Tout savoir sur le syndrome du biberon ou carie précoce de l’enfant

La carie précoce de l’enfant (CPE) désigne la survenue de caries dentaires, chez des enfants avant 6 ans. Elle est dite sévère quand elle survient avant l’âge de 3 ans et qu’elle répond à certains critères (de nombre et de localisation). Ces caries touchant les dents de lait, doivent être prévenues, le cas échéant repérées le plus tôt possible et traitées. Dans le cas contraire elles peuvent avoir des répercussions sur la santé et la qualité de vie de l’enfant mais aussi sur les dents définitives en devenir. Des conseils d’hygiène orale et d’alimentation associés à un suivi régulier par le chirurgien-dentiste permettent de les éviter.
A quoi sont dues les caries précoces ?
Les caries précoces de l’enfant sont favorisées par différents facteurs :
  • une contamination bactérienne  
La carie est avant tout une maladie bactérienne. La bouche de l’enfant à la naissance n’est pas colonisée par des bactéries pathogènes. Ce « partage » de microbes  se fait via les parents et/ou l’entourage. Par exemple quand le parent met la petite cuillère de l’enfant dans sa bouche pour tester la température, qu’il suce sa tétine pour la nettoyer ou qu’il l’embrasse l’enfant sur la bouche… mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi que l’enfant reçoive :
 
  • une alimentation sucrée
Ces sucres dits « fermentescibles » se transforment en acides avec les bactéries. Cette baisse de pH engendrée dans la bouche joue sur l’émail des dents en le déminéralisant. Le mécanisme est d’autant plus rapide sur les dents temporaires en raison de la faible épaisseur d’émail. Ces sucres sont soit visibles, soit cachés et on les retrouve dans beaucoup d’aliments sous différentes formes : le lait, les jus de fruits, les gâteaux secs, les chips, le pain… 
Certains médicaments en contiennent également (homéopathie, certains sirops) d’autres favorisent le développement des caries (certains médicaments inhalés). Pour éviter la survenue de caries liées aux médicaments on recommande de rincer la bouche de l’enfant à l’eau après la prise de ceux-ci.
 
  • Des mauvaises habitudes 
Le risque est d’autant plus grand si les parents ont pris l’habitude de donner un biberon de lait – d’où l’ancienne appellation « syndrome du biberon » de la carie précoce -, de l’eau avec du sirop ou un jus de fruit, voire un gâteau sec ou une tétine trempée dans du miel (vivement déconseillé pour les moins de 1 an en raison du risque de botulisme) au coucher. Cette habitude, facilitant l’endormissement de l’enfant grâce au sucre, entraîne lorsqu’elle est répétée, le développement de caries presque systématiquement ! 
Si vous avez repéré ce type d’habitude, n’hésitez pas à en parler avec les parents et insistez sur le fait que cela peut avoir des répercussions sur les dents de leur enfant.
 
  • Incriminé aussi, le grignotage 
Une acidification constante de la bouche ne permet pas à l’émail de se reminéraliser. Pour éviter cette production acide due aux sucres, il est conseillé de suivre les recommandations nutritionnelles du PNNS pour les 0-3 ans concernant la diversification et les prises alimentaires. Parmi celles-ci : les 4 prises alimentaires (petit déjeuner, déjeuner, goûter et dîner), pas de grignotage en dehors des repas et  de l’eau comme seule boisson au coucher. 
 
  • Attention à l’allaitement à la demande
S’il est fortement conseillé pour ses bienfaits, l’allaitement maternel à la demande (plusieurs fois par jour et par nuit), en plus des repas quotidiens, présente aussi un risque. A partir de 6 mois – 1 an, après l’éruption des dents de lait, son ingestion trop fréquente va acidifier le milieu buccal en permanence. Il peut toutefois être poursuivi mais au moment d’un repas (en complément). Le lait maternel contient également du sucre, et même s’il est moins cariogène que les préparations infantiles il présente un risque. Lorsque l’arrêt de l’allaitement à la demande après l’éruption des dents de lait et la mise en place des 4 repas n’est pas possible ou souhaitée, on conseille aux mamans de nettoyer les dents de l’enfant soit avec une compresse mouillée d’eau soit avec une lingette au xylitol (Spiffies® en pharmacie), soit de les brosser après chaque prise.
 
