Albums du Père Castor : l’histoire d’un succès intemporel

Sur tous les rayons de livres pour enfants, à la crèche, à l’école maternelle et même à la maison, se trouvent une ou plusieurs histoires de la collection « Les Albums du Père Castor » des éditions Flammarion Jeunesse. Cette longévité de plus de huit décennies n’est pas le fruit du hasard mais le résultat de l’engagement éducatif d’un homme, Paul Faucher, et de son fils, François Faucher. Qui est donc le fondateur du Père Castor ? Pourquoi son œuvre est-elle restée en bonne place dans le monde de la littérature enfantine ? Les albums du même nom plaisent-ils toujours aux jeunes enfants ? Le point de vue de Fabienne-Agnès Levine, psychopédagogue.

 
Paul Faucher, un libraire pédagogue
Il était une fois, au début du XXe siècle, un jeune homme, Paul Faucher (1898-1967), qui commença sa vie professionnelle comme simple commis de librairie, aux éditions Flammarion, et qui y resta jusqu’à sa retraite, étant devenu entre-temps directeur de collection. Contemporain du mouvement de l’Éducation nouvelle, il a participé à un de ses congrès internationaux, celui de 1927 dans une ville italienne. Après avoir visité des écoles appliquant les méthodes actives dans plusieurs pays d’Europe, il a voulu s’appuyer sur les progrès de la psychologie et les idées pédagogiques novatrices pour donner un autre tournant à la littérature jeunesse de son époque. Il a noué des relations avec des pédagogues engagés, en particulier avec le Tchèque Frantisek Bakulé, qui l’a influencé dans la conception d’albums mettant bien en lien l’image et le texte, sollicitant l’enfant grâce à des livres-jeux. Il a constitué une équipe d’auteurs et d’illustrateurs, de plusieurs nationalités et au parcours artistique solide, en vue de l’accompagner dans son projet. Plus de 200 titres seront publiés du vivant de Paul Faucher qui, dès la première publication, en 1931, a choisi d’associer le nom de « père », au sens d’éducateur, et celui du castor. Il expliquait que cet animal fidèle, sociable et surtout bâtisseur persévérant symbolisait la volonté d’apporter aux enfants ce qu’il appelait des « jeux constructifs ». Plus tard, au cours de conférences retraçant le parcours de son père, François Faucher aimait dire : « Rabelais écrivait : “L’enfant n’est pas un vase qu’on remplit mais un feu qu’on allume”, le Père Castor ajoute : “Je n’ai pas voulu des livres-entonnoirs, j’ai rêvé d’albums-étincelles.” »

