Jouer avec les poupons ou jouer à prendre soin d’un plus petit que soi 

Se mettre dans la peau du parent qui prend soin de son bébé fait partie des jeux aussi ordinaires qu’essentiels pour une petite fille ou pour un petit garçon (puisque les deux ont eux-mêmes vécu ces moments). Dès que leur aisance gestuelle et leur capacité à symboliser le permettent, tous les enfants s’engagent dans des jeux d’imitation autour du maternage. Plongée avec la psychopédagogue Fabienne -Agnès Levine dans cet univers riche en sensations et en émotions.
Des poupons destinés à un seul enfant ou à partager
Lorsqu’il est offert au sein de la famille, le premier poupon est d’emblée un jouet affectif car il témoigne des sentiments envers son destinataire. Il rejoint doudous et peluches déjà présents. Il représente un bébé et non un enfant plus âgé comme la poupée, à laquelle seules les petites filles peuvent s’identifier. Le choix d’un poupon, petit ou grand, au corps mou ou pas, avec ou sans cheveux, aux yeux mobiles ou non, résulte donc d’un coup de cœur ou d’une opportunité. C’est différent dans un lieu d’accueil, surtout collectif, car les poupons sont destinés à passer de bras en bras et à être soumis à toutes épreuves. Ils n’ont pas forcément de prénom ou peuvent en changer au gré des joueurs. Mis à disposition de tous les enfants dans des espaces dédiés aux jeux d’imitation, ils sont tantôt simplement posés sur des tapis ou des étagères, tantôt bien installés dans des chaises hautes ou des lits à leur taille.

Des poupons pour imiter les grands
Dès que les enfants sont en capacité d’imiter, ils aiment répéter ce qu’ils vivent eux-mêmes dans leur corps : être pris dans les bras, lavés, habillés, peignés, nourris ou couchés. Vers 15 mois, « faire comme » donne lieu à des séquences très courtes : bercer, donner à manger, déposer le poupon dans un lit ou dans une baignoire. Ce jeu d’imitation ancre l’enfant dans la réalité et lui permet de développer des aptitudes sociales au travers de gestes et de paroles empruntés à sa vie quotidienne. Les enfants de plus de 2 ans réussissent de mieux en mieux à reproduire le contenu du « prendre soin » à la fois côté adulte et côté bébé. Ils s’adressent au poupon avec des phrases entendues dans la bouche des adultes : « Allez c’est l’heure du bain ! », « Mange c’est bon ! » ; ils lui prêtent des intentions et des réactions personnalisées : le poupon a sommeil ou non, réclame les bras, a besoin de sa tétine, etc. Puis, à l’âge de l’école maternelle, les joueurs se mettent d’accord entre eux sur le scénario commun et le rôle de chacun.

Des poupons qui aident à exprimer des sentiments
Dans le jeu symbolique, les enfants répètent des situations réalistes telles que le bain, le biberon, l’endormissement ou la promenade. En même temps, ils manifestent leur vie psychique avec des besoins et des conflits internes qui appartiennent à leur personnalité en train de se constituer. Inconsciemment, les joueurs révèlent leurs désirs et leurs frustrations dans les comportements qu’ils prêtent au poupon ou dans leur manière de s’identifier au rôle de parent. Rien qu’en projetant à l’extérieur d’eux ce qu’ils peuvent ressentir profondément, ils se libèrent un peu de leurs angoisses ou de leurs pulsions agressives, y compris en les accentuant ou en les déformant. Ils améliorent aussi leurs capacités d’empathie en prêtant aux poupons des émotions de colère, de peur, de tristesse ou de joie. Ils commencent à développer des compétences sociales en s’exerçant à penser ce qu’un enfant ou un adulte peut faire et dire dans différentes situations. Rien que le fait d’être l’acteur d’une scène plutôt qu’uniquement en être l’objet ou le témoin a un effet bénéfique. De la simple imitation à des idées issues de l’imagination, les poupons sont d’excellent supports pour des histoires dont le jeune enfant est l’auteur.

