Parcours de motricité : les suivre dans le bon sens ou les parcourir en tous sens ?

Le terme de parcours de motricité est très souvent utilisé en petite enfance.  Quelle idée s’en faire ? Est -ce que cela a un intérêt pour les enfants de moins de trois ans ? A cet âge, un enfant est-il prêt à suivre un parcours avec une succession bien définie d’actions ? Est-ce que cela l’aide dans sa motricité ? Pas si sûr. Le point de vue de Monique Busquet, psychomotricienne, formatrice petite enfance.
Qui dit parcours dit enchainement d’étapes
Le dictionnaire définit le parcours comme « un chemin pour aller d’un point à un autre » - (Le Robert). Il comporte donc une notion de cheminement avec un début, un sens et une fin. Le parcours consiste en une succession d’étapes et d’actions. On retrouve cette idée de parcours, d’itinéraire fléché, dans les parcours santé, les parcours touristiques, les parcours personnalisés, les parcours de formation.
Les actions y sont le plus souvent dirigées, avec des consignes, des directives, des modèles à suivre et exécuter.  Les parcours de motricité sont habituellement proposés en école maternelle, à des enfants de plus de trois ans, pour lesquels il peut être intéressant d’expérimenter les notions de succession et d’enchainement d’étapes à réaliser.
Mais cette notion n’a pas de sens pour les jeunes enfants de moins de trois ans. Le développement de leur pensée n’en est pas là.

Des enfants passifs et immobiles dans ce temps de motricité !
Souvent les professionnels pensent bien faire en reproduisant ainsi ce qui est proposé en école maternelle.  Ils pensent utile d’amener l’enfant à apprendre des règles d’organisation : chacun son tour, attendre, écouter et faire ce qui est demandé, obéir….
 Lors de ces séances de parcours, les enfants doivent alors commencer par le bout déterminé par l’adulte, passer dessus, dessous, selon ce que l’adulte leur dit…Parfois même, ils doivent attendre assis le long du mur, avant de passer un par un.  Au final, l’enfant y est surtout passif, voire immobile pendant ce temps dit de motricité, alors que l’adulte met de l’énergie dans cette proposition. C’est donc un contre-sens qui ne respecte pas les besoins du jeune enfant.
Certes il est essentiel que le jeune enfant apprenne à respecter les règles de vie avec les autres : respecter les interdits fondamentaux, ne pas faire mal, ne pas déranger. Dans son quotidien, l’enfant rencontre beaucoup de règles, entend beaucoup de non. Cela lui demande beaucoup d’énergie, d’effort, de travail, pour les intérioriser et pouvoir progressivement les respecter.

Laisser les enfants être à l’initiative de leurs mouvements
Au risque de vous choquer, le jeune enfant a plus à gagner à apprendre d’autres choses…
Un enfant qui cherche, réfléchit, perçoit et analyse ses propres sensations, son environnement, un enfant qui invente sa propre stratégie est un enfant qui apprend beaucoup plus que celui qui simplement obéit, imite et recopie.
Il est donc aussi essentiel que l’enfant puisse jouer et bouger librement. Et il apprend plus en cherchant, en créant ses façons de faire qu’en exécutant ce qu’on attend de lui ou lui montre. Lui-même, il expérimente les mouvements, les gestes, dont il a besoin selon son développement. Il regarde lui-même son environnement, il choisit, il crée son jeu, son action.
Ses propres explorations, libres et actives sont plus riches et lui donnent les bases pour pouvoir s’adapter, être réactif, être proactif, lorsqu’il grandit et ultérieurement dans sa vie adulte.
C’est le socle de sa prudence mais aussi de l’adaptabilité, et de ce que l’on appelle la pensée innovante.

Préférer les installations aux parcours moteurs linéaires
L’enfant a donc beaucoup plus à gagner à pouvoir explorer non pas un parcours linéaire, mais « une installation », un « atelier » avec divers matériaux, divers obstacles, qu’il peut lui-même parcourir en tous sens, à sa façon, à son rythme. De quoi grimper, à des hauteurs différentes, de quoi descendre, monter, sauter, passer dessous, dessus, entre, se mettre dans diverses positions, enjamber, glisser, rouler, reculer, sauter, jouer avec son équilibre, manipuler, déplacer, soulever... L’enfant peut alors observer, explorer, hésiter, choisir, aller et venir. Il peut faire des pauses, il peut rester au même endroit, il peut recommencer vingt fois le même mouvement, ou y introduire des variantes comme il le sent, comme il invente. Il explore un objet, une situation, une action et ses variantes, dans tous les sens.  Il peut jouer avec son corps, expérimenter plusieurs façons de faire, plusieurs stratégies. Ces explorations sont des expérimentations et apprentissages plus profonds que juste reproduire un modèle.
Il peut aussi regarder les autres faire, il peut s’en inspirer librement, quand cela a du sens pour lui. Il fait alors sien ce qui l’intéresse.

Ce n’est pas l’enchainement qui l’intéresse. Sa pensée n’en est pas là, il entrera progressivement et plus tard dans cette notion de succession, sous l’effet de la maturation de son néocortex et à partir de ce qu’il vit, observe et repère dans son quotidien.
Certes, nous sommes parfois obligés de mettre quelques règles pour protéger les explorations de chacun, pour permettre à chacun de profiter du temps de jeu, pour qu’ils ne se dérangent pas.
Le minimum, pas plus, en sachant que ce n’est pas pour les préparer à l’ordre, à l’école, que c’est une contrainte très difficile à comprendre et impossible à respecter jusqu’à 2 ans et demi/trois ans.

En soi, il n’y a aucun intérêt à vouloir habituer trop tôt l’enfant à aller dans le même sens que tout le monde, à passer par l’étape 1 puis 2, pas le 4 avant le 3.  Il le fera assez tôt.
 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 05 octobre 2020
Mis à jour le 15 octobre 2020
Top l'article, de mon côté, j'ai opté pour la piscine à balle pour développer la motricité de mon enfant. Je me suis renseigné sur ce site : https://www.piscineaballe.fr/. Je vais aussi l'emmener dans un club de gym dédié aux bébé, il propose des parcours pour enfant.