Le Père Castor, un trésor de la littérature jeunesse
En 1946, à Paris, parallèlement à son activité florissante d’éditeur, Paul Faucher fonde les Ateliers du Père Castor, centre de recherche « biblio-pédagogique » en même temps qu’une école s’inscrivant dans le courant de l’Éducation nouvelle. En 1961, l’activité de l’école est transférée dans une autre ville, sous le nom d’École nouvelle d’Antony (école alternative qui existe encore). Après son décès, des centaines d’albums sont publiés, sous la direction de François Faucher (1922-2015), qui succédera presque trente ans à son père à la tête des éditions du Père Castor, jusqu’en 1996. La même année, est créée l’association des Amis du Père Castor, avec le projet de conserver des documents historiques, des illustrations, des albums originaux, retraçant ainsi une partie de l’histoire de la littérature jeunesse en France. Un fonds documentaire est rassemblé dans les environs de Limoges, au sein de la médiathèque intercommunale de Meuzac, appelée aussi Maison du Père Castor. Grâce à toutes ces archives, des expositions continuent à honorer l’œuvre du Père Castor (surnom attribué à Paul Faucher lui-même), comme actuellement dans deux bibliothèques, « La fabrique du Père Castor » à Nantes et « Le Père Castor fait sa pub ! » à Limoges. Les professionnels de l’édition ont toujours salué le renouveau apporté par cette collection mais c’est avec l’inscription du fonds au registre « Mémoires du monde » de l’UNESCO, en 2017, que la reconnaissance du Père Castor a gagné une réputation mondiale.
Des livres de qualité, à la portée de tous les enfants
À l’époque de Paul Faucher, les livres pour enfants existaient mais leur couverture cartonnée en faisait un produit coûteux et leur grand format un support de lecture encombrant. Rompant avec cette tradition, le fondateur du Père Castor a prévu des couvertures souples et des pages agrafées plutôt que reliées pour réaliser des albums aux formats variés. Il a fait appel à des illustrateurs de talent, hommes et femmes, qui à l’époque étaient à la pointe de l’avant-garde en peinture ; il a porté une grande attention à la qualité littéraire du texte et surtout il a révolutionné la manière d’associer l’image et la légende, avec des mises en page originales. Tout en maintenant des exigences de qualité esthétique et littéraire, il avait l’ambition de démocratiser l’accès au livre et de procurer du plaisir aux enfants, grâce à la lecture (ou l’écoute du récit) mais aussi au dessin, au découpage, au montage, en réalisant ce qu’il appelait des « albums outils ». À propos des histoires, il les souhaitait à la fois poétiques, réalistes et proches de la nature. Il en a lui-même signé quelques-unes, inventées ou inspirées par les contes traditionnels, sous le pseudonyme de Paul François : « Drôles de bêtes », « Les bons amis », « La grande panthère noire » et d’autres. Il tenait à s’éloigner des discours moralisateurs et religieux alors en vigueur dans la littérature pour enfants. En accord avec ses principes pédagogiques, il soumettait les épreuves aux enfants de son école expérimentale et prenait en compte leurs réactions avant de finaliser les albums pour l’impression. Commercialement, le succès de la collection s’est traduit par un grand nombre de tirages, par des traductions dans plusieurs langues et par des rééditions tout au long des années jusqu’à nos jours.
Des interactions langagières garanties
Lire un livre à un tout-petit, le plus tôt et le plus souvent possible, est reconnu aujourd’hui comme une véritable vitamine de développement et un support essentiel d’interactions entre enfant et adulte. Partout où des enfants sont accueillis, tous les albums ont leur place, qu’ils fassent partie des nombreuses nouveautés publiées chaque année ou qu’ils appartiennent aux grands classiques. Parmi ceux qui plaisent toujours autant, en voici deux. « Marlaguette », album créé pendant la première période du Père Castor (celle de Faucher père), raconte la relation amicale entre une petite fille, Marie-Lou surnommée Marlaguette, et un loup qui la kidnappe avec l’idée de la manger. Les enfants apprécient les illustrations qui fourmillent de détails, par exemple lorsque la petite fille soigne le loup qu’elle a blessé en se débattant. Leur surprise est grande lorsqu’elle réussit à faire promettre à son ami de ne plus manger d’animaux. Cette histoire de loup, qui ne réussit pas à devenir végétarien sans dépérir, est riche en émotions et tellement moderne !
Le « Petit chat perdu » (publié par Faucher fils) vit une aventure toute simple mais pleine de rebondissements : il a faim et ne sait pas comment réclamer du lait ; alors il va voir tous les animaux de la ferme qui, un à un, lui conseille d'imiter son cri sans considérer qu’il est un chat et doit donc apprendre à miauler. Révision des cris d’animaux et éclats de rire assurés ! Dans les albums du Père Castor, tous les goûts sont réunis ; la plupart des titres célèbrent soit la nature et les animaux, soit les contes traditionnels de pays proches et lointains. Après 3 ans et avec modération, la série télévisée qui a été réalisée il y a vingt ans reste réjouissante à regarder ensemble, en complément de la lecture à l’enfant.
Dans « Les Belles histoires du Père Castor », chaque épisode est introduit par trois enfants castors, Câline, Grignote et Benjamin, qui entourent leur grand-père en chantant « Père Castor, raconte-nous une histoire. Père Castor, mets tes lunettes et lis-nous tout ! »
           
Quiz « animaux » des Albums du Père Castor*


1. Comment s’appelle la vache qui regarde passer les trains et a envie de voyager ?
2. Michka est-il un phoque ? un ours ? un écureuil ?
3. De quelles couleurs sont la vache et le cheval dans les deux albums qui racontent leurs aventures ?
4. Dans La moufle, citez au moins deux animaux qui, en plus de la souris, entrent dans la moufle. 
5. Dans Poule Rousse, qui sauve la poule en mettant à sa place une pierre dans le sac que le renard porte sur son épaule ?
* Les réponses sont dans l'encadré ci-dessous.

 

Réponses du quiz

1.Amélie
2. Un ours
3. La vache orange, le cheval bleu
4. renouille, lapin, renard, loup, ours, fourmi.
5. La tourterelle
 

Article rédigé par : Fabienne-Agnès Levine
Publié le 19 février 2020
Mis à jour le 03 avril 2020