’un couchage approprié. La chaleur des corps, la présence de la couette et des oreillers des parents augmentent l’hyperthermie du nourrisson, et majore tous les facteurs de risque de la MIN. En se retournant le parent peut également  bloquer la respiration de l’enfant. Il y a un risque de compression au niveau pulmonaire pouvant conduire à la mort.  

11. L’usage de la tétine aurait un rôle préventif sur la MIN ?
Bien que le mécanisme n’en soit pas connu, une réduction du risque de MIN semble être associée à l’utilisation d’une tétine alors qu’il n’est pas démontré que l’usage de la tétine nuise à l’allaitement ou occasionne des problèmes dentaires ultérieurement. Les nourrissons utilisant les tétines auraient en effet un risque moindre de MIN. Le mécanisme protecteur serait probablement dû  à des déglutitions et des réactions d’éveil plus fréquentes, et la diminution du reflux gastro-œsophagien par la tétine. 
 

L'importance de la prévention

Pour lutter contre ce fléau et cette problématique de santé publique sous-estimée, et renforcer la démarche initiale de l’association Naître et Vivre,   les centres de référence ont récemment rassemblé leurs forces dans une association nationale (ANCReMIN : Association Nationale des Centres de Référence de la Mort Inattendue du Nourrisson). 

Article rédigé par : Candice Satara-Bartko
Publié le 10 novembre 2016
Mis à jour le 21 mars 2019