Le puzzle : un incontournable des jeux d’attention visuelle pour les petits

Parmi les jeux calmes, qui ne prennent pas de place et ne font pas de bruit, les puzzles arrivent en tête. À quel âge les proposer ? Avec quelle progression ? Et surtout, où est le plaisir pour le jeune enfant ? Les conseils de la psychopédagogue Fabienne-Agnès Levine pour les choisir et pour accompagner les joueurs.
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petite fille jouant au puzzle
En carton mais aussi en bois, en plastique ou en mousse, les éditeurs de jeux proposent des puzzles pour tous les âges et de toutes sortes, de celui composé de cubes jusqu’au livre puzzle, du puzzle pêche à la ligne jusqu’au puzzle abaque, sans oublier le puzzle sur écran tactile. La taille des pièces et leur nombre sont des éléments déterminants pour le degré de difficulté. Mais pour commencer, les puzzles sont composés d’encastrements car il est plus facile d’intégrer une pièce dans sa forme en creux que réunir quelques morceaux pour reconstituer une image.

Quels puzzles choisir ?
Entre 12 et 20 mois, une seule place pour chaque pièce

Un tenon, c’est pour tenir
Le premier puzzle-encastrement comporte plusieurs indications sensorielles à la fois : l’image à reconnaître, la forme à identifier, l’endroit exact à repérer. Appelé aussi poignée ou bouton, le tenon fixé au centre de chaque pièce permet de la saisir, la garder en main et procéder par essai-erreur autour des emplacements libres. La maniabilité est essentielle (formes simples, pas trop minces et légères) mais l’illustration joue aussi son rôle dans la motivation. Le choix d’un puzzle est dicté par l’intérêt de chaque enfant pour un thème plutôt qu’un autre : l’un est attiré par les animaux quand l’autre préfère les voitures ou les clowns.

Essais erreurs à volonté
À un an, les enfants attrapent déjà en pince pouce-index mais leur motricité manuelle est encore malhabile. Les premières fois, ils ont surtout plaisir à attraper une pièce, la porter à la bouche, la poser, la pousser, taper avec sur la table sans forcément faire le lien avec la place qui lui est destinée. Puis, guidés par la vision, ils commencent à ajuster la prise de l’objet en le changeant de main et en modifiant son sens. Au stade suivant, ils cherchent à remplir les emplacements vides à force d’essais et d’erreurs.  Lorsque le fond est de la même couleur que la pièce à y poser, il fournit un indice précieux aux enfants qui ont le sens de l’observation.

Entre 20 et 36 mois, de plus en plus de pièces mais pas trop

Des puzzles à encastrement ou à juxtaposition
Les puzzles-encastrements ne sont pas que pour les bébés, surtout lorsque les tenons ont disparu. Ils peuvent même comporter certaines difficultés : 3 à 6 pièces d’encastrement, de tailles croissantes mais avec le même motif ; des pièces d’encastrement dont chacune est composée de quelques morceaux à assembler ; 2 ou 3 illustrations superposées avec un ordre à respecter. S’y rajoutent parfois des éléments sensoriels, la texture pour les puzzles tactiles ou les puces sonores pour les puzzles d’animaux ou de modes de transport. Le passage du puzzle-encastrement au puzzle composé de parties qui forment un tout peut donc se faire en douceur ou avec des allers retours entre les deux.

Le véritable puzzle vise à reconstituer une image, abstraite ou figurative, en alignant côté à côté des pièces découpées en morceaux de tailles équivalentes. Pour un puzzle basique, rien de plus simple que d’en fabriquer un avec une photo de magazine découpée et plastifiée. Mais les variantes sont infinies car en plus des puzzles classiques, à plat, existent des puzzles verticaux, que ce soit avec des tiges d’abaque à remplir ou avec des éléments magnétiques à superposer et qui tiennent debout. Les maxi-puzzles, en frise, en cercle ou avec d’autres formes, sont particulièrement intéressants car ils incitent à jouer au sol et à coopérer à plusieurs.

