Pollution aux particules fines dans les cours de crèches parisiennes : des niveaux trop élevés

On en sait un peu plus sur la qualité de l’air aux abords de 45 crèches, écoles et collèges parisiens. Airparif*, qui a mené le projet pilote lancé par la Ville de Paris et Bloomberg Philantropies de septembre 2019 à septembre 2020, vient de livrer son rapport. Voici ses conclusions.
 
Des capteurs et tubes dans les cours et les rues proches des crèches
4,2 millions de décès prématurés seraient imputables à la pollution de l’air chaque année dans le monde selon l’OMS. Dans notre pays, le nombre des décès dus à l’exposition aux polluants de l’air atteindrait 48000 par an, et 600 rien que pour le Grand Paris selon Santé Publique France. Pour mesurer la qualité de l’air des cours dans lesquelles évoluent les enfants 138 micro-capteurs y ont été déployés. 45 dans les écoles et crèches et 93 dans la rue et au niveau des 13 stations de référence du réseau Airparif. Au total, 45 établissements d’accueil du jeune enfant et établissements scolaires ainsi que les rues adjacentes ont été testés durant 1 an. Les mesures ont été couplées avec des mesures de référence par tubes à diffusion passive et par les stations fixes de référence et cartographies existant d’Airparif.

Deux polluants testés
L‘étude grandeur nature a porté sur deux polluants traceurs du trafic routier et connus pour leurs effets sur la santé humaine : le dioxyde d’Azote (NO2), un gaz irritant pour les bronches principalement formé lors des processus de combustion. Et les particules fines d’un diamètre inférieur à 2.5 microns (PM2.5) ou « particulate matter » en anglais, qui peuvent altérer la fonction respiratoire. Ces polluants dépassent de façon récurrente les seuils recommandés par l’OMS. Airparif précise que les mesures se sont déroulées dans un contexte de confinement avec une forte baisse des émissions de NO2 (- 20 à - 35% selon les semaines et jusqu’à 50% le long du trafic) et des particules fines (- 7%).

4 rues au-dessus des valeurs pour le NO2
Les résultats pour le NO2 au niveau des rues montrent que quatre sites au trafic routier important, proches d’écoles maternelles, dépassent 40 µg/m³, la valeur réglementaire française. Seules trois ont des concentrations inférieures à 30 µg/m³, les 11 autres étant comprises entre 30 et 39 µg/m³. Le réseau d’Airparif avait dans le même temps enregistré des concentrations comprises entre 29 et 66 µg/m³. Pour rappel, le risque pour la santé des concentrations en NO2 est probable à 40 µg/m³, certain à 43 µg/m³, peu probable entre 37 et 40 µg/m³ et sans risque jusqu’à 37 µg/m³.

Décroissance des pollutions au NO2 entre les rues et les cours d’établissements
Les mesures comparées entre les cours des établissements et les rues montrent une décroissance (entre 0 et 58%) à mesure qu’on s’éloigne de la rue et cela dès 10 mètres. La diminution est majorée quand il y a un mur autour de l’établissement. Plus dans le détail, les mesures de NO2 dans les cours montrent des concentrations relativement homogènes. Seules 2 crèches qui n’ont pas de murs d’enceinte dépassent les 30 µg/m³. Les autres ont des taux entre 18 et 30 µg/m³ (17 à 25 µg/m³ pour les mesures du réseau d’Airparif). Ces chiffres, précise Airparif dans son rapport, sont cohérents avec une pollution de fond et non à une pollution de trafic.

Des particules fines dépassant les valeurs recommandées par l’OMS
Pour les particules PM2.5, les concentrations moyennes mesurées par microcapteurs dans les cours de crèches et écoles testées sont relativement homogènes sur Paris et vont de 7 à 12 µg/m³, similaires à celles mesurées par la station de fond du réseau Airparif située dans le Jardin des Halles (75001) mais inférieures à celles mesurées par les stations de références proches du trafic routier à savoir 13 et 14 µg/m³.  Elles respectent la valeur limite fixée à 25 µg/m³ et la valeur cible annuelle de 20 µg/m³. Des valeurs cependant largement supérieures à celle de 10 µg/m³ recommandée par l’Organisation mondiale de la santé ce qui n’a rien de surprenant et reflète le seuil à Paris et en Ile-de-France en 2019.

Pas de corrélations entre taux de NO2 et taux de PM2.5
Le rapport met en évidence que les écoles avec les taux de NO2 les plus faibles ne correspondent pas avec les écoles aux taux de PM2.5 les plus faibles et pareil pour les taux les plus élevés. On ne peut donc pas classer les crèches et écoles avec ces deux paramètres. Ceci s’explique, selon Airparif, par la multitude des sources de PM2.5 non liées au trafic routier et qui engendre une plus grande homogénéité dans Paris et son agglomération que les niveaux de NO2 qui augmentent eux avec le trafic.
Le rapport « confirme l’importance de disposer d’un dispositif de surveillance performant basé sur un ensemble d’outils de références (réseau de stations de référence, cartographies, campagne de mesures…) pour valider la qualité des données produites par les micro-capteurs. »
*Observatoire indépendant de la qualité de l’air en Île-de-France

Source : https://www.airparif.asso.fr/sites/default/files/pdf/Rapport_Bloomberg_Complet_pourleweb.pdf
 
Publié le 25 juin 2021
Mis à jour le 25 juin 2021