Campagne « Pas d’écran avant 3 ans » : 10 ans déjà

La grande campagne annuelle du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) « Pas d’écran avant 3 ans » aura lieu du 19 au 21 octobre. Elle sera diffusée sur les tous les médias aux heures de grande écoute. C’est déjà sa dixième édition, l’occasion pour le CSA de faire le bilan sur les actions menées et à venir concernant la prévention des risques liés à l’exposition des jeunes enfants aux écrans.

Un message qui a fait son chemin dans la conscience collective
Ce projet de campagne a fait suite à un avis de la Direction Générale de la Santé sur les risques liés à la commercialisation de programmes étrangers à destination des jeunes enfants. Ainsi lors de sa délibération du 22 juillet 2008, le CSA a pris deux engagements forts : contrôler strictement les services audiovisuels hors France pour les moins de 3 ans, qui ont maintenant interdiction de faire leur promotion et doivent informer les utilisateurs des risques liés à cet usage. D’autre part, interdire aux éditeurs français de concevoir et de diffuser ce type de programmes. Ce fut alors « une décision importante et difficile » précise Carole Bienaimé-Besse, membre du CSA et présidente du groupe de travail « Protection de la jeunesse ». Qui s’est donc accompagnée du lancement de la campagne d’intérêt public « Pas d’écran avant 3 ans ».
Si le message a reçu à l’époque un accueil controversé, il fait aujourd’hui consensus. « C’est une campagne vitale pour la santé psychique de l’enfant et une plus grande responsabilisation des parents, » assure-t-elle. En effet les études montrent qu’une surexposition des enfants aux écrans d’une part les prive de leur besoin d’exploration et d’expérimentation, d’autre part peut entraîner de graves conséquences sur leur développement : troubles du langage, de la concentration, du comportement, du sommeil, de la vision, obésité…

Des enjeux de santé publique qui ont évolué
Mais depuis, les enjeux de protection de la jeunesse se sont élargis. Du simple poste de télévision, les foyers sont passés en moyenne à 5 écrans différents. Aujourd’hui « les risques sont plus diffus et moins maîtrisables » souligne Olivier Schrameck, président du CSA. Pour améliorer son action, le CSA poursuit son travail sur deux grands axes : élargir et moduler son intervention, développer l’expertise pour les jeunes dans leur ensemble ; renouveler ses méthodes. « L’usage des écrans par l’enfant doit être accompagné sur tout le chemin vers sa vie d’adulte, » explique-t-il. Ainsi un petit dépliant à destination des parents et des professionnels de la santé comme de la petite enfance va être diffusé. Intitulé « Utiliser les écrans ça s’apprend », il donne des conseils sur la manière d’accompagner l’enfant dans l’usage des écrans selon chaque tranche d’âge. Les crèches, centres de Protection Maternelle Infantile (PMI) et cabinets de médecin sont notamment invités à s’en saisir pour les mettre à disposition des parents. L’objectif « n’est pas d’aiguiser le sentiment de culpabilité des parents, a cependant nuancé la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn. Etre parent est une mission difficile. »

Multiplication des actions
La ministre a rappelé l’engagement des pouvoirs publics sur ces thématiques. Depuis sa refonte début 2018, le carnet de santé de l’enfant intègre des recommandations sur l’usage des écrans. Le Plan National de Santé Publique « Priorité Prévention » lancé en mars 2018 donne des repères sur le sujet à destination des personnes entourant l’enfant. Le Haut Conseil de la santé publique a été saisi le 1er août dernier pour émettre un avis sur l’usage des écrans des enfants de 0 à 18 ans, en particulier les 0-6 ans. Et d’annoncer que le Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Age (HCFEA) doit engager une réflexion dessus au premier trimestre 2019. Sans oublier les états généraux des usages du numérique chez les tout-petits qui se tiendront le 5 novembre prochain à Paris.


Pour aller plus loin : Les tout-petits et les écrans : la prévention vue par une psychomotricienne
Article rédigé par : A.B.B.
Publié le 18 octobre 2018
Mis à jour le 19 octobre 2018