S’entraîner, c’est gagner
Il n’est pas évident d’évaluer le niveau de difficulté d’un puzzle sans être en présence des enfants et les observer. La présence ou non du modèle imprimé sur le fond de l’emplacement est aidante ; la forme de découpe avec des encoches donne plus d’indications au joueur que la découpe à angle droit. Les autres éléments facilitateurs sont les contours du cadre qui permettent de bien ajuster les formes et les lignes incrustées dans la surface plane qui délimite l’emplacement des formes. Bien évidemment le nombre de pièces est déterminant : entre 20 et 30 mois, l’enfant passe de 2 à 8 ou 10 pièces, et éventuellement entre 30 et 36 mois, de 10 à 20 pièces ou quelques-unes de plus. Tout dépend des capacités d’attention visuelle, de concentration et d’habileté manuelle, et par-dessus tout, de l’entraînement : à force de faire et défaire le même puzzle, l’enfant coordonne mieux ses gestes, repère les caractères distinctifs, scrute les détails, mémorise les bonnes combinaisons.

Entre 3 et 6 ans, des jeux de patience de plus en plus difficiles
 
Des casse-têtes et des occasions d’apprentissages

La réussite d’un puzzle peut stagner autour de 20 à 30 pièces autour de 4 ans puis doubler avant 6 ans, jusqu’à 60. Ces nombres restent de simples hypothèses car en fait, tout dépend, en plus de la motivation et du savoir faire de l’enfant, de la taille des pièces, de leur découpe, des contrastes de couleurs et de la continuité des motifs. Sur les puzzles figuratifs, aux scènes remplies de personnages imaginaires et riches en détails, s’ajoutent des scènes comportant des éléments de connaissances : cartes géographiques, découverte de la nature, scènes de la vie quotidienne... Après 3 ans, les puzzles-encastrements n’ont pas disparu, par exemple pour les séries de chiffres ou des lettres de l’alphabet. Les formes abstraites aussi peuvent être l’objet d’agencements particulièrement difficiles, comme dans les mosaïques et les tangrams (7 pièces géométriques qui composent un carré) qui sont deux sortes de puzzles faisant appel à la réflexion et à la logique.

Persévérer ou arrêter
À l’école maternelle, beaucoup de jeux sont utilisés comme des supports d’apprentissages ciblés en lien avec l’attention soutenue, les repères spatiaux, la discrimination visuelle ou le vocabulaire. En classe, le puzzle fait partie soit des ateliers encadrés par un adulte, soit des activités d’apprentissage en autonomie que l’enfant effectue au moment de son choix, avec parfois un cahier de réussite à remplir lui-même, témoignage de ses progrès. En accueil périscolaire et à la maison, le puzzle n’a pas d’objectifs ; c’est une activité ludique calme proposée au cours d’une journée pluvieuse ou pour faire suite à une période de grande activité motrice. L’enfant peut changer de puzzle sans le terminer, solliciter l’aide d’un autre enfant ou d’un adulte, recommencer le même plusieurs fois de suite ou se raconter une histoire tout en manipulant les éléments. Les puzzles tout blanc sur lesquels dessiner soi-même ou ceux dont les motifs imprimés sont à colorier peuvent être une source de motivation.

Quelle posture éducative ?
Dès 12 mois, une présence adulte propice à la concentration

Assurément, les puzzles sont des jeux calmes, c’est donc au professionnel de tenir compte des besoins des enfants et de repérer le moment opportun pour un jeu qui sollicite le sens de l’observation et demande un peu de patience. En accueil collectif, le fait de proposer quelques puzzles durant un temps déterminé plutôt qu’en permanence dans l’unité de vie des moyens n’empêche pas de les proposer sous forme de libre découverte. En mode d’accueil individuel aussi, les puzzles peuvent être sortis soit au moment de l’accueil, soit avant la sieste pour un retour au calme, soit après, pour le prolonger. Sans être assortis de consignes, les puzzles sont disposés sur une étagère, sur une table basse ou sur un tapis et soumis à la manipulation sans limites.

Avec un ou plusieurs enfants, le rôle de l’adulte est d’être dans la proximité physique et de s’intéresser par le regard à ce que font les joueurs. Parfois, nommer les couleurs et les objets à reconnaître peut accompagner les tâtonnements des petits et maintenir leur attention. À d’autres moments, une ambiance silencieuse peut s’avérer bénéfique.  

Vers 20 mois, observer les enfants, pour une offre diversifiée

Si ce n’est déjà fait, à la fin de la deuxième année, il est temps de mettre à la disposition des enfants une série de puzzles de différents niveaux. Leur mise en place est essentielle : surtout pas plus de deux ou trois si empilés, de préférence posés un par un en alignement, les puzzles doivent être faciles à saisir et à reposer. Pas nécessaire d’en mettre beaucoup à la fois, il suffit d’avoir un stock de réserve pour faire un roulement.

