En crèche, quel espace dédié aux jeux de construction ?

Les cubes, les briques, les planchettes et tous les autres éléments qui s’empilent, s’emboîtent, s’encastrent, se clipsent : les idées de jeux de construction ne manquent pas. Comme c’est le cas avec la plupart des jouets, l’idéal est de les mettre à la disposition des enfants mais lesquels et dans quel cadre ?  Les conseils de la psychopédagogue Fabienne Agnès Levine.

 
Des jeux d’assemblage à la pelle
Les jeux de construction sont des réalisations à trois dimensions : il s’agit de faire tenir ensemble et en volume une série d’éléments, plus ou moins identiques, plus ou moins figuratifs. Ils appartiennent à une des quatre catégories de la classification internationale ESAR, celle des jeux d’assemblage qui incluent également les puzzles, les encastrements, les perles, les circuits, les maquettes et quelques autres. Il suffit d’ouvrir un catalogue de jouets pour constater l’ampleur du choix et la créativité des fabricants. À côté du trio Duplo-Clipo-Kapla et de quelques autres classiques comme les Clementoni (briques souples) et les Smartmax (blocs magnétiques), existe toute une panoplie de pièces à assembler de différentes manières, des basiques aux plus sophistiqués. Dans les crèches, surtout celles qui ont une grande capacité d’accueil, ces jeux sont répartis dans différents endroits, dans des bacs, sur des étagères et stockés dans des placards. L’idée de les regrouper dans une zone de jeu ou dans une salle dédiée est-elle souhaitable et surtout … réalisable ?  

De l’inventaire à l’analyse des jouets
La première étape d’une démarche psychopédagogique est de prendre le temps, variable selon la taille de l’établissement, d’établir un inventaire de chaque unité de vie jusqu’aux réserves de jouets. Comment ? Avec une liste de trois colonnes, une pour énumérer les jeux, une autre pour associer à chacun d’eux un ou deux verbes d’action (empiler, emboîter, insérer, clipser…) et une troisième pour rajouter un conseil pratique à l’attention des collègues : “Surtout pour les bébés”, “À associer avec des personnages”, “Impeccable pour les petites voitures”, “Nécessite suffisamment de place”, “Attention aux petites pièces”, etc.
Une fois cette première liste établie, l’équipe peut prolonger l’analyse des jouets avec d’autres critères tels la nature et la qualité du matériau, le niveau de difficulté, le procédé d’assemblage, l’encombrement, etc. Bien connaître son stock de jouets et commenter les listes établies servent à identifier quelles nouvelles acquisitions sont à budgéter. C’est aussi l’occasion de sélectionner du matériel de récupération propice à la construction, essentiellement des boîtes d’emballage et des rouleaux de carton. Dans une seconde étape, surtout si les jeux sont nombreux, il faudra trouver un espace de rangement pour les rassembler, avec scotchée sur le placard ou à proximité la liste finalisée. L’intérêt de cette démarche rationnelle n’est pas du tout de mettre un frein au jeu libre et spontané mais bien de faciliter le roulement des jouets mis à la disposition des enfants.

De l’utilité d’aménager et équiper un espace dédié aux jeux de construction
Certes, les joueurs les plus déterminés s’accommodent de n’importe quel endroit pour s’installer avec un panier rempli de blocs de construction. Toutefois, pensons aussi à tous les enfants qui jouent mieux et plus longtemps lorsqu’un dispositif a été pensé et préparé par les professionnels. Le but est de favoriser la libre expression mais aussi les capacités d’attention et les possibilités d’isolement ou de jeu partagé. Ci-dessous les principales questions auxquelles les bonnes réponses sont celles inventées par chaque équipe en tenant compte de leur projet et des contraintes organisationnelles.

Combien de jeux de construction à la fois ?
À voir, selon le contexte et la composition des groupes, s’il est préférable de juxtaposer plusieurs jeux de construction, de manière ponctuelle ou permanente, ou si au contraire il est plus stimulant de placer une seule catégorie pendant plusieurs jours de suite et d’en changer ensuite. De même, associer les éléments de construction avec des figurines, des animaux de la ferme et/ou des petites voitures est une possibilité à envisager sur proposition de l’adulte ou à la demande d’un enfant. Il n’y a pas un modèle unique à généraliser qui convient à toutes les situations. Il appartient aux professionnels de faire des choix favorables aux enfants en tenant compte de leurs observations.

