Les fiches premiers secours

Comment réagir face à un enfant diabétique

En général, quand vous accueillez un petit enfant souffrant de diabète, vous le savez. Les parents vous ont prévenu, et il bénéficie probablement dans PAI (projet d’accueil individualisé). Néanmoins, il y a différents gestes précis que vous devez connaître. Et surtout vous devez être capable d’adopter les bonnes attitudes si le petit enfant (on peut détecter le diabète chez des bébés dès un an) a un malaise sur son lieu d’accueil.
Le diabète des « petits » est un diabète dit « insulino dépendant » du fait de diminution de la sécrétion d’insuline par le pancréas. Il peut donner lieu selon les situations à deux types de variations du taux du sucre : les hypoglycémies et les hyperglycémies. Une hypoglycémie est définie par un taux de sucre dans le sang inférieur à 1g/litre. Une hyperglycémie est définie par un taux de sucre dans le sang supérieur à 1g/litre. Ces deux chiffres sont trop stricts ; les chiffres de 0,8 g/litre et 1.2g/litre sont plus réels.

Trois règles d’or si vous accueillait un enfant diabétique
  1. Tout enfant diabétique connu faisant un malaise, ayant un comportement anormal, doit bénéficier d’un dosage capillaire de la glycémie : le dextro.
  2. Tout enfant diabétique doit avoir à portée son traitement, l’appareil testeur de glycémie, du sucre en poudre et une boisson sucrée et une ampoule de GLUCAGON avec seringue et aiguille.
  3. Tout enfant diabétique malade (bronchite, gastro entérite…) nécessite des dosages de glycémie répétitifs (4 par jour, avant les repas et au coucher) afin de pouvoir adapter les doses d’insuline injectées.
Comment reconnaître une hypoglycémie ?
Les hypoglycémies sont reconnaissables très rapidement. Elles provoquent des malaises de gravité différente et nécessitent toujours des gestes d’urgence.
L’enfant ressent une sensation de faim, transpire, présente des tremblements des mains : c’est à priori une hypoglycémie simple.
L’enfant présente, en plus des signes précédents, des vertiges, une agressivité, une diminution de sa réactivité pouvant aller jusqu’au coma, des convulsions : c’est une hypoglycémie sévère.
L’hypoglycémie simple peut rapidement évoluer vers une hypoglycémie sévère : il est donc urgent de traiter l’enfant rapidement.

Que faire devant une hypoglycémie ?
Réaliser un dextro afin de quantifier le taux de sucre dans le sang : plus le taux sera bas, plus les signes seront à priori démonstratifs et  plus les risques - essentiellement neurologiques- seront importants. 
  • Si l’enfant est conscient, il faut lui donner une cuiller à soupe de miel, de confiture, des boissons sucrées (eau sucrée, jus de fruits). Doucement mais sûrement, ne pas provoquer de fausse route ! 15 minutes après le resucrage, il est nécessaire de refaire un dextro, afin d’évaluer la réactivité à ce resucrage. Si une dose trop importante d’insuline a été injectée, que l’enfant a fait un effort ou vomit (gastro entérite), la glycémie peut continuer à baisser : il faut alors refaire les mêmes gestes que ceux décrits ci-dessus et répéter les dextro toutes les 15 minutes et surveiller l’évolution de la conscience du petit (30 minutes si l’enfant s’améliore). Une hypoglycémie simple nécessite un avis médical dans les heures à venir, sauf si celle-ci ne cède pas au traitement. Appeler le SAMU : 15.
  • Si l’enfant est inconscient, surtout ne rien lui donner à boire ou à manger ! Il faut placer l’enfant en position latérale de sécurité (sur le côté droit, à plat donc sans coussin), puis lui injecter dans une cuisse 1 ampoule de GLUCAGON. L’enfant peut convulser, ou être agité, il faut donc le maintenir afin d’éviter toute chute. Il est impératif d’appeler le SAMU : 15. Le GLUCAGON, injecté en intra musculaire, agit en 20 à 30 minutes. C’est le temps nécessaire pour que le SAMU arrive sur les lieux. Ce temps est un temps de surveillance constante, permettant de faire face à des vomissements, des convulsions…
Tous ces gestes doivent être effectués au calme et avec calme. L’enfant conscient est inquiet, de par le malaise ressenti et de par le stress neurologique induit par l’hypoglycémie.
A savoir : Les écarts de régime (alimentation restreinte), les vomissements et diarrhée, les efforts physiques favorisent les hypoglycémies : il faut avant tout  que les parents pensent à adapter les doses d’insuline à l’état de santé de l’enfant.
Attention, après resucrage, si les dextro montrent des glycémies élevées, surtout ne pas injecter d’INSULINE !

Comment reconnaître et traiter une hyperglycémie 
Les hyperglycémies ne sont que très rarement des urgences. Beaucoup plus insidieuses, elles se manifestent en cas d’excès alimentaires - bonbons, pâtisseries, sodas -, de maladie infectieuse et de traitements à base de corticoides (bronchite asthmatiforme par exemple)…
L’enfant a soif car il urine beaucoup afin d’évacuer le sucre ! Puis, après plusieurs jours, il maigrit…et enfin, il présente, en cas de non réactivité parentale ou médicale devant les troubles cités, un coma, dont le plus fréquent est le coma acido-cétosique.
A l’inverse du coma hypoglycémique, c’est un « coma calme », sans convulsions, l’haleine a l’odeur de la « pomme verte ». La glycémie est en général supérieure ou égale à 6g/litre. Une hospitalisation s’impose à l’évidence. A la phase de coma, le temps d’arrivée des secours, il faut positionner l’enfant en position latérale de sécurité et effectuer un dextro.

A éviter absolument
 
  • Injecter de l’INSULINE  peut être dangereux, notamment en cas d’hypokaliémie (baisse du potassium), l’insuline faisant baisser le potassium sanguin.
  • Donner à boire ou à manger peut provoquer des fausses routes et des troubles respiratoires majeurs.

Un enfant comme les autres

Un petit enfant diabétique, à ce jour des possibilités de la médecine, sera diabétique à vie. Il est évident que cet enfant puisse en souffrir psychologiquement. Une prise en charge « psy » peut être nécessaire et, une fois les risques pris en compte, le diabète équilibré par l’hygiène de vie et le traitement, il est impératif de ne pas mettre ce petit « de côté » : il est porteur d’une maladie mais n’est pas malade au quotidien !

Par
Dr Pierre-Emmanuel Lebas, médecin-urgentiste
Modifié le 07 août 2017