Pendant que les enfants jouent, il est intéressant d’être attentif aux différences de comportements selon le mode de présentation : par exemple le puzzle complet à déconstruire avant d’être assemblé à nouveau, le puzzle au socle vide et à côté les pièces dans un petit contenant, le modèle figurant sur la boîte bien en vue. Il est important de laisser chaque enfant s’installer de manière confortable, à une table ou au sol. En revanche , il existe suffisamment de jouets qui peuvent être déplacés dans toute la salle pour se permettre, dans le cas des puzzles, d’imposer une contrainte liée à la nature du jeu : laisser le puzzle plus ou moins à sa place. Le joueur peut donc abandonner un puzzle en cours sans se justifier mais il doit le laisser dans la zone de jeu attribuée aux puzzles.

Rien n’empêche aussi, comme pour les livres, de sélectionner ceux à proposer le temps d’un atelier encadré par un adulte disponible. L’accompagnement est individualisé, avec un petit coup de pouce en cas de découragement et sans forcer sur les félicitations en cas de réussite. L’enfant qui finit un puzzle le fait pour lui-même et en tire une satisfaction personnelle. Pour le professionnel, c’est surtout l’occasion d’accompagner l’activité manipulatoire par un langage précis, au niveau des verbes d’action (retirer, poser, retourner, déplacer...), de la topologie (en haut, en bas, sur le côté, etc.), et bien sûr de la description de l’illustration.

Une posture d’étayage en vue de la réussite individuelle

L’étayage désigne une forme d’accompagnement dynamique de la part de l’adulte qui vise à soutenir la démarche autonome et non pas à dire à l’enfant ce qu’il faut faire ou à faire à sa place. Par la communication verbale et non verbale, le professionnel guide en fonction des étapes à suivre pour réussir un puzzle. Il décompose et simplifie la tâche, montre parfois, formule des conseils, sans jamais freiner les initiatives de l’enfant face au défi qu’il a choisi et toujours dans le cadre d’une relation chaleureuse. L’étayage peut aussi porter sur la comparaison entre les éléments à assembler (morceaux de carton, formes en bois, etc.) et l’illustration qui sert de modèle. Par exemple, avec les puzzles conçus sur les cubes à six faces, l’adulte peut soutenir l’attention visuelle de l’enfant de manière à sélectionner la face des cubes correspondant à l’illustration choisie. Une autre situation d’étayage : lorsque le nombre de pièces augmente, suggérer à l’enfant de trier et séparer celles qui jouxtent les bordures peut l’aider à s’organiser dans sa démarche.

Le rôle de l’adulte est de se positionner de manière à maintenir un équilibre entre la libre exploration de l’enfant et le fait qu’une seule réponse possible existe pour chaque jeu. La réalisation de puzzles, quels qu’ils soient, est vite inégale entre enfants car ceux qui en font souvent à la maison prennent de l’avance sur ceux qui les découvrent uniquement dans leurs autres lieux de vie. De même que le dessin, le découpage et le coloriage, cette activité est tantôt perçue comme un jeu, tantôt comme un exercice, selon le contexte et le ressenti de l’enfant. L’ambiance détendue et le respect de l’autonomie sont donc des facteurs essentiels pour maintenir le goût du jeu de patience qu’est le puzzle.

 Le puzzle, un jeu d’assemblage parmi tant d’autres

La grande catégorie des jeux d’assemblage, à laquelle appartiennent les puzzles, est tellement vaste que si un enfant délaisse totalement ces derniers, il n’y a aucune raison d’insister : bien d’autres jeux d’encastrement, d’empilage, d’engrenage, de construction font appel à des opérations mentales similaires. Par ailleurs, ce procédé est intégré dans la conception de certains jeux de société. Par exemple, dans une des versions du célèbre jeu coopératif « Le verger » (Haba), les joueurs complètent un puzzle à chaque fois que la face du dé est celle du corbeau. Dans le jeu « Piratatak » (Djeco), le gagnant est le joueur qui a tiré les neuf cartes lui permettant de constituer un puzzle bateau de la même couleur. Et, comme le puzzle est destiné aux joueurs de 1 à 101 ans, le plaisir d’y jouer peut venir bien plus tard.


 
Article rédigé par : Fabienne-Agnès Levine
Publié le 29 octobre 2018
Mis à jour le 29 octobre 2018