L'herpès chez les petits : la vigilance s'impose !

Avec ses boutons de fièvre connus de tous, l'herpès peut paraître presque commun. Pourtant, cette infection virale peut avoir des conséquences très graves sur les enfants accueillis, d'où l'importance d'une prévention et d'un accompagnement scrupuleux de la part des professionnelles. Le point avec le Dr. Nathalie Gelbert, pédiatre à Chambéry.
L'herpès : un virus plus dangereux qu'il ne paraît
L'herpès est une infection virale due à l'herpès simplex. Il se classe traditionnellement en deux catégories : - l'herpès de type 1 (HSV-1), qui circule le plus communément dans les lieux d'accueil du petit enfant et dont la manifestation la plus connue est le fameux bouton de fièvre,  - beaucoup plus rare chez les enfants en bas âge, l'herpès de type 2 (HSV-2), sexuellement transmissible, est le plus souvent contracté par les nourrissons via la mère, lors de l'accouchement. Si l'herpès est très répandu et bien souvent sans conséquence (80 % des enfants y sont exposés avant l'âge de 5 ans, 90 % des adultes sont immunisés (1)), en collectivité, il doit être surveillé de près à deux titres. D'abord, les nourrissons de moins de 3 mois ou certains enfants à risque - souffrant d'eczéma atopique, ayant des déficits immunitaires - sont plus susceptibles d'en développer des formes graves. Dans des cas heureusement exceptionnels, celles-ci donnent lieu à des encéphalites herpétiques engageant la santé et le bien-être de l'enfant à long terme.

Une primo-infection parfois impressionnante
Ensuite, l'herpès peut nécessiter un suivi particulièrement sérieux. En effet, lorsque l'enfant est à son contact pour la première fois (on parle alors de primo-infection), le virus se manifeste parfois par une gingivo-stomatite herpétique. « En cas de stomatite, toute la sphère buccale de l'enfant entre dans un état très inflammatoire » explique le Dr. Nathalie Gelbert, pédiatre et membre de l'AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (2)). « Les gencives sont gonflées, saignent et des ulcérations apparaissent dans la bouche. On pourrait les comparer à une série d'aphtes sur fond rouge » continue-t-elle. Le problème : la gingivo-stomatite est extrêmement douloureuse pour les tout petits. « Elle dure généralement entre 4 jours et une semaine et occasionne souvent des refus de s'alimenter tant elle fait mal. Dans les cas les plus sévères, une hospitalisation peut être indiquée en cas de déshydratation » souligne le Dr. Gelbert.
Comment accompagner ces petits ? La question peut être ardue pour des professionnelles bien souvent désarçonnées face à des enfants en souffrance. Le bon réflexe : suivre à la lettre l'ordonnance du médecin pour l'administration d'antalgiques (le paracétamol est généralement insuffisant, l'ibuprofen conseillé) ou d'antipyrétiques et faire le point avec les parents. « L'éviction en cas d'herpès n'est pas obligatoire car la contagiosité n'est pas très élevée [...]. En effet, le virus ne survit pas longtemps dans l'environnement d'accueil et il faut un contact proche pour le contracter. Par contre, pour le confort de l'enfant, en cas de stomatite, il est recommandé de le garder à la maison le temps que les symptômes passent »précise la praticienne.
 
L'herpès : une maladie à résurgences
Après la phase de primo-infection, les enfants contaminés par l'herpès peuvent - mais ce n'est pas systématique - avoir des résurgences de la maladie, souvent identifiables aux boutons de fièvre. Ceux-ci apparaissent alors généralement en période "de crise" (grande fatigue, stress, etc.), leur fréquence et leur forme pouvant différer. C'est dans ces moments (et plus encore en cas de stomatite) que la contagiosité est la plus élevée. À noter toutefois : certaines infections peuvent être asymptomatiques et donc passer complètement inaperçues, sans compter que "la période d'incubation dure de 2 à 20 jours et que les enfants sont alors déjà contagieux," rappelle la pédiatre. Face à ce virus bien difficile à cerner, un seul mot d'ordre pour limiter la contagion : la prévention.

Herpès en crèche : mieux vaut prévenir que guérir !
Sur le lieu d'accueil, l'herpès se transmet de 2 manières : par contact direct (lésions cutanées, voies salivaires) ou indirectement, à partir d'objets que les enfants ont porté à la bouche. Il est donc essentiel d'adapter ses gestes du quotidien pour en tenir compte. Les conseils de la pédiatre :
• En cas d'herpès, se laver les mains plus fréquemment qu'à l'accoutumée et utiliser une solution hydro-alcoolique de manière systématique après le change et les soins, pour tous les enfants. Face à un petit "en crise", toujours utiliser des gants jetables au moment du soin, particulièrement de la zone buccale. Veiller ensuite à jeter immédiatement ces gants avant de toucher tout autre objet.
• Changer ou nettoyer (à 60°C ou plus) les biberons, verres, couverts, serviettes et le linge de maison très régulièrement. Porter une attention particulière à ce qu'ils fassent l'objet d'un usage unique et individuel (ne pas partager une serviette entre plusieurs enfants, par exemple).
• Nettoyer rigoureusement et quotidiennement les surfaces où évoluent les enfants en insistant sur les poignées de porte, téléphones et jouets.
•  Mettre les enfants à risques à distance des enfants contagieux, quand cela est possible.
• Si un enfant présente un bouton de fièvre, conseiller aux parents de mettre un pansement sur la lésion avant l'arrivée sur le lieu d'accueil afin de limiter les contacts directs avec le virus.
• Ne pas oublier que la contamination peut se faire entre un adulte porteur et les enfants accueillis. Si vous avez des résurgences d'herpès, attention à ne pas embrasser les enfants, à porter a minima un pansement sur le ou les boutons, voire un masque au cours de la journée de travail.

Pour aller plus loin 
Consulter le Guide pratique collectivités de jeunes enfants et maladies infectieuses
(1) Source : http://www.chu-rouen.fr/mtph/fiches/HERPES.pdf
(2) Le site de L'association Française de pédiatrie

 
Article rédigé par : Véronque Deiller
Publié le 07 février 2017
Mis à jour le 04 mars 2018