  • Une hygiène bucco-dentaire insuffisante 
Une bonne hygiène bucco-dentaire est indispensable pour éviter la formation de caries. Le nettoyage des dents de l’enfant doit débuter dès la sortie des 1ères dents de lait et au moins une fois par jour au départ après le dernier repas du soir et avant le coucher. On trouve dans le commerce des brosses spéciales 1ères dents adaptées aux enfants. Important aussi le fluor dans les dentifrices. Certains dentifrices bio (ou fait maison) n’en contiennent pas et majorent le risque de développer des caries ! Rappelons que depuis plusieurs années, il n’est plus recommandé aux médecins de prescrire des compléments fluorées (gouttes) chez les tout-petits et que les apports locaux (dentifrices) sont préférables. Avant un an, on applique une trace de dentifrice fluoré (adapté à l’âge) sur la brosse, à 18 mois la valeur d’un petit pois. Le brossage doit être réalisé par les parents au moins jusqu’à 3 ans dans l’idéal matin et soir puis complété et supervisé jusqu’à 8 ans.
 
  • Une susceptibilité inégale entre les individus
Différents facteurs (modifiables ou non) entrent aussi en ligne de compte: génétiques, culturels, sociaux économiques… 

Comment repérer et traiter une carie précoce?
La particularité de ce type de caries est qu’elles se propagent rapidement et qu’elles provoquent des douleurs qu’une fois l’atteinte déjà avancée. Il faut donc les dépister rapidement. Dans le cas contraire, elles évoluent en plusieurs stades pouvant affecter différentes parties de la dent.
Au stade initial, seul l’œil averti du chirurgien-dentiste peut les détecter. On recommande donc aux parents de le consulter dès la sortie de la première dent et au plus tard à un an. 
Elles se manifestent par des lésions de déminéralisation d’aspect blanc crayeux, opaque, au niveau des surfaces lisses des incisives supérieures. Ce stade ne provoque ni douleurs ni répercussions générales, mais il est réversible.
Au cabinet, le chirurgien-dentiste pratiquera un nettoyage de la dent atteinte puis appliquera un vernis fluoré. Ces lésions débutantes, une fois soignées ne s’aggravent pas si l’on maintient les bonnes habitudes alimentaires et d’hygiène orale !  

Si rien n’est fait, l'infection bactérienne progresse
En l’absence de prise en charge, les lésions progressent et deviennent plus profondes et colorées (orange, marron, noir) avec une atteinte de la pulpe (nerf de la dent). L’évolution peut se faire vers une nécrose pulpaire (mort du nerf de la dent), un abcès voire une infection grave des tissus entourant les dents (cellulite faciale). Et s’accompagne généralement d’une douleur vive à la mastication. 

Un retentissement important pour l’enfant
Les répercussions fonctionnelles sont fréquentes au niveau de la mastication, de la déglutition, de la digestion, respiration ou phonation. De même, elles peuvent être esthétiques et psychologiques. Si à un stade initial la prise en charge peut être simple et rapide, à un stade avancé le chirurgien-dentiste est souvent contraint d’endormir complètement l’enfant (anesthésie générale) si le nombre de dents à traiter est trop important ou si l’enfant est trop jeune ; les soins peuvent aussi être réalisés sous sédation consciente au MEOPA. De l’acte préventif, au soin en passant par la dévitalisation des dents de lait voire la pose de prothèses (couronne, prothèse amovible) tous les actes sont envisageables pour accompagner la croissance de l’enfant dans les meilleures conditions. Il reste cependant primordial que de bonnes habitudes alimentaires et d’hygiène soit mises en place pour éviter les récidives.

Un suivi régulier dès les premières dents
On recommande aux parents de regarder dans la bouche de leur enfant au moins une fois par mois et de consulter s’ils perçoivent un changement même minime. L’idéal étant de montrer les dents de l’enfant au chirurgien-dentiste dès l’âge d’un an et 1 à 2 fois par an selon que le risque est faible ou élevé.

Merci au Dr Thomas Marquillier Maitre de Conférences des Université - Praticien Hospitalier en odontologie pédiatrique - Spécialiste qualifié en médecine bucco-dentaire.
 
Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 04 décembre 2020
Mis à jour le 04 décembre 2020