Jouer aux petites voitures, toute une histoire !

Parmi les jouets présents dans une salle de jeu, petites voitures, garages et tapis avec circuits figurent en bonne place. Installé à la demande ou en permanence, cet univers familier est un thème de jeu symbolique qui attire autant (ou presque) les filles que les garçons. Les conseils de Fabienne Agnès Levine, psychopédagogue, pour faire vivre le coin voitures chez l'assistante maternelle, en crèche et en multi-accueil.

Des voitures, pas trop tôt, pas trop petites et… pas trop fragiles
Avant l’âge d’un an, si vous tendez une petite voiture à un enfant, il exercera les mêmes actions qu’avec n’importe quel objet : taper, lancer, porter à la bouche. Donc autant lui donner d’autres jouets plus adaptés à sa démarche exploratoire que des véhicules. Vers un an, il imitera ses aînés en faisant rouler une voiture ou en poussant une simple boîte, actions souvent accompagnées de « vroum » ou « tut » avec la voix. Après un an, s’identifier à un as du volant deviendra possible. Les premières voitures à faire rouler au sol doivent être faciles à prendre en main, pas trop lourdes, et bien sûr aux normes de sécurité. Si elles sont en plastique, vérifiez sur l'emballage l'absence de particules toxiques connues et privilégiez les véhicules à bords mous. Les bolides, conçus par plusieurs fabricants et déclinés dans une large gamme de couleurs et de motifs, sont adaptés aux petites mains. Leur forme arrondie est moulée en un seul bloc de plastique, de manière à limiter le nombre d’éléments détachables ou cassables. En bois, certaines voitures sont munies d'une poignée intégrée dans la forme épurée d’une voiture de sport. Attention à leur poids, excessif lorsque des petits bébés sont dans la même pièce.

À l’âge des premiers pas, les véhicules à friction, dont les roues continuent à avancer après avoir été énergiquement frottées sur le sol, font découvrir les rapports de cause à effet de manière plus efficace que les voitures radiocommandées, à réserver pour les plus grands. Un signe distinctif courant sur les premières voitures est leur personnalisation avec un visage souriant sur le devant de la carrosserie : certains enfants y sont sensibles, d’autres n’y prêtent pas attention. Sur d’autres modèles, des éléments annexes sont plus envahissants : sons, paroles, musiques et fonctions lumineuses de toutes sortes. Si votre observation vous informe, au cas par cas, sur la valeur ajoutée au plaisir de son usager, pourquoi pas. Mais n’oubliez pas que les petits joueurs apprécient aussi la sobriété, qui laisse la porte ouverte à toutes leurs projections. Lorsqu'un enfant veut donner un prénom à sa voiture et la faire parler, il saura bien le faire lui-même ! Et côté bruitages, il suffit de s’approcher d’un petit groupe de joueurs rassemblés autour d’un garage ou d’un circuit de routes pour constater leur capacité à trouver les onomatopées adéquates


Conseil Sécurité : Soyez attentif aux roues en caoutchouc qui pourraient se détacher, avant qu'elles ne se retrouvent dans la bouche d'un enfant ! Triez les voitures selon l’âge des enfants accueillis. Il suffit de préparer une corbeille spécifique pour les plus petits pour qu’ils puissent jouer aux voitures en toute sécurité, en même temps que les plus grands.

Des voitures, au cœur d’un monde en miniature
Les véhicules, rangés en vrac au fond de tiroirs coulissants, sont souvent accessibles aux enfants et les garages, posés en hauteur, sont descendus à la demande. Mais il n’est pas toujours possible, faute de place disponible, d’installer avec soin un circuit routier bien aménagé prêt à être investi par les enfants à tout moment de la journée. Une solution est de regrouper tout ce qui est lié à ce thème dans un meuble à roulettes, composée d’un plateau et de bacs de rangement. Ainsi, il devient possible de déplacer le meuble à jouer selon le nombre d'enfants accueillis, et de le compléter si besoin par un tapis avec des routes. Les tapis avec circuits sont utilisés par la plupart des enfants mais une grande feuille au sol sur laquelle vous avez tracé des routes au feutre peut aussi entraîner leur enthousiasme. Il en est de même pour le stationnement des voitures : des garages de toutes sortes existent dans le commerce mais des boites à chaussures bricolées pour faire entrer les voitures peuvent favoriser la liberté des joueurs. Les gros garages, solides, avec plusieurs étages de pentes, sont un lieu fédérateur, mais à condition d’être proposés à des enfants en âge de faire semblant. Avant 2 ans, les maxi-garages en bois, posés au sol, sont plus utilisés pour escalader et s’asseoir que pour créer des places de parking.

