Charlotte Caubel, secrétaire d’État à l’Enfance s’occupera-t-elle de la petite enfance ?

Il n’y aura pas demain matin, lundi 23 mai, sur le perron de l’Élysée un ministre de l’Enfance et de la Famille pour la traditionnelle photo du nouveau gouvernement, à l issue de son premier conseil des ministres. Depuis la réélection d’Emmanuel Macron, on le supputait puisque, lors du Printemps de la Petite Enfance, Anne de Bayser, représentant le candidat, avait laissé entendre que ce n’était vraiment pas le sujet. Que le plus important, c’était la personnalité du ministre ou secrétaire d’État. Et que, de toutes façons, « l’enfance était interministérielle ». Le gouvernement d’Élisabeth Borne semble lui donner raison.

Charlotte Caubel succède Adrien Taquet mais est rattachée à Elisabeth Borne
En effet - et ce fut une surprise -, le gouvernement comporte 27 membres et certains secrétaires d’État ont été nommés, alors même qu’on pensait qu’ils ne le seraient qu’après les législatives. Et parmi les quatre secrétaires d'État nommés : Charlotte Caubel, chargée de l’Enfance et directement rattachée à la Première ministre. Donc, comme l’avait laissé entendre Emmanuel Macron à la fin du débat l’opposant à Marine Le Pen, cela entérine que la protection des enfants sera bien au cœur de quinquennat … mais aussi que c’est un sujet transversal.
Néanmoins, il est difficile aujourd’hui de savoir exactement quelles seront les attributions de la nouvelle secrétaire d’État. Car oui, chargée de l’Enfance, elle succède bien à Adrien Taquet. Et la passation de pouvoirs samedi matin au Ministère des Solidarités et de la Santé le confirme. Oui, mais aura-t-elle le même périmètre, car rappelons-le, Adrien Taquet, lui, avait dans son intitulé les Familles et était rattaché à Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Un grand ministère scindé en deux dans ce nouveau gouvernement.
Les deux ministres nouvellement nommés étaient présents ce même matin : Brigitte Bourguignon ministre de la Santé et de la Prévention, et Damien Abad, ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Le second représente un ministère qui est traditionnellement en charge de l’accueil des jeunes enfants, c’est l’autorité de tutelle et l’interlocuteur-clef de la Cnaf. Et généralement, il est épaulé par un secrétaire d’État dédié. Avec ce nouveau gouvernement les pistes sont un peu brouillées.

Des tweets axés sur la protection de l’enfance
Et pour ajouter au trouble,  Charlotte Caubel, magistrate de formation et ancienne directrice de la Protection de la jeunesse au ministère de la justice, depuis sa nomination multiplie les tweets sur la protection de l’enfance. Exclusivement.
 « La protection de l’enfance est le plus beau des combats. Je l’ai mené avec passion en tant que magistrate et à la direction de PJJ. »
«  Cher@AdrienTaquet, vous avez beaucoup fait, il reste beaucoup à faire. Contre la maltaritance. Contre les silences. Pour donner toutes les chances à tous les enfants.
A toutes celles et ceux qui œuvrent pour notre jeunesse, vous pouvez compter sur mon engagement et mon écoute
. »
 Des tweets qui s’expliquent par sa formation, les fonctions qu’elle occupait mais aussi bien- sûr par les difficultés et carences de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Néanmoins, ils laissent entendre une vision restrictive de ses missions. Et son premier déplacement a été dans un foyer de l'enfance.

Les décrets d’attribution clarifieront la situation de la petite enfance et de ses modes d’accueil
Devant ces incertitudes, il ne reste plus qu’à attendre les décrets d’attribution. Eux-seuls permettront de clarifier la situation. Ils définiront les périmètres de chacun. Et l'on saura si Charlotte Caubel est la secrétaire d’État de l’ensemble secteur de la petite enfance et donc si c’est elle qui poursuivra la mise en œuvre de la réforme des services aux familles, initiera celle d’un service public de la petite enfance et réalisera la promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron de garantir un droit de garde à tous les  parents qui le souhaitent.
Ces décrets diront aussi sur quelles administrations et services, la secrétaire d’État aura ou n’aura pas autorité. La DGCS, la DSS ? Deux directions qui auront déjà au moins deux  ministres  à « satisfaire » : Brigitte Bourguignon et Damien Abad. Deux directions essentielles pour faire avancer les dossiers : la première pour les normes et la seconde pour les finances !
Avec ces décrets, nous saurons aussi qui sera véritablement le moteur des négociations pour la future COG. En principe le ministre des Solidarités.

Ainsi, on pourrait découvrir que les modes d’accueil dépendront des Solidarités ou même que le déploiement des 1000 jours  (projet souvent rappelé durant la campagne présidentielle) sera dans l’escarcelle de la ministre de la Santé et de la Prévention. Avoir affaire à un ministre (voire 2) et à un secrétaire d’État ne dépendant pas de lui, compliquerait les relations, concertations et négociations, car cela signifierait : changer d’interlocuteurs selon les sujets.  
Il faut donc attendre encore pour comprendre comment ces ministères s’articuleront…et si c’est une chance d’avoir une secrétaire d’État qui soit directement  rattachée à Élisabeth Borne. Après tout, pour les arbitrages interministériels, cela pourrait être un atout. Mais encore faut-il que Charlotte Caubel soit aussi la secrétaire d’Etat de la petite enfance.

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 22 mai 2022
Mis à jour le 20 juin 2022