Les premiers jeux collectifs : à la découverte d’un code commun

À partir de la troisième année, les jeux sensoriels et moteurs, de construction et d’imagination, sans du tout disparaître, sont complétés progressivement par des jeux de règles. Ça commence avec des jeux simples, sans matériel, qui initient au plaisir de se mettre d’accord et de jouer ensemble. Avec l’adulte en meneur de jeu. Les explications de Fabienne-Agnès Levine, psychopédagogue.
Les jeux traditionnels sont une bonne initiation à la règle de jeu
La plupart des jeux collectifs font partie du patrimoine culturel qui se transmet oralement et par l’exemple. Pour ceux et celles qui n’en ont pas appris dans leur famille et qui n’ont pas beaucoup fréquenté les centres de loisirs, les recueils ne manquent pas et rappellent des règles fixées depuis des générations.

« Jacques a dit. » Un des jeux tentants à essayer dès que les enfants marchent et parlent est le célèbre « Jacques a dit ». Ce jeu se décline dans plusieurs langues mais sans Jacques : « Le roi ordonne », au Portugal (O rei manda), « Simon a dit », en Angleterre (Simon says), en Espagne (Simon dice) et en Italie (Simone dice), « Suivez John » en Suède (Följa John), « Jacob a dit » en Turquie (Yakub dedi ki), etc.
Aussi simple soit-il, voilà un jeu qui peut nécessiter une adaptation si vous le proposez en multi-accueil, en regroupement de crèche familiale ou en RAM. La règle repose sur une distinction qui ne fait pas sens pour un tout-petit, à savoir le fait qu’une action soit à reproduire ou non selon que l’ordre est précédé ou pas du prénom.
Réexpliquer la règle jusqu’à ce que les joueurs aient compris est inutile car en général, les enfants l’ont bien entendue. Ce qui peut les déconcerter, c’est d’être écarté du groupe de joueurs sous prétexte d’avoir fait un geste dicté par le meneur de jeu.
Vous pouvez donc faire les annonces, juste en commençant par un prénom plus familier que Jacques, le vôtre par exemple : Julie a dit « Levez les bras », Julie a dit « Applaudissez », etc. Le jeu peut se prolonger avec un enfant qui prend le relai et dicte à son tour en se nommant à la troisième personne. Le principal, surtout avec les plus jeunes, est le climat joyeux dans lequel se déroule la partie.

• « Le petit chat malade ». C’est tout l’intérêt d’un autre jeu, « Le petit chat malade », qui consiste, une fois les joueurs installés en cercle, à demander à l’un d’eux de se placer au centre pour imiter la démarche et le miaulement du chat. L’enfant choisi par le chat doit le caresser en disant trois fois de suite « Pauvre petit chat malade » sans se mettre à rire. Si c’est le cas, le joueur qui rit donne sa place au chat et à son tour, imite l’animal en avançant sur les genoux au sol et essaye d’aller faire rire un autre joueur.

L’introduction d’une consigne, pour commencer à jouer ensemble
Donner un ordre, ce n’est pas toujours pour exercer une autorité sur les enfants. Pendant les activités motrices, donner un ordre, c’est suggérer de faire une action … ou non, c’est donner envie d’imiter. C’est aussi jouer avec le langage, car dire qu’il faut faire, c’est aussi inviter les enfants à réagir à une demande et à exercer leur liberté … de penser.

« À mon signal, tout le monde s’arrête ! ». Quel animateur n’a jamais proposé ce type de jeu ? Les joueurs se déplacent comme ils veulent dans toute la salle. Lorsque vous tapez dans les mains ou sur un tambourin, ils doivent faire la statue, c’est-à-dire rester dans la même position. Quelques secondes après, ils peuvent se remettre en marche jusqu’au prochain coup. Même jeu, en faisant la ronde, et en changeant de sens après chaque arrêt.
Une variante : vous annoncez une action à chaque nouveau coup de tambourin : courir, marcher à quatre pattes, sauter sur un pied, se mettre contre le mur, se tenir la main par deux, etc.

