Etude : l'exposition précoce aux antibiotiques pourrait entraîner des troubles cérébraux dans l'enfance

Exposer les enfants précocement aux antibiotiques pourrait altérer le développement du cerveau et plus spécifiquement les fonctions cognitives et émotionnelles, selon une étude récente de l’université Rodgers publiée dans la revue iScience.

Les auteurs de l’étude rappellent que la pénicilline et les antibiotiques de cette famille comme  l'ampicilline et l'amoxicilline sont les antibiotiques les plus largement utilisés chez les enfants. Aux États-Unis, un enfant reçoit en moyenne près de trois cures d'antibiotiques avant l'âge de 2 ans. Des taux d'exposition similaires ou supérieurs sont observés dans de nombreux autres pays. D'ailleurs, pour rappel, une récente étude française tirait dernièrement la sonnette d'alarme concernant le nombre trop important de médicaments prescrits aux enfants et plus particulièrement aux moins de 6 ans.

Les antibiotiques modifient des zones clés du cerveau chez la souris
Leurs travaux antérieurs chez l’animal avaient déjà montré qu’une exposition aux antibiotiques modifiait le métabolisme et l’immunité. Cette nouvelle étude montre une corrélation entre la modification du microbiote et un retentissement cérébral : les chercheurs ont comparé des souris qui ont été exposées à de faibles doses de pénicilline in utero ou immédiatement après la naissance à celles qui n'ont pas été exposées. Ils ont découvert que les souris ayant reçu de la pénicilline ont subi des changements substantiels de leur microbiote intestinal et ont modifié l'expression des gènes dans le cortex frontal et l'amygdale, deux zones clés du cerveau responsables du développement de la mémoire et des réponses à la peur et au stress.

Des troubles plus tard dans l’enfance
De plus en plus d’études ont montré un lien entre le microbiote intestinal et le cerveau nommé l’axe intestin-cerveau. Une perturbation de cette voie peut entraîner une altération permanente de la structure et du fonctionnement cérébral avec l’apparition possible de troubles neuropsychiatriques ou neurodégénératifs plus tard dans l'enfance ou à l'âge adulte.
"La petite enfance est une période critique pour le développement neurologique", a déclaré Martin Blaser, directeur du Center for Advanced Biotechnology and Medicine de Rutgers. "Au cours des dernières décennies, il y a eu une augmentation de l'incidence des troubles neurodéveloppementaux chez l'enfant, y compris des troubles du spectre autistique, des troubles déficitaires de l'attention/hyperactivité et des troubles de l'apprentissage. "
De futures études sont nécessaires pour déterminer si les antibiotiques affectent directement le développement du cerveau ou si les molécules du microbiote qui se rendent au cerveau perturbent l'activité des gènes et provoquent des déficits cognitifs ont précisé les auteurs.

Source : cell.com
Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 20 juillet 2021
Mis à jour le 20 juillet 2021