Syndrome du bébé secoué : comment le repérer et l'éviter ?

Pour éviter syndrome du bébé secoué ou SBS, la prévention est la clé. Une prévention qui s’adresse aux familles bien sûr mais aussi aux professionnels de la petite enfance, tant pour eux-mêmes que pour s’en faire l’écho auprès des parents des enfants qu’ils accueillent. Le point avec Anne Laurent-Vannier, médecin, à l’origine des recommandations aux professionnels sur le diagnostic du SBS promues en 2011 par la Haute Autorité de Santé et actualisées en 2017.
C’est quoi le syndrome du bébé secoué (SBS) ?
Ce qu’il faut déjà savoir, c’est qu’il s’agit d’un geste d’une grande violence. Il n’y pas de « petits » ou « grands » secouements, il y a des secouements. Point. Et ils sont extrêmement dangereux. Anne Laurent-Vannier le définit de la sorte : « c’est lorsqu’un adulte empoigne un bébé par le thorax ou par les extrémités des membres et le secoue très violemment. » Ce secouement impulse des mouvements rotatoires violents de la tête d’avant en arrière et d’arrière en avant, qui provoquent un traumatisme crânien. Et parfois même la mort.

Les enfants concernés ont presque toujours moins d’un an. On estime qu’ils sont plusieurs centaines par an à être victimes du syndrome du bébé secoué. « Mais cette estimation est sous-évaluée, affirme le médecin, car le diagnostic n’est pas forcément toujours posé ». Quoiqu’il en soit, 75% des enfants qui ont été secoués gardent des séquelles à vie et plus de 10% en meurent.

Des conséquences immédiates et retardées
Lorsqu’un bébé est secoué, il peut y avoir plusieurs conséquences visibles immédiates :
- Le bébé est assommé
- Troubles de la conscience qui peuvent aller jusqu’au coma
- Troubles respiratoires, voire même arrêt respiratoire
- Troubles du tonus. L’enfant est tout mou, il tient moins bien assis, il est « comme une poupée de chiffon »
- Grande pâleur
- Convulsions
- Vomissements

Il existe des veines dites « veines ponts » qui vont du cerveau jusqu’au crâne. Lorsque le bébé est secoué, ces veines se rompent. Le sang se répand alors en nappe dans le cerveau : c’est l’hématome sous-dural, c’est-à-dire le traumatisme crânien. Cela provoque une hypertension intracrânienne qui donne lieu à des symptômes, comme un enfant qui devient geignard parce qu’il a mal ou qui mange moins bien, qui vomit mais sans fièvre… Parfois, il peut même y avoir l’apparition d’un strabisme. Autant de symptômes qui, vous professionnels de la petite enfance, doivent vous alerter si vous les constatez.

Plus tard, les séquelles peuvent être très lourdes. Pourquoi ? Parce que c’est le cerveau qui est directement endommagé. Les séquelles sont souvent sévères  :
- Hémiplégie
- Déficience intellectuelle
- Trouble du comportement
- Trouble de l’attention
« Dans 70% à 80% des cas, il y a aussi des hémorragies de la rétine », explique Anne Laurent Vannier. Car quand le bébé est secoué, ses yeux aussi le sont. Et cela peut provoquer une cécité à vie.

Eviter le syndrome du bébé secoué, c’est possible
« Etre exaspéré par un bébé, c’est humain, cela peut arriver à tout le monde, mais le passage à l’acte n’est le fait que de certains », insiste le médecin. Parfois, des parents ou même certains professionnels sont dépassés par un enfant, plus qu’un autre. Dans ce cas, parlez-en ! Trouvez de l’aide auprès de vos collègues, du RAM, de la PMI, du psychologue de la structure… « Ce n’est pas une faiblesse que d’être en difficulté devant un enfant », rappelle Anne Laurent-Vannier. Donc parlez-en ! Et dans le cadre ce vos relations avec les parents, n’hésitez pas à leur dire qu’ils peuvent (comme vous d’ailleurs si vous vous sentez isolée) appeler des numéros verts comme celui d’Enfance et Partage où des experts peuvent les (vous) écouter et les (vous) aider : 0 800 00 34 56.

