École maternelle : plus besoin d’avoir "acquis la propreté "pour y entrer !

Au détour d’une réponse à une question écrite d’un sénateur, mine de rien le Ministère de l’Éducation nationale vient de procéder à une petite révolution en affirmant (et écrivant) que l'inscription à l'école maternelle ne peut être conditionnée à l’acquisition de la propreté. Moins de stress pour les parents et plus de stress et travail pour les enseignants et les Atsem.

L'éducation à la propreté : une affaire d'école et de famille
« …En abaissant à 3 ans l’âge du début de l’instruction obligatoire, la loi garantit aussi un égal droit d’accès à l’école à  tous les enfants, sans aucune distinction, et avec la prise en compte des besoins éducatifs particuliers. Aucune autre disposition législative ne conditionne l’accès à l’école à la maturité physiologique des enfants. Tout enfant de plus de 3 ans doit pouvoir être inscrit, dans une école maternelle. (…) L’éducation à la « propreté » se fait conjointement à l’école et dans la famille. Donc l’acquisition de la propreté ne peut en aucun cas être une condition qui empêche l’inscription et la fréquentation de l’enfant à l’école. L’Atsem et l’enseignant sont appelés à effectuer les gestes d’hygiène nécessaires pour conduire l’enfant à franchir cette étape, dans le respect de sa maturation et de son intimité » . Voilà un extrait ( sic) de la réponse du Ministère de l’Éducation nationale à une question  écrite d’un sénateur  autour de caractère obligatoire de l’école dès l'âge de trois ans et l’acquisition de la propreté. (Question écrite n° 13850 de M. Serge Babary (Indre-et-Loire - Les Républicains)C’est donc officiel (et historique) il est écrit noir sur blanc qu’un enfant n’a pas l’obligation « d’être propre » à son entrée à l’école maternelle. Les parents n’auront plus à faire le pressing pendant les vacances … et les accidents pipi ne seront plus rédhibitoires.

Difficile à mettre en oeuvre dans la situation actuelle de l'école
En fait selon Julie Marty-Pichon, EJE et professeure des écoles en classe maternelle. « Ce qui est décrit là c’est ce qui se passe avec les enfants de très petite section (NDLR les 2- 3 ans). En soi, comme EJE cela ne me gêne pas d’avoir à gérer cette étape même avec des enfants de petite section. Mais l’école, telle qu’elle est aujourd’hui n’est absolument pas en mesure de faire face. Il n’y a pas toujours une  Atsem à temps plein dans les classes de petite section, les locaux ne sont pas adaptés et ni les enseignants ni les Atsem ne sont vraiment formés à cet accompagnement à l’acquisition de la propreté. Sans  compter les classes de 30 enfants parfois … C’est impossible ».

Une position de principe du ministère, claire et novatrice qui se heurte à des réalités de terrain qu’il semble méconnaître. A suivre donc.






 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 23 juillet 2021
Mis à jour le 17 août 2021

Bonjour, Je suis enseignant en maternelle et directeur d'école, chargé donc de l'accueil des familles au moment de l'inscription de leur enfant à l'école. La question de la propreté a été règlée, théoriquement depuis 2014 ! Le règlement départemental des écoles, qui est le texte de référence du fonctionnement des écoles et qui conditionne le contenu des règlements interieur de chaque école (maternelle et élémentaire), a fait disparaitre la condition de la propreté à la fréquentation de l'école maternelle en 2014. Qui nous en a parlé ? Personne au sein de notre hierarchie. Qui y a fait allusion ? Personne. Qui au sein des mairies était au courant ? Personne. L'information a été complètement évacuée, ignorée, par les corps intermédiaires de l'EN. Un tel non dit était d'autant plus discutable, que le ministère encourageait la scolarité précoce des enfants de moins de 3 ans en REP, et que, dans ces conditions il n'était pas sérieusement imaginable n'accueillir que des enfants de 2 ans "propres". Si les mairies n'étaient pas informées de ces changements, comment auraient elles pu informer et former les ATSEM qui sont sous leur responsablitié et aménager les écoles matériellement ? Il y a ce que dit très justement Julie Marty-Pichon, il y a également une hypocrisie générale de l'EN à ne pas donner l'information pour ne pas mettre en oeuvre les conditions necessaires humaines et materielles d'un accueil "bienveillant" des jeunes enfants en maternelle. On voit encore aujourd'hui des écoles qui excluent temprairement des enfants au prétexte qu'ils ne sont pas "propres" pendant la sieste