Jeu d’imitation : imiter un animal, par exemple marcher comme un canard, sauter comme un kangourou, courir comme un cheval, etc.

• En musique. Ou bien, dans un autre registre : les enfants manipulent les instruments mis à leur disposition, jusqu’au moment où ils doivent faire le silence tous en même temps. Avec une variante : jouer plus fort, moins fort, faire entendre uniquement les maracas, puis les tambourins, seulement les grelots, etc. Essayez, certains enfants adorent et en redemandent. Dans le même groupe, d’autres y restent indifférents parce qu’ils n’ont pas compris la consigne, ou parce qu’ils n’y arrivent pas physiquement, ou juste parce qu’ils ne sont pas motivés par la proposition.

Le rôle de l’adulte. Quand l’adulte est meneur de jeu, ce ne sont pas les idées qui manquent, surtout que le répertoire de jeux traditionnels avec une règle est inépuisable, avec ou sans matériel.
Pour commencer, il faut juste choisir les plus simples, les proposer sur une durée courte, et sans insister sur la désignation de gagnants et de perdants.

Les jeux physiques reposent souvent sur une convention
Le goût des jeux de règles vient plus facilement avec des jeux qui impliquent le corps et l’imagination qu’avec ceux faisant appel uniquement à la pensée, sans bouger. Dès que les enfants commencent à courir, faire la course est un jeu qu’ils réinventent, chacun croyant être le premier à désigner un point d’arrivée et un point de départ pour se mesurer aux autres. Si l’adulte n’attise pas le sens de la compétition trop vite, le plaisir de faire le même trajet dépasse la volonté de connaître le vainqueur.

« Monsieur l’ours, réveille-toi » et « Minuit dans la bergerie ». Dans ces deux jeux de poursuite, la course est codifiée. Ce sont des jeux couramment proposés à l’école maternelle et en accueil de loisirs maternels, moins souvent en crèche. Et pourtant vous pouvez essayer, cela peut fonctionner aussi.
Même si ces jeux physiques sont propices au chahut, ils ont aussi pour intérêt de sensibiliser les enfants à la règle collective. De plus, ils comportent un caractère coopératif, puisque les joueurs posent ensemble la même question « Tu dors ou tu sors ? » à l’ours et « Quelle heure est-il ? » au loup. Le joueur qui tient le rôle principal a le choix de dire « je sors » ou « il est minuit » quand il est prêt à courir après les autres et à les attraper.
L’aspect aléatoire de la réponse garantit une grande souplesse à ces parties, ce qui en fait de bons jeux d’initiation à la catégorie des jeux de règles. Au début, pas évident de comprendre que lorsqu’il est touché, un mouton intègre le camp des loups qui courent après les autres moutons, aussi les moments de confusion ne sont pas rares. Pas facile non plus de comprendre, pour l’enfant désigné comme ours, que s’il ne répond que par « je dors » le jeu est bloqué et que par « je sors » l’effet de surprise manque pour les autres joueurs.
 
• Cafouillages autorisés et bienvenus. Il est important de laisser les enfants jouer approximativement avant de leur demander de bien respecter les règles de jeu.
Les cafouillages sont utiles et éducatifs puisqu’ils aident à prendre conscience de la nécessité de se mettre d’accord sur une convention. Suivre la règle deviendra une manière de jouer, au même titre qu’exercer sa motricité ou imaginer une histoire. En grandissant, ce sont les enfants qui réclameront eux-mêmes que les règles soient plus précises et mieux respectées. D’où la difficulté, dans certains cas, de proposer des jeux de règles dans un groupe de joueurs avec trop d’écart d’âges.
Article rédigé par : Fabienne-Agnès Levine
Publié le 13 février 2019
Mis à jour le 25 février 2019