Il y a également des périodes dans la journée qui sont plus stressantes que d’autres, notamment pour les assistantes maternelles, qui sont seules avec parfois 4 enfants ! L’heure du déjeuner peut être difficile : il faut préparer le repas, le donner à l’un, aller récupérer un troisième à l’école, se dépêcher de rentrer, se dépêcher de le ramener à l’école, se dépêcher de revenir pour mettre les autres à la sieste… Une course effrénée qui peut générer beaucoup de stress. Pensez donc à identifier ces périodes de la journée pour les anticiper et préparer tout ce que vous pouvez en amont pour vous soulager.

« Quoiqu’il en soit, si un bébé vous exaspère, ne le gardez surtout pas dans vos bras », conseille le médecin. « Placez-le dans son lit, sur le dos, en sécurité, et quittez la pièce »,  poursuit-elle. De cette façon, vous pourrez aller souffler dans une autre pièce, reprendre la maitrise de vos émotions, vous calmer. Et une fois apaisé, vous pourrez aller retrouver le bébé.

Jouer n’est pas secouer
Le secouement est un geste très particulier. A ne pas confondre avec le jeu qui consiste à le lancer en l’air et à le rattraper. Vous comprendrez vite la différence en regardant ces deux vidéos.
Ici, la personne joue avec le bébé. Là, elle le secoue. (voir en fin d'article les deux vidéos)
Vous pouvez observer que dans le jeu, la tête ne bouge quasiment pas, les membres non plus. Pourquoi ? Parce que les bras de l’adulte accompagnent le bébé à la montée et à la descente.
Lors du secouement en revanche, la tête est secouée dans tous les sens ainsi que les membres.

Alors pas question d’arrêter de jouer avec les enfants. Le jeu est nécessaire à leur développement ! Mais si vous vous sentez à un moment dépassé, mettez-le en sécurité. Et partez dans une autre pièce. Avoir envie de secouer un bébé peut arriver. Passer à l’acte ne doit JAMAIS arriver. C’est un message fort qui s’adresse à tous les adultes, quel qu’ils soient, qui sont en contact avec des bébés et de très jeunes enfants. A quelque titre que ce soit.


Pour aller plus loin : le site de la prévention du syndrome du bébé secoué

Pour en savoir plus

Article rédigé par : Laure Marchal
Publié le 08 juillet 2018
Mis à jour le 08 juillet 2018
Les recommandations de la HAS de 2017 (comme de 2011) ne vont strictement rien changer sur le terrain. La réalité est et reste la même : aucun professionnel de la petite enfance (ni les psychologues, ni les médecins) ne reçoit de formation initiale sur les pleurs du tout-petit. Résultat : aucun programme réel de prévention vis-à-vis des parents au cours de la grossesse ou en maternité. Le Dr Laurent-Vanier ne fait pas référence aux pleurs du soir (appelés improprement "coliques") qui peuvent toucher 20 à 30 % des nouveau-nés pendant les 3 premiers mois. Où est l'information dans votre article? Quelles informations - conseils sont donnés aux parents ? Cette vision purement médicalisée est très utile pour une autopsie ou pour des urgentistes, mais ces recommandations de l'HAS ne sont d'aucune utilité pour aider les parents ou les professionnels au quotidien. Leur référence à la formation continue ne porte que sur les aspects médicaux propres au SBS... Je trouve cela honteux de continuer ainsi à encourager la maltraitance familiale ou institutionnelle sans promouvoir à grande échelle dans tous les instituts de formation de la petite enfance (du CAP petite enfance aux études de puéricultrices), en faculté de médecine ou de psychologie, une vraie psychopédagogie qui puisse aider parents et professionnels face à une difficulté quotidienne à domicile en famille (ou en accueils individuels et collectifs). Plus de 6000 professionnels de la petite enfance ont suivi mes formations sur les pleurs et 99% d'entre eux n'ont jamais eu de cours sur les pleurs des tout-petits (quelque soit le niveau d'étude) ! Quand va-t-on enfin aider parents et professionnels à mieux comprendre les pleurs du tout-petit, à les accompagner avec bienveillance ? Certainement pas à coup d'anatomopathologie quand il est trop tard, il me semble... Ces dernières recommandations de l'HAS reflètent tristement l'absence totale de compréhension sur le pourquoi des pleurs et les moyens de vraiment remédier aux violences qu'ils suscitent. Eric Binet