Un petit ou un grand espace ?
Tout dépend du nombre d’enfants accueillis et de la superficie globale de la crèche. Ce qui est tentant est d’aménager toute une salle, même petite, avec une diversité de jeux de construction mis à disposition sur des étagères à hauteur d’enfant. Selon le fonctionnement, en libre circulation ou en activités ludiques par petits groupes, cette salle peut ainsi être investie par les enfants des différentes sections.
Les jeux de construction peuvent aussi trouver leur place dans une partie de la salle de motricité, qui de ce fait est dédiée à la motricité dans toutes ses dimensions. Pour éviter chutes et glissements sur des blocs de construction éparpillés, une séparation entre les deux zones dédiées d’un côté à la motricité manuelle et de l’autre à la motricité globale est vivement conseillée. Reste à choisir entre meubles bas, barrières, cloisons mobiles ou uniquement un marquage adhésif au sol.
Dans une unité de vie, par âge ou inter-âges, il reste possible de délimiter une zone de jeu, facile à franchir, de préférence ouverte. Éviter d’installer cet espace dans un lieu de passage ou près d’une porte. Vérifier que les “bâtisseurs” sont suffisamment libres de leurs mouvements, peuvent tourner autour de leur réalisation, choisir et échanger les éléments de construction avec les autres joueurs.

Avec quel équipement ?
Pas évident de déterminer les critères à prendre en compte, en plus des impératifs matériels, en vue de décider d’utiliser ou non un tapis de sol, une table et des chaises (ou pas), des étagères, des meubles avec des tiroirs coulissants, des bacs à roulettes, etc. Le mieux est de faire en sorte de répondre en même temps aux différents besoins : certains joueurs restent sur place, d’autres ont tendance à bouger autour de ce qu’ils font, d’autres encore préfèrent rester debout, accoudés à une table ou un meuble. Si l’espace est vraiment restreint, une piscine vide ou un tapis entouré de coussins convient. Si c’est une zone de jeu éphémère à réinstaller souvent, choisir des éléments mobiles. Si c’est une zone de jeu permanente, choisir le mobilier en conséquence. Si la zone de jeu est contre un mur, pourquoi ne pas y coller à hauteur des yeux d’enfants des fiches plastifiées avec des illustrations sur ce thème et pour les plus grands des modèles de construction ?  Et si le budget le permet, ne pas se priver d’acquérir du mobilier spécifique : une table trouée, ronde de préférence, avec l’emplacement d’un bac ; une table d’activités, à roulettes de préférence, avec des bacs de rangement dessous.

Où installer les briques grand format ?
En carton, en plastique ou en mousse, les briques grand format se trouvent de plus en plus couramment, non seulement dans les catalogues réservés aux collectivités mais aussi de la part des distributeurs de jouets grand public. Elles offrent aux enfants une expérience à la fois de motricité fine et de motricité globale, elles sont propices au jeu collectif et à l’imaginaire. Elles sont source de chahut et d’invention : fabriquer un mur derrière lequel se cacher, construire une maison, faire un chemin en les alignant. Cette catégorie a toute sa place dans la salle de motricité parce qu’elle est source de décharge émotionnelle liée au fait d'empiler et de démolir. Elles peuvent aussi occuper un coin jeu dans l’unité de vie, soit en permanence, soit à chaque fois que les conditions sont réunies pour les mettre en accès libre.

Place au jeu, place aux interactions
Plus l’adulte maîtrise le cadre ludique, plus la liberté des joueurs est assurée. Avec les jeux de construction, ce sont à la fois la motricité fine, la patience, la créativité, l’imagination qui sont convoquées. Construire, c’est s’appliquer à faire tenir des pièces deux par deux et fabriquer des formes nouvelles, c’est aussi manipuler et démolir, rassembler et éparpiller, interagir avec ses pairs et inventer des histoires. Le rôle des adultes est comme toujours d’être disponible et d’observer : observer pour être témoin des progrès individuels ; observer pour atténuer si besoin les situations conflictuelles ; observer pour enrichir le jeu en ajoutant des éléments complémentaires ; observer aussi pour venir en aide lorsque l’enfant est demandeur.
 
Article rédigé par : Fabienne Agnès Levine
Publié le 08 novembre 2020
Mis à jour le 08 novembre 2020