Des poupons parfois malmenés
Comme n’importe quel autre jouet, les poupons sont des objets dotés de caractéristiques physiques en vue de pouvoir être manipulés sans ménagement. Ils sollicitent d’abord les sens visuel et tactile, et même auditif si un effet sonore de papier froissé est placé sous le tissu. Au début, le joueur se comporte avec le poupon comme avec n’importe quel autre jouet : il le prend, le porte à la bouche, déplace, le délaisse, le saisit à l’endroit ou à l’envers, le met là où il lui trouve un emplacement qui correspond approximativement à sa forme. D’où l’importance de choisir des poupons à la fois solides et légers, faciles à manier par les plus petits. Progressivement, dans ces jeux d’exploration émergeront de plus en plus de gestes de faire semblant identifiables du fait de leurs liens avec les soins corporels donnés aux bébés. Quand l’enfant entre dans le jeu symbolique, le rôle de l’adulte est d’être attentif à ce qui relève de sa vie affective mais sans jamais sur-interpréter. Heureusement que tous les enfants qui attrapent un poupon par les pieds et le rentrent tête la première dans le four du coin dînette ne sont pas eux-mêmes maltraités !

Des poupons pour tous les goûts
Les catalogues spécialisés offrent une grande diversité de poupons, ne serait-ce que par leur taille qui peut varier de 20 cm (pour les mini poupons) à 60 cm. Ceux entièrement en tissu sont les plus légers et les plus doux au contact ; remplis de microbilles, ils peuvent se poser assis ou dans d’autres positions. Ceux tout en plastique et sans cheveux a souvent les membres articulés et existent en modèle fille ou garçon ; des articulations étanches sont idéales pour jouer à donner le bain. Une autre catégorie de poupons sexués est celle des nouveau-nés, avec un corps recroquevillé et un visage plissé. Ceux au corps souple et avec des membres en vinyle sont particulièrement attractifs et se soumettent le mieux aux fantaisies des enfants. Les poupons interactifs qui boivent, font pipi ou chantent sont à éviter en collectivité ne serait-ce que du fait de la présence de piles. Plus intéressant est de représenter au sein de la crèche une diversité ethnique : poupons dits européens, asiatiques, africains, voire hispaniques ou afro-américains (précisions de certaines marques). La présence de cheveux, blonds ou bruns, raides ou frisés, est un élément supplémentaire à prendre en compte. Pas si simple ! Le besoin chez les jeunes enfants de jouer à câliner mérite de consacrer un peu de temps à comparer les modèles de poupons (et tous les accessoires associés) sur les catalogues et les sites de fournisseurs avec des critères qui dépassent le coup de cœur personnel de l’adulte. Pour rappel, sélectionner des jouets est un acte professionnel au même titre que commander du matériel de puériculture ou autres essentiels.

Une place pour les poupons et leurs accessoires
Dans un groupe de bébés, il est intéressant de mettre à disposition au moins un poupon, une timbale et une cuillère pour déclencher la possibilité d’imiter des gestes simples et familiers.
Pour les moyens (15-24 mois), pas besoin de zone délimitée non plus car le jeu symbolique est débutant : le plus important est que l’offre à jouer soit simple, facile à manipuler et à déplacer dans toute la salle. Un poupon avec une baignoire, un flacon vide, une brosse à cheveux sur un tapis ou un meuble bas dans un coin, un poupon dans une poussette à un autre endroit, un poupon avec un panier rempli de dînette dans un troisième : autant d’invitations à faire comme maman ou papa !
Dans le groupe des grands (2-3 ans), un espace dédié aux poupons (complétés par des poupées) mérite d’être bien aménagé et bien équipé, de préférence avec une séparation à hauteur d’enfants qui marque le dedans et le dehors même si la circulation y est libre. Les accessoires de puériculture adaptés à la taille des poupons sont les bienvenus : berceau, transat, chaise haute, table de change. Quelques couches et vêtements enrichissent le jeu de maternage. Ne pas oublier le biberon, le porte-bébé et la mallette de soins (brosse, gant, tube de crème, etc.)
En groupe inter-âges, des choix sont à effectuer en tenant compte de la composition du groupe. Le dispositif peut être le même que pour les 2-3 ans, tout en prévoyant en dehors de l’espace dédié à ce thème au moins un poupon pour les plus jeunes.
Chez l’assistante maternelle, il faut faire preuve de créativité et de réactivité pour composer avec les différents âges, selon les mêmes règles déjà citées.
Dans la classe maternelle ou en accueil de loisirs, les poupons gagnent à avoir une garde-robe de plus en plus garnie et partagent le coin chambre des poupées, intégré ou non au coin cuisine. En jeu libre ou en jeu guidé par l’enseignant de maternelle en vue de développer le langage, les poupons continuent à faire partie des essentiels du jeu symbolique. Et ce, d’autant plus que c’est souvent l’âge auquel l’enfant – qui n’est plus un bébé depuis longtemps – apprend qu’il va devenir grande sœur ou grand frère !

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Article rédigé par : Fabienne Agnès Levine
Publié le 23 mars 2021
Mis à jour le 23 mars 2021