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Le mégalérythème épidémique : une 5ème maladie à surveiller

S’il s’invite plutôt chez les enfants de âgés de 4 à 11 ans, le mégalérythème épidémique reste une infection éruptive virale infantile – dite classiquement « cinquième maladie » – qu’il ne faut pas négliger en établissement d’accueil du jeune enfant. Portrait de cette 5ème maladie qui gagne à être connue et prévenue avec le Dr. Sylvie Hubinois, pédiatre.

Le mégalérythème épidémique est généralement une infection bénigne, mais qui peut avoir des conséquences chez certaines personnes à risque et tout particulièrement chez les professionnelles enceintes. Une épidémie de B19V de forte ampleur a touché la France en 2023 et 2024 avec un pic en mars 2024 avait informé Santé publique France dans son bulletin de juin 2024 signalant une augmentation des infections materno-fœtales et des hospitalisations en réanimation pédiatrique.

À quoi est due la 5ème maladie ?

Plutôt rare chez les enfants avant 2 ou 3 ans, le mégalérythème épidémique est une infection virale due au parvovirus B19 (B19V). Ce serait la 5ème infection éruptive chez l’enfant à avoir été découverte. Elle « apparaît généralement après quelques jours d’incubation, » explique le Dr. Sylvie Hubinois, pédiatre et ancienne présidente de l’AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire). « Les premiers symptômes de la maladie sont des rougeurs apparaissant sur les joues avec des plaques en relief, comme si on avait mis une bonne paire de claques à l’enfant, » continue-t-elle. Le mégalérythème s’étend ensuite sous forme de macules légères sur les jambes et les bras, voire le torse, plus discrètement. En moyenne, l’éruption dure entre 8 et 10 jours et l’enfant peut ensuite être amené à faire des « rechutes » pendant 15 jours à 3 semaines. Pourtant, le mégalérythème ne doit pas inquiéter : généralement complètement bénin, il n’implique ni éviction, ni traitement, si ce n’est parfois l’administration d’antipyrétiques pour apaiser la fièvre.

Quels sont les symptômes de la maladie ?

La maladie est asymptomatique dans un quart des cas environ ou débute par une fièvre modérée, des maux de tête et des douleurs musculaires puis deux jours plus tard par une éruption. L’incubation varie de de 4 à 21 jours. Les rougeurs apparaissant sur les joues avec des plaques en relief et un « aspect de  joue giflée » on parle aussi de « signe du soufflet ». L’éruption s’étend ensuite de façon symétrique sous la forme de « lésions réticulées » à l’aspect en dentelle  au niveau des  avant-bras et des cuisses.

En moyenne, l’éruption dure entre 8 et 10 jours et l’enfant peut ensuite être amené à faire des « rechutes » pendant 15 jours à 3 semaines sous l’effet de la chaleur (bain, friction, soleil, exercice physique). La maladie ne fait l’objet ni de mesure d’éviction, ni de traitement, si ce n’est parfois l’administration d’antipyrétiques pour apaiser la fièvre. La bonne nouvelle c’est que l’infection confère une immunité à vie.

Des complications parfois

Le mégalérythème épidémique doit tout de même être surveillé de près, à la crèche comme chez l’assistante maternelle. En effet, « le virus, qui se transmet généralement par la salive ou par contact avec des objets que les enfants ont mis à la bouche (et plus rarement par voie sanguine), peut être responsable d’épidémies en collectivité, » rappelle la pédiatre. Le problème : non seulement l’enfant contaminé est contagieux avant le début de l’éruption, mais la maladie peut souvent passer inaperçue, donnant lieu à des éruptions atypiques ou si discrètes que le diagnostic est difficile à poser.

L’infection est bénigne dans la majorité des cas mais peut entrainer des complications graves chez les personnes souffrant d’anémie hémolytique chronique(anémie falciforme, thalassémie ou autre maladie de l’hémoglobine) ou immunodéprimées. « Les enfants ayant des anomalies de l’hémoglobine peuvent être amenés, s’ils sont contaminés, à faire des anémies aigues, » souligne le Dr. Hubinois. On conseille à ces personnes de consulter leur médecin si elles ont été en contact avec une personne infectée par la cinquième maladie.

Attention si vous êtes enceinte

Il existe un passage transplacentaire du virus au fœtus d’environ 25 à 30% avec un risque de complication variable selon le terme de la grossesse. Mais pas de panique !  Dans la grande majorité de ces cas, l’atteinte fœtale est sans conséquence. À savoir : 50 à 65 % des femmes enceintes ne sont pas immunisées.

Comment se transmet la maladie ?

En EAJE, directement par voie respiratoire via les gouttelettes de salive par contact indirect avec des objets contaminés portés à la bouche.

Comment prévenir le mégalérythème épidémique

L’enfant est contagieux 7 jours avant l’apparition des rougeurs. Quand l’éruption apparait, il n’y a plus de risque de contagion d’où la difficulté d’éviter la propagation de la maladie en collectivité ! Si l’ enfant présente des rougeurs, les parents doivent en aviser la structure.  Aucun vaccin ne protège de la 5e maladie. Le meilleur moyen de prévenir sa transmission reste de:

  • Porter une attention toute particulière au lavage des mains et utiliser une solution hydro-alcoolique régulièrement,
  • Nettoyer les sécrétions nasales à l’aide de mouchoirs jetables, à disposer après usage dans une poubelle ayant un couvercle,
  • nettoyer soigneusement les surfaces sur lesquelles évoluent les enfants et porter une attention toute particulière aux jouets et autres objets en contact avec les sécrétions salivaires de l’enfant (vaisselle, linge de maison, etc.)
  • Limiter au maximum les échanges entre les enfants malades et les petits à risques.
  • En cas de plaie, utiliser des gants jetables lors des soins et désinfecter les surfaces utilisées. En cas de contact avec du sang, le risque de transmission par cette voie est minime. Laver soigneusement les mains avec du savon et de l’eau, les muqueuses avec du sérum physiologique.
  • Renforcer la mise en place des mesures d’hygiène en cas d’épidémie ou de cas groupés.
  • Prévenir les parents des autres enfants, notamment en cas de grossesse dans la famille.
  • Pour les professionnelles enceintes, limiter au maximum les contacts avec l’enfant malade, voire déléguer toute prise en charge le temps de l’éruption.
  • Pour protéger les mères des enfants accueillis qui seraient enceintes, un affichage informatif de l’affection peut être mis en place.

L’article a été mis à jour par Isabelle Hallot avec les conseils du Dr Ordioni, pédiatre. 

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PUBLIÉ LE 28 février 2017

MIS À JOUR LE 11 mars 2025

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