La peinture, la reine des activités

Parmi les activités qui font la joie des enfants et qui font tant plaisir à leurs parents, la peinture figure en bonne place. Elle suscite toutefois des questions d’ordre pratique. Quel type de peinture choisir ? Combien de couleurs proposer à la fois ? Quelle installation ? Aussi, la réussite d’un atelier peinture tient-elle plus à quelques astuces qu’à des objectifs ambitieux. Les conseils de Fabienne-Agnès Levine, psychopédagogue.
Un atelier qui nécessite une tenue de protection et un point d’eau
« Aujourd’hui, c’est peinture. », il y a toujours des enfants à qui il ne faut pas le dire deux fois. Les uns tendent les bras tandis que d’autres sont refroidis par la blouse en plastique à enfiler. Un sac poubelle découpé à trois endroits pour passer la tête et les bras est parfois mieux supporté. Pendant les beaux jours, les manches courtes facilitent la tâche. On peut aussi envisager la peinture juste en couche ou en body. On peut aussi prévoir autant de blouses ou tabliers que de places disponibles pour peindre. C’est ainsi que la peinture se propose en activité libre dans les crèches piklériennes : deux chevalets dans un coin de la salle, deux blouses, deux gobelets, deux pinceaux et quelques règles d’utilisation du lieu. 
Dans tous les cas, la proximité d’un point d’eau est nécessaire, à défaut des bassines. Toutes les crèches n’ont pas une salle carrelée pour les activités salissantes. La salle de bain, si elle est suffisamment grande, peut être investie pour cette activité. Dans une salle polyvalente ou chez l’assistante maternelle, une grande bâche ou une grande nappe sont de rigueur. Et pourquoi pas l’activité peinture à l’extérieur, tant que les enfants sont à l’abri du soleil ?

Au bout des doigts ou du pinceau 
Les pastilles de gouache et les boîtes de tubes sont à réserver pour les grands. Avant au moins 4 ans, la peinture se propose en petite quantité (gare au renversement) au fond d’un gobelet ou sur une assiette en carton par exemple. La peinture se vend en flacons d’1 litre qui sont vite vidés en collectivité. 
La peinture à doigts, achetée par 4 ou 6 pots, est plus épaisse car elle est destinée à être étalée avec les doigts ou à pleines mains. En principe non toxique, elle n’est pas pour autant comestible au cas où l’enfant la porte à la bouche. La consultation des ingrédients y révèle la présence de plusieurs conservateurs qui méritent la prudence. L’idéal est de prendre le temps de comparer la composition des différentes marques. Par précaution, on peut se tourner vers les fabricants qui proposent une peinture écologique composée de pigments naturels, en espérant que les conservateurs alimentaires qui y figurent soient eux aussi inoffensifs. 
Une autre solution est d’appliquer une recette de peinture “maison” à base de maïzena et de colorant alimentaire. Quoi qu’il en soit, les couleurs à acquérir en premier sont les trois couleurs primaires à compléter éventuellement par du vert et du blanc. Au début, le noir est à éviter. Les enfants aiment bien parce que c’est voyant mais il faut penser au lavage. D’autre part, cette couleur inquiète les parents qui ont tendance à associer le noir à un état dépressif.

Une bonne organisation 
De même qu’on reconnaît le bon ouvrier à ses outils (comme dit le proverbe), on repère le bon pédagogue à la qualité de ses préparations. Avec les jeunes enfants surtout, le secret de la réussite d’une activité est dans l’anticipation. Pas question de leur annoncer « peinture » et ensuite d’installer nappe, peinture, feuilles devant eux, de s’apercevoir qu’un flacon est vide, qu’il manque des gobelets, etc. La solution idéale, trop rare, est de disposer d’une salle dédiée à la peinture et de faire en sorte qu’elle soit toujours prête à accueillir la prochaine séance. 
Un meuble à roulettes réservé à la peinture est pratique pour regrouper les ingrédients et les supports disponibles : flacons, coupelles et gobelets, pinceaux et autres outils, rouleaux de feuilles, réserve d’eau. Sinon, n’importe quel contenant pour regrouper les essentiels, avant de commencer l’atelier, fait l’affaire. Quoi qu’il en soit, mieux vaut installer nappe, feuilles, pots de peinture avant l’arrivée des enfants dans l’espace réservé à cette activité. Il faut aussi penser à diversifier les outils (pinceaux, rouleaux, brosses, éponges…) et les supports (feuilles blanches ou de couleur, carton ondulé, film plastique, papier kraft, boîtes en carton…) : surtout pas tout en même temps mais prévoir une seule nouvelle expérience à la fois. L’important est de créer un cadre dans lequel la sensorialité et la créativité pourront se déployer avec le minimum de contraintes matérielles. 

La matière, le geste et la trace
Faire de la peinture, entre 18 mois et 3 ans, est une aventure à la fois sensorielle et motrice. Coincés autour d’une table, les coudes au-dessus de leur feuille, les jeunes enfants ne sont pas bien installés. Alors, leur main se pose sur la feuille qui est dessous et y laisse une trace sans faire exprès. Ils semblent peut-être contents mais en fait, ils ne sont pas libres de leurs mouvements et leur expérience sensorielle est limitée. D’autres solutions existent, sans se lancer dans des grands projets : il suffit par exemple de scotcher une grande feuille au sol ou sur un mur. Ensuite, la peinture peut être soit collective, soit individuelle en rajoutant des feuilles par-dessus. 
Préoccupé par la matière qu’il découvre, par sa consistance, par ses effets sur la feuille, le jeune enfant se montre rarement pressé de changer de couleur. C’est plutôt l’adulte qui lui souffle à l’oreille : « Tu ne veux pas du bleu ? » ou « Regarde le jaune, c’est beau. » Pas la peine de se presser d’offrir une grande palette de couleurs tant que la demande ne vient pas de l’enfant. Pour les plus petits (un an) et pour les premières fois, une seule couleur suffit. Dans ce cas, une autre question à se poser : la même pour les enfants présents ou une couleur choisie pour -ou par - chaque enfant ? Pour se faire son avis, il faut tester les deux démarches et faire ses propres observations. Une autre fois, pourquoi ne pas essayer deux ou trois coupelles remplies de couleurs différentes en libre disposition ? Ce sera l’occasion de voir à quel point votre sélection influence les comportements et les réalisations. Tout comme avec les jouets, chacune des situations mises en place crée un cadre d’expérimentations ludiques différentes. Et les mélanges de couleurs ? Oui sur la feuille individuelle, beaucoup moins dans le récipient commun rempli d’une couleur. Un dispositif pratique : des pinceaux attribués par couleur, donc par pot et non par enfant.

Vers l’expression artistique
La rencontre avec la peinture au cours des premières années n’est que la toute première étape d’un cheminement individuel vers un mode d’expression artistique. L’atelier peinture, quand il est pensé du point de vue de l’enfant en train de peindre et non de la feuille à afficher ou à donner aux parents, se déroule sans attente de résultats. Tant que les enfants ne portent pas d’intérêt pour leurs productions et ne les réclament pas, ce qui est à privilégier est le plaisir de l’expérience immédiate. La peinture est une activité qui évolue d’une première expérience sensori-motrice vers une activité symbolique, plus reliée à l’imaginaire. Laissons donc les moins de trois ans en explorer toutes les possibilités avant de se prendre pour des petits artistes.
Article rédigé par : Fabienne-Agnès Levine
Publié le 01 juillet 2021
Mis à jour le 17 août 2021