Jouer aux petites voitures, en plus de l'imagination, sollicite la motricité fine et le langage, suscite la coopération entre pairs et fait appel à l’organisation spatiale. Les jeunes enfants, avec leur goût de la précision, aiment installer les voitures pare-choc contre pare-choc à l'intérieur du garage ou le long d'une route. En grandissant, ils s’intéressent de plus en plus aux détails qui distinguent les différents univers : transport de passagers mais aussi voitures de police, camions de pompier, ambulances, engins de chantier, véhicules agricoles, etc. Ces thèmes suscitent soit l’envie de s’isoler pour se raconter son histoire tout seul dans son coin, soit le besoin de trouver des partenaires de jeu pour élaborer un scénario commun. Pour les plus grands, vers 3 ans, l'installation du décor fait partie du jeu et certains auront, en plus des figurines, l’idée de prendre des cubes pour le compléter. Il est donc judicieux de placer les jeux de construction à proximité du coin voitures.

Conseil Aménagement : En collectivité, délimitez une zone de jeu pour les petites voitures en vue de garantir la tranquillité des joueurs. Tapis, barrières, lignes au sol ou table basse permettent d’avoir une vision d’ensemble et de tourner tout autour pour déplacer les voitures au gré des histoires inventées. En unité inter-âges, réservez ce coin-jeu aux plus de 2 ans ou dédoublez-le pour que les partenaires se retrouvent selon leurs centres d’intérêts.

Des voitures, pour reproduire le réel et pour révéler sa vie intérieure
Comme pour les autres jeux d’imitation et d’imagination, il existe deux manières de jouer aux voitures, définies dans la classification ESAR sous les noms de jeux de rôle ou de mise en scène. Soit le joueur endosse le rôle du conducteur, les mains posées sur un jouet en forme de volant ; soit il se prend pour le roi de la circulation, des véhicules miniatures dans les mains. Dans ce second cas, le joueur gère les déplacements de plusieurs éléments selon un scénario qu’il invente au fur et à mesure, ce qui est plus difficile que juste faire semblant de conduire une voiture à sa taille ! Ce jeu de mise en scène est donc observé surtout à partir de 30 mois, avec les progrès du langage et à la capacité à créer un monde miniature, seul ou à plusieurs. Ce sont les joueurs qui décident quand et comment les voitures accélèrent, ralentissent, freinent, se garent. Ils peuvent aussi former des embouteillages et devenir organisateurs de carambolages.

Avec les petites voitures, le joueur met la manipulation au service de sa pensée et de ses désirs. Quand il les fait avancer sur une route, les installe dans un garage, les aligne, les trie par couleur, c’est sa manière d’apprivoiser le réel en reproduisant des situations vécues. C’est aussi un exercice qui consiste à se mettre à la place de plusieurs personnages (les conducteurs) et à inventer des dialogues. Lorsqu’un enfant qui passe beaucoup de temps dans le coin voitures est à la fois actif et attentif, tout laisse à penser qu’il joue en utilisant son sens de l’observation, la mémoire, le raisonnement, le langage verbal et bien sûr son imagination. Dans le monde miniature dont il s'improvise metteur en scène, l’enfant rejoue, sans en être conscient, des peurs, des jalousies, des pulsions agressives, des sentiments d'abandon qui nourrissent en profondeur les relations intra-familiales. Comme les autres jeux symboliques, les petites voitures constituent un terrain privilégié d'accès détourné à la vie affective de l'enfant. Même si c’est difficile à accepter, les scénarios imaginaires sont sans limites et sans interdits, car c’est toujours "pour de faux". Ainsi, voitures qui s'entrechoquent, chutes depuis des ponts et explosions de moteurs font partie des drames simulés et sonorisés qui permettent aux joueurs de symboliser des traumatismes et des conflits psychiques internes (sans aucun lien avec la circulation routière).

Conseil Psy : Respectez l'explosion de l'imaginaire dans les scénarios de jeu et participez à l'histoire seulement si vous y êtes invité. Ne cherchez pas trop à interpréter les manifestations de l'inconscient, comme c'est le cas en séance de psychothérapie. Soutenez le jeu par votre présence rassurante et n'intervenez dans les interactions entre enfants que si leur conflit ne trouve pas de solution.

Article rédigé par : Fabienne-Agnès Levine
Publié le 23 mai 2018
Mis à jour